Pourquoi les Français consacrent une part de plus en plus faible de leur budget à la voiture alors qu’elles n’ont jamais été aussi chères
Voiture qui vieillit, achat d’occasion et logique persistance du diesel : les chiffres de l’Insee révèlent comment les ménages s’adaptent face à des autos devenues inabordables. Derrière cette baisse apparente des dépenses se cache une réalité plus sombre pour les citoyens, l’État et l’environnement.
Les chiffres peuvent paraître obsolètes, puisqu’ils remontent à un an. Mais cette attente est le prix à payer pour obtenir des résultats fiables