thejournalofsierraleonestudies.com

Les lycées français basculent vers les Chromebooks malgré les alertes européennes

À partir de la rentrée 2026, les régions Île-de-France et Pays de la Loire remplaceront les PC Windows des lycéens par des Chromebooks Asus. Cette décision, motivée par des raisons pratiques et budgét

Publié le 13 juillet 2026 à 21:10 par Sirius

À partir de la rentrée 2026, les régions Île-de-France et Pays de la Loire remplaceront les PC Windows des lycéens par des Chromebooks Asus. Cette décision, motivée par des raisons pratiques et budgétaires, entre en collision avec les discours sur l'indépendance numérique et le précédent danois, qui a banni l'écosystème Google de ses écoles pour non-conformité au RGPD.

chromebook-plus

Le changement est de taille. Dès septembre 2026, les élèves entrant en Seconde dans les lycées d’Île-de-France et des Pays de la Loire se verront dotés d’un Chromebook Asus CM14 fonctionnant sous ChromeOS. Cette initiative sonne le glas des PC Y13 sous Windows fournis jusqu’à présent par des sociétés comme Unowhy. Pour les deux régions, qui équipent chaque année des dizaines de milliers de jeunes, ce choix est justifié par une meilleure autonomie et une durée de vie prolongée du matériel. Les élèves de Première et Terminale conserveront leur ancien équipement, assurant une transition de plusieurs années où les deux écosystèmes cohabiteront.

Quelles sont les modalités concrètes de ce déploiement ?

En Île-de-France, la Région a mis en place des garde-fous pour encadrer l’usage de ces machines. La connexion s’effectue via les identifiants de l’ENT monLycée.net, et les documents sont stockés sur le Drive de cette même plateforme, et non sur celui de Google. Fait notable, les applications Google Workspace ne seront pas disponibles sur ces Chromebook, même si Microsoft 365 restera accessible via le navigateur. Le service après-vente, lui, est confié à Asus avec l’appui du réseau Fnac-Darty.

Chromebook Asus CM14.

Le Chromebook Asus CM14

La région Pays de la Loire suit une logique similaire, insistant sur le fait que les données seront stockées en Europe et non aux États-Unis, une promesse clé pour rassurer sur la protection des informations personnelles. Le budget de l’opération « Mon ordi au lycée » devrait passer de 20 millions d’euros en 2025 à 23 millions en 2026. Dans les deux cas, les élèves deviennent propriétaires de leur ordinateur à l’issue de leur scolarité.

Pourquoi ce choix soulève-t-il des questions de souveraineté ?

Cette décision ne fait pas l’unanimité et est perçue par certains comme une contradiction flagrante avec le discours officiel sur l’indépendance technologique. Des experts dénoncent un choix qui risquerait d’« inféoder les lycéens » à l’écosystème d’un géant américain. Ils soulignent également que des matières comme la physique, l’informatique ou les sciences de l’ingénieur nécessitent des outils de programmation ou l’accès au terminal d’un système d’exploitation libre, un usage que ChromeOS ne facilite pas nativement.

Le paradoxe est d’autant plus frappant que l’État peine à appliquer sa propre doctrine « Cloud au centre de l’État », qui impose des hébergeurs certifiés excluant de fait Microsoft, Amazon et Google. Ces derniers sont en effet soumis au Cloud Act américain, une loi qui permet aux autorités américaines de réclamer des données, même stockées en Europe, ce qui pose un risque majeur pour la confidentialité.

ordinateur

Comment le cas du Danemark aurait-il dû alerter la France ?

L'affaire danoise est un véritable cas d’école pour toute administration européenne. Tout a commencé en 2019 après la plainte d’un parent d’élève inquiet de la façon dont les données de son enfant étaient traitées. Cette plainte a déclenché une vaste enquête de l’autorité de protection des données danoise, la Datatilsynet. La sentence tomba en 2022 : interdiction pure et simple de l'utilisation des Chromebooks et de Google Workspace dans les écoles de la municipalité pour cause de non-conformité au RGPD.

Après plusieurs années de procédure, le verdict a été rendu en janvier 2024 : l’autorité a statué qu’aucune base légale ne permettait de transmettre à Google les données des élèves pour l'amélioration de ses services. Ce précédent majeur illustre parfaitement le décalage entre le discours sur la souveraineté numérique et les décisions prises au niveau des collectivités, qui privilégient parfois des solutions pragmatiques sans en mesurer toutes les implications à long terme.

Journaliste GNT en direct d'Alpha Canis Majoris

Cette page peut contenir des liens affiliés. Si vous achetez un produit depuis ces liens, le site marchand nous reversera une commission sans que cela n'impacte en rien le montant de votre achat. En savoir plus.