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Les misérables d’aujourd’hui

C’est la France, le mercredi à 13h50, le regard d’Eric Fottorino du 1 Hebdo : aujourd'hui, notre chroniqueur nous parle de Victor qui est plus que jamais dans l'actualité. Aujourd’hui Eric, vous voulez c...

C’est la France, le mercredi à 13h50, le regard d’Eric Fottorino du 1 Hebdo : aujourd'hui, notre chroniqueur nous parle de Victor qui est plus que jamais dans l'actualité.

Aujourd’hui Eric, vous voulez commencer par une petite devinette ?

Pour une petite colle Jérôme : qui a prononcé ces mots à la tribune de l’Assemblée nationale ? « Je ne suis pas de ceux qui croient qu’on peut supprimer la souffrance en ce monde, mais je suis de ceux qui affirment qu’on peut détruire la misère. (…) Je ne dis pas diminuer, amoindrir, limiter, circonscrire, je dis détruire. En pareille matière, tant que le possible n’est pas fait, le devoir n’est pas rempli. » Un député socialiste ? Un insoumis ? Oui à sa manière, puisque ce discours prononcé en juillet 1849 le fut par un républicain sensible aux injustices sociales, un certain Victor Hugo.

Je vous vois déjà Jérôme redouter une chronique anachronique. Mais si je brandis le nom du Grand Totor, comme l’appelait Juliette Drouet, c’est qu’en lisant l’auteur de Misérables, dont une nouvelle adaptation arrive bientôt sur les écrans, je suis persuadé que les grands textes sont toujours d’actualité. Lisez les premières lignes de la Peste de Camus, paru en 1947, et vous verrez que le docteur Rieu ou le rat mort dans l’escalier, annoncent les peurs que suscita l’épidémie de Covid. Lisez ce poème tragique de Marguerite Yourcenar, simplement titré Gare d’émigrants : Italie du Sud, écrit en 1959 : vous verrez surgir le drame des migrants hébétés, redoutant que le rapide les écrase, « eux les éternels écrasés ». J’en dirai donc autant des Misérables, paru en 1862, mais dont les personnages continuent de vivre ou survivre sous nos yeux.

Combien notre pays compte-t-il de Jean Valjean, de Cosette ou de Fantine d’aujourd’hui ?

En 2024, près de dix millions de personnes vivaient en France sous le seuil de pauvreté. Surtout des chômeurs, des familles monoparentales et des moins de 18 ans, et un tiers des personnes immigrées. Si j’ajoute que près de 2 millions et demi de personnes ont eu recours aux banques alimentaires, que 350 000 personnes n’ont pas de domicile et 30% des Français ont déjà dû renoncer à se soigner après un problème de santé, le tableau est sombre.

Qui sont ces gens ?

Nous en avons rencontré cette semaine qui ont accepté de donner dans le 1 des témoignages bouleversants. Cosette aujourd’hui s’appelle Médina, une jeune fille ballotée depuis l’âge de sept ans dans des familles d’accueil où elle a subi des viols à répétition avant de connaitre la prostitution. Son constat est sans appel : l’Aide sociale à l’enfance ne l’a pas protégée. Jean Valjean, lui, s’appelle Khaled. Gamin affamé, il volait des chips. Plus tard il multiplia bagarres et braquages. Trente ans de sa vie, il les a passés derrière les barreaux. Avant de trouver la lumière en écrivant une autobiographie, les couleurs de l’ombre. Aujourd’hui quand il retourne en prison, c’est pour animer des ateliers d’écriture. Quant à Fantine la mère de Cosette, elle s’appelle Audrey. Elle a tout perdu après une maladie neurologique qui ne lui permet plus de porter les enfants, or depuis vingt ans c’était son métier, de garder des petits. Elle a vendu sa maison, a survécu grâce aux Secours populaire, a dégringolé si bas qu’un jour, elle n’a pu offrir un sac de billes à son fils de 9 ans. Puis Audrey s’est relevée, a enfin reçu une pension d’invalidité après un an de paperasses. Mais elle continue de compter chaque euro. « Fermez une prison, ouvrez une école », disait Hugo. Mais à l’école de la vie, combien de fragiles, de laissés pour compte, ont l’impression de vivre en prison ?

et c'est donc à la Une du 1 Hebdo cette semaine