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Les métiers de l’ombre de l’EPSM : à Armentières, elle joue avec les enfants pour mieux les soigner

Méconnus, ces métiers de l’ombre sont essentiels au sein des établissements publics de santé mentale. Deuxième des trois épisodes de cette série d’été avec Fanny, psychomotricienne à Armentières.

Méconnus, ces métiers de l’ombre sont essentiels au sein des établissements publics de santé mentale. Deuxième des trois épisodes de cette série d’été avec Fanny, psychomotricienne à Armentières.

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Fanny utilise le jeu pour mieux observer l’enfant, cibler ainsi sa pathologie et mieux orienter les soins.
Fanny utilise le jeu pour mieux observer l’enfant, cibler ainsi sa pathologie et mieux orienter les soins.
Publié: 20 Août 2026 à 13h12

Temps de lecture: 5 min

Elle fait partie de celles et ceux qui sont indispensables au fonctionnement de l’établissement public de santé mentale (EPSM) Lille métropole, à Armentières. Vous pourrez notamment croiser Fanny Spiers, une psychomotricienne âgée de 33 ans, au centre de santé mentale enfants et adolescents (ex centre médico-psychologique) de la place du Marché aux toiles.

Fanny accueille et soigne ses jeunes patients au cœur de la cité de la Toile.
Fanny accueille et soigne ses jeunes patients au cœur de la cité de la Toile.

« Waouh, ça c’est cool ! »

Pouvez-vous vous présenter et résumer votre parcours ?

J’ai intégré l’EPSM et ce centre de santé mentale (CSM) le 17 février 2025, très précisément. Donc je suis tout jeune ici. Avant, j’ai travaillé en tant que psychomotricienne en libéral durant trois ans, dans la métropole lilloise, pour des enfants qui ont des troubles du neurodéveloppement. J’ai obtenu mon diplôme en 2022 après être passée par l’Institut de formation de psychomotriciens Raymond-Leclercq de Loos, et j’ai aussi été assistante sociale pendant quatre ans dans un institut médico-éducatif. Dans cet IME, il y avait une psychomotricienne que j’ai pu observer. Je me suis dit : “waouh, ça c’est cool !” Parce qu’elle était vraiment au contact, et dans les séances, on passe par le jeu. Notre travail peut également s’appuyer sur de nombreuses autres médiations thérapeutiques, comme la relaxation, la médiation aquatique, le théâtre ou encore d’autres supports adaptés aux besoins spécifiques du patient.

Quel est votre intérêt pour ce métier ?

Là, on est sur du soin. Je suis un thérapeute, un rééducateur, et je fais aussi de la prévention. Pour ma part, je suis plus à même de poser des diagnostics chez les tout-petits (les moins de quatre ans) et les petits. J’interviens quand ils sont le plus petit possible, sur la périnatalité et la petite enfance, généralement, vers six, sept ans.

Dans le hall d’entrée, des portraits réalisés par des usagers et qui souvent sont des supports d’art-thérapie.
Dans le hall d’entrée, des portraits réalisés par des usagers et qui souvent sont des supports d’art-thérapie.

« Un soutien plutôt que de la psychiatrie pure »

Dans le mot « psychomotricien », il y a psy…

J’explique toujours aux parents ma démarche et qu’ici, on n’est pas “chez les fous”. Il faut surtout que l’enfant entende ça aussi. On le rassure beaucoup, et je pense qu’il y a beaucoup d’enfants qui, à un moment donné dans leur vie, ont besoin d’un soutien. En fait, c’est plus un soutien que de la psychiatrie pure, comme on peut s’imaginer. La psychiatrie, ça peut faire peur.

Il y a aussi motricité…

C’est un aspect essentiel de la psychomotricité : le lien étroit entre le corps et le psychisme. Le psychomotricien prend en compte la personne dans sa globalité, en considérant que les difficultés psychiques peuvent s’exprimer à travers le corps, tout comme les expériences corporelles influencent le développement émotionnel, relationnel et psychique. Pour cette raison notamment, les médiations corporelles occupent une place centrale dans notre pratique.

