Les lâchers de canards et de faisans dénoncés par des habitants de Saint-Fontaine, à Clavier: “J’en ai jusqu’à 200 dans mon jardin”
C'est sans conteste un des endroits les plus bucoliques de l'arrondissement de Huy-Waremme. Saint-Fontaine, hameau de l'entité de Clavier, est connu pour son gué, son château aux façades rosées vieux de 200 ans...
C'est sans conteste un des endroits les plus bucoliques de l'arrondissement de Huy-Waremme. Saint-Fontaine, hameau de l'entité de Clavier, est connu pour son gué, son château aux façades rosées vieux de 200 ans, et sa chapelle récemment restaurée. Ses quelque dizaines d'habitants y coulent des jours paisibles, surtout depuis que ce coin retiré du Condroz, ne fait plus partie des zones blanches en terme de couverture d'internet.
Seul hic : chaque année, dès le mois d'août, le hameau est envahi par des milliers de faisans et canards importés par le locataire du château pour assouvir la passion de chasseurs. Alors que le promeneur ou l'automobiliste de passage pourrait trouver cette présence sympathique, certains habitants en ont, eux, ras-la-casquette. A fortiori depuis qu'un cas de botulisme a été avéré, en fin de semaine dernière, après analyse de la dépouille d'un canard col-vert.
"Impossible de faire un potager, ils viennent tout manger"
"On se doutait bien qu'il y avait quelque chose d'anormal, confie Catherine Humblet. En se promenant, nous avions trouvé des cadavres, et on voit des milans qui rôdent dans le ciel." Habitante de Saint-Fontaine depuis 38 ans, elle ajoute : "Cet import massif d'animaux crée un déséquilibre et perturbe notre quotidien. C'est difficile de faire un potager car les faisans viennent tout manger. C'est difficile d'aller me promener avec mon border collie, car même s'il ne s'agit pas d'un chien de chasse, il devient très excité à la vue de tous ces animaux. C'est compliqué aussi d'inviter mes petits-enfants car ça tire en permanence les jours de chasse pour lesquels nous ne sommes pas toujours informés."
"Nous étions au courant d'une surmortalité parmi les canards et les faisans depuis trois semaines"Résident dans le hameau claviérois depuis une dizaine d'années, où habitait déjà sa grand-mère, Sybille van den Hove est aussi dépitée. "Certains matins, j'ai jusqu'à 200 faisans dans mon jardin, ils montent sur les meubles de ma terrasse, laissent leurs déjections partout, mangent les poires qui poussent et font un sacré potin au lever du soleil. J'ai le sentiment que Saint-Fontaine est encore plus envahi que les autres années."
"Un tir aux clays sur cibles vivantes"
Par ailleurs, présidente du conseil d'administration de Canopea (ex-Inter Environnement Wallonie), Sybille van den Hove a déjà écrit en mars 2025 aux ministres Dolimont, Dalcq, Coppieters et Vandenbroucke pour dénoncer la situation. "Cette importation massive augmente les risques de propagation de la grippe aviaire, notamment vers la faune sauvage et les élevages", souligne-t-elle. Ce fut le cas en 2022, lorsqu'un foyer H5N1 avait été découvert à Hoyoux, autre hameau claviérois. 8000 carcasses de faisans importés par un autre châtelain voisin avaient été comptabilisées. "Ce tir aux clays sur cibles vivantes engendre aussi une pollution des eaux et au plomb, et constitue aussi des atteintes à la biodiversité et au bien-être animal."
Dans leur combat, ces habitants sont épaulés par le collectif Stop Dérives Chasse. "On n'est pas du tout anti-chasse, précise d'emblée son porte-parole Maxime Rigo. On est vraiment anti-chasse récréative."
Il oppose les lâchers destinés au repeuplement à ceux destinés au tir. "Dans le premier cas, quelques dizaines d'animaux peuvent être introduits sur un territoire présentant un intérêt particulier pour la faune. La chasse peut alors être suspendue pendant plusieurs années afin de permettre à une population de se reconstituer, parallèlement à une amélioration des habitats. Les lâchers de tir sont très différents. On apporte plusieurs milliers d'animaux, on les nourrit pendant plusieurs semaines et, ensuite, on les tire. Les chasseurs ne bougent pas. Ils sont sur leur petit poste et les faisans rappliquent parce qu'ils sont un peu acculés de toute part. Tout est fait pour que, lors de la journée de chasse, ils soient tirés par centaines. Cette pratique nuit évidemment à l'environnement, au bien-être animal, aux riverains, mais elle nuit aussi énormément à l'image des chasseurs et du monde de la chasse".
"Des quantités 100 à 200 fois plus élevées qu'en milieu naturel"
Pour Stop Dérives Chasse, l'enjeu est donc de distinguer clairement la chasse au gibier sauvage et les pratiques de tir sur des animaux introduits artificiellement en très grand nombre. "On est vraiment sur des quantités 100 à 200 fois plus élevées qu'en milieu naturel. L'an dernier, selon un chiffre qui nous est parvenu, 18000 faisans ont été importés à Saint-Fontaine. Les chiffres de l'AFSCA sur Clavier (avec les hameaux de Hoyoux et Saint-Fontaine) évoquent, en 2025, l'arrivée d'un peu plus de 33 000 faisans et plus ou moins 15 000 canards."
Lâchers massifs de faisans importés et élevés en captivité : "un carnage organisé" (photos et vidéo)Au cabinet de la ministre wallonne de la chasse Anne-Catherine Dalcq, on explique qu'"une réflexion sur la révision de la réglementation est en cours. Une première série de rencontres a déjà eu lieu. Une seconde phase de consultation, avec des rencontres citoyennes, est prévue dans les prochains mois." Saint-Fontaine aura-t-il un autre visage dans un an?
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