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REPORTAGE. “Les nuits sont difficiles” : au Parc des expositions de Bordeaux, la fatigue et l’angoisse gagnent les évacués des incendies

Les lits de camp sont toujours alignés dans le Parc des expositions de Bordeaux. Si l'organisation et l'entraide permettent de répondre aux besoins du quotidien, les nuits sans sommeil et l'incertitude commencent à peser sur le moral des évacués.

Les lits de camp sont toujours alignés dans le Parc des expositions de Bordeaux. Si l'organisation et l'entraide permettent de répondre aux besoins du quotidien, les nuits sans sommeil et l'incertitude commencent à peser sur le moral des évacués.

Radio France

Publié le 28/07/2026 12:59

Temps de lecture : 2min

Des évacués des incendies des Landes et de Gironde, réfugiés dans le hall 2 du Parc des expositions de Bordeaux, le 27 juillet 2026. (BENJAMIN ILLY / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)
Des évacués des incendies des Landes et de Gironde, réfugiés dans le hall 2 du Parc des expositions de Bordeaux, le 27 juillet 2026. (BENJAMIN ILLY / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Ils sont encore entre 800 et 1 000 dans le hall 2 du Parc des expositions de Bordeaux. Mais l'espace n'est plus saturé comme au premier jour des évacuations dans la métropole. Il y a tout ce qu'il faut : de la nourriture en abondance, des vêtements, des produits d'hygiène. Il y a aussi une cellule d'urgence médico-psychologique, mise en place avec des médecins. Le feu a été stabilisé mais les pompiers restent à pied d'œuvre dans la région, redoutant les prochains jours alors que les températures repartent à la hausse.

Une femme fatiguée raconte "les nuits difficiles, avec la lumière, le bruit et la promiscuité. J'avais le dos coincé ce matin et heureusement il y a des équipes de kinésithérapeutes formidables". Les jours passent et la fatigue s'accumule. "Je ne suis peut-être pas la bonne personne parce que j'ai toujours le sourire mais ce n'est pas le reflet de ce que j'ai à l'intérieur, confie-t-elle. Il y a de l'angoisse - comme tout le monde - de l'inquiétude et de la lassitude, beaucoup".

Le nombre de personnes âgées présentes au sein du Parc des expositions est frappant. Ils se déplacent souvent avec difficulté, avec des déambulateurs ou des béquilles, dorment sur des lits de camp. "Il n'y a rien qui me dérange sauf de rester ici", confie Joseph, âgé de 78 ans. Il ne sait pas encore combien de temps ça va durer. "Je ne veux pas y penser. Certains sont amorphes. On n'a jamais dormi autant que depuis qu'on est là", s'effraie-t-il.

L'un des bénévoles passe sa première nuit au centre. "C'est un peu comme on s'y attendait mais il y a une entraide qui est folle, souligne le jeune homme. J'aurais pu être là parce qu'on a été évacués aussi. Franchement l'apport, le soutien est génial". Être dans l'action "lui fait du bien, parce que tourner en rond et ne pouvoir rien faire est un peu pesant", avoue-t-il.

Francine, 77 ans, a été évacuée des Landes. Issu du "milieu psy", elle veille à ce que chacun garde son équilibre. (BENJAMIN ILLY / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)
Francine, 77 ans, a été évacuée des Landes. Issu du "milieu psy", elle veille à ce que chacun garde son équilibre. (BENJAMIN ILLY / FRANCEINFO / RADIO FRANCE)

Une dame s'adresse au jeune homme : "Je pensais à vous parce que si vous voulez aider les gens, il faut que vous pensiez d'abord à vous", se soucie Francine, 77 ans. "Il y a des bénévoles qui ont exagéré. Il ne faut pas aller jusqu'à l'épuisement, sinon vous ne pourrez plus aider", poursuit-elle. Évacuée des Landes, elle explique être "du milieu psy". Elle peut voir que "ceux qui sont là depuis cinq jours commencent à rencontrer quelques difficultés. Je pense que les dépressions vont commencer, dit-elle, il y a quelques personnes qui commencent à craquer". Mais au milieu de cette épreuve collective, une naissance a eu lieu dans le hall cette nuit, raconte Francine. "La vie est là, la vie continue."

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