Les feux vont-ils lancer un débat sur la chasse ? Cette pétition dépasse les 200 000 signatures
Le texte demande un « moratoire immédiat de la chasse dans [les] forêts incendiées » pour protéger les animaux ayant survécu aux flammes, et dont la survie est déjà précaire. ARNAUD PAILLARD / Hans Lu...
Le texte demande un « moratoire immédiat de la chasse dans [les] forêts incendiées » pour protéger les animaux ayant survécu aux flammes, et dont la survie est déjà précaire.

ARNAUD PAILLARD / Hans Lucas via AFP
Une pétition partagée sur la plateforme change.org demande un « moratoire » sur la chasse dans les zones touchées par les incendies, afin de protéger la faune ayant survécu aux flammes. (photo d’illustration d’une forêt brûlée à Marcheprime, près de Bordeaux, le 27 juillet 2026)
EN BREF
• Une pétition demandant un moratoire sur la chasse dans les forêts incendiées en France a dépassé 210 000 signatures.
• Les chasseurs critiquent cette initiative, la qualifiant d’idéologique, tandis que le ministère rappelle que les préfets peuvent suspendre la chasse en cas de calamité.
• L’association FUTUR et la LPO soutiennent l’interdiction de la chasse dans les zones sinistrées pour permettre à la faune de se reconstituer.
L’IA au HuffPost.
« Pas de fusils sur les cendres ». Une pétition lancée il y a deux semaines pour demander « un moratoire immédiat de la chasse dans [les] forêts incendiées » a dépassé le cap des 210 000 signatures sur la plateforme change.org. L’auteur de ce texte « à l’attention de Monsieur le Premier ministre », est Bruno Valentin, qui se présente comme un « auteur et citoyen engagé » déclare gérer « avec [sa] femme un refuge personnel pour animaux » dans le Cantal. S’il dit ne pas être un « politique de carrière », il a mis en ligne un « programme structuré » sur un autre site dédié où il est fait mention de la présidentielle.
Publiée avant le début des feux ravageurs de Gironde et des Landes, la pétition faisait déjà le constat d’une France qui « brûle », « de la majestueuse forêt de Fontainebleau, poumon vert [] et trésor de biodiversité, aux massifs de l’Aude et de l’Ardèche ». Bruno Valentin y écrit sa préoccupation pour animaux « survivants » qui ont « échappé aux flammes » et « lutt[ent] pour la survie ».
« Pourtant, dès l’ouverture de la saison [de la chasse], les fusils vont à nouveau résonner sur ces terres blessées », s’indigne la pétition, demandant « l’interdiction de toute forme de chasse (tir, chasse à courre, vénerie sous verre) dans tous les massifs forestiers ayant subi des incendies » cet été, ainsi qu’un « moratoire de 3 ans minimum, le temps nécessaire pour la végétation se régénère et que les cycles de reproduction reprennent naturellement ».
D’après les signataires, les mesures de protection doivent s’étendre à un « périmètre autour des zones brûlées », pour que les animaux puissent y « trouver refuge [] sans être traqués ».
La survie des animaux après les incendies préoccupe
La pétition de Bruno Valentin n’est pas la seule du genre : d’autres textes ont été déposés sur les sites de l’Assemblée nationale et du Sénat, mais ils suscitent bien moins d’engagement. Avec ses plus de 210 000 signatures à ce stade, ce texte sur la chasse n’atteint pas l’ampleur d’autres pétitions très médiatisées ces derniers mois comme celles s’opposant à la présomption de légitime défense pour les forces de l’ordre (plus de 732 000 signatures), à la loi Yadan (plus de 700 000) ou à la loi Duplomb (plus de 2,1 millions).
Le cap des 210 000 signatures témoigne néanmoins d’une inquiétude marquée pour la survie des espèces animales, accablées par les vagues de chaleur et surtout par les incendies monstres qui sévissent dans l’Hexagone. L’attention portée par le public à cette question est bien illustrée par le succès du compte @partager_cest_sympa sur Instagram, tenu par le vidéaste militant Vincent Verzat.
Ce dernier publie des vidéos témoignant de l’état délétère des forêts après le feu ou évoquant la situation des animaux sur place. Plusieurs de ces contenus cumulent entre 380 000 et près de 400 000 mentions « j’aime » sur le réseau social et d’après un post publié le 17 juillet dernier, son compte a gagné environ 300 000 abonnés en un peu plus d’un mois.
Les chasseurs raillent le « ridicule » des « écolos »
Sans surprise, les pétitions comme celle publiée par Bruno Valentin sur change.org suscitent scepticisme et agacement du côté des chasseurs. « Un moratoire national serait aberrant », a estimé le directeur général de la Fédération nationale des chasseurs (FNC), Nicolas Rivet, interrogé par Le Parisien au sujet de textes pointant du doigt les chasseurs. « Nous faisons confiance au bon sens local des chasseurs, qui ne sont pas sortis quand les températures étaient très élevées et ont même participé à abreuver la faune sauvage », a-t-il insisté.
Même son de cloche du côté de Willy Schraen, le président de la FNC sollicité par La Dépêche du Midi au sujet des associations demandant le report de la saison de la chasse. Une proposition « ridicule » et « idéologique » a-t-il tancé, fustigeant les « écolos qui n’y connaissent rien ». « C’est nous qui gérons les animaux dans la nature par la chasse », a-t-il défendu, assurant que les chasseurs savent « très bien ce [qu’ils ont] le droit de chasser ou non ».
Contacté par Le Parisien, le ministère de la Transition écologique cite l’article R424-3 du Code de l’environnement qui dispose qu’« en cas de calamité naturelle telle qu’un incendie, le préfet peut suspendre l’exercice de la chasse, partiellement ou totalement » dans son département. Pour Willy Schraen, les chasseurs doivent plancher sur la question aux côtés du représentant de l’État pour trancher ce qui est le plus souhaitable pour la faune.
Pas de quoi convaincre l’association de défense animale FUTUR, qui a publié une autre pétition sur le sujet (42 100 signatures) et qui a répondu au président de la FNC dans un message sur Instagram. « Toujours dans l’excès ces chasseurs… Et surtout toujours ce même argument : “Vous ne connaissez rien, laissez-nous gérer” », s’indigne l’ONG qui pointe « une phrase magique » pour « éviter les questions qui dérangent ». Elle s’oppose à la chasse dans les zones sinistrées, tout comme la Ligue de Protection des Oiseaux (LPO) dont le président Allain Bougrain-Dubourg, cité par Le Parisien, assure que « la faune a besoin de paix pour se reconstituer ».