Mon job, c’est de l’observation, beaucoup d’observation clinique. ”
Fanny Spiers, Psychomotricienne

Comment se déroule une séance ?

Je commence par une séance d’anamnèse avec les parents pour leur poser des questions sur le développement de l’enfant, dès ses premières années de vie : sa scolarité, son sommeil, son alimentation, et la grossesse aussi. Je rédige un bilan psychomoteur qui va permettre de définir ensuite les axes thérapeutiques. J’utilise des tests standardisés qui me permettent de quantifier par rapport aux normes de l’enfant de son âge. Quand on voit qu’il y a un trop gros écart, on peut être sûr qu’il y a un retard de développement psychomoteur. Il faut se poser la question du contexte des troubles : oralité, interactions, agitation psychomotrice ou encore rigidité psychomotrice. Pour connaître la pathologie précisément, on peut avoir besoin de temps, et aussi que l’enfant puisse obtenir les soins dont il a besoin, pour savoir si on est par exemple sur un trouble du déficit de l’attention, avec ou sans hyperactivité. Mon job, c’est de l’observation, beaucoup d’observation clinique. Les séances sont espacées de deux à quatre par mois. Je mets en place des rituels de séance, pour rassurer l’enfant, surtout s’il rencontre des difficultés de rigidité psychique, ou des difficultés de lien avec son parent.

Que devient ce bilan ?

Je le partage avec les spécialistes, ergothérapeute, pédopsychiatre ou neuropédiatre, pour mieux orienter le diagnostic, en plus du bilan de quotient intellectuel ou du bilan attentionnel par exemple. C’est la somme de tous ces rapports qui vont guider l’expert. Généralement, on dit un peu tous la même chose, entre guillemets, mais de différentes manières parce qu’on n’a pas la même formation. Du coup, on repère éventuellement une pathologie et on peut orienter l’enfant vers le bon spécialiste. On fait toujours une restitution de bilan aux parents pour leur expliquer ce qu’on a pu en dire en commun.

« L’enfant, c’est une éponge »

Justement, quel est le rôle des parents dans votre mission ?

C’est essentiel. Des parents sont parfois dans le déni. Ils se disent, en fait : “Pour l’instant, je ne suis pas capable de voir que mon enfant a des grosses difficultés, que c’est compliqué.” Il se peut même qu’ils ne viennent pas, qu’ils n’investissent pas le suivi. Et puis, un an, deux ans après, ils reviennent. Parce que la psychomotricité, ce n’est pas uniquement de venir déposer son enfant pour une séance. Ça ne fonctionne pas. L’enfant, c’est une éponge. Si le parent se dit : “moi, je le dépose, mais ça ne sert à rien”, l’enfant va vite le comprendre. Et il n’y a pas besoin de mettre des mots, c’est de l’ordre du ressenti direct.

Et pour finir, comment vous contacter ?

L’orientation vers notre CSM peut émaner de divers partenaires extérieurs tels que l’école, les médecins ou plus largement le réseau de soins. Toutefois, les démarches peuvent également venir directement de parents qui se sentent inquiets ou démunis face aux difficultés rencontrées par leur enfant. Il existe d’ailleurs une procédure spécifique avant l’accès aux soins au sein du CSM. Les prises en charge proposées s’inscrivent dans une approche pluridisciplinaire : les situations sont étudiées de manière concertée en équipe afin de réfléchir aux accompagnements les plus adaptés, puis validées médicalement.

CSM, 10 bis place du Marché aux toiles à Armentières. Tél. : 03 28 82 92 30
Le centre de santé mentale se situe au 10 bis place du Marché aux toiles à Armentières. Tél. : 03 28 82 92 30
Le centre de santé mentale se situe au 10 bis place du Marché aux toiles à Armentières. Tél. : 03 28 82 92 30

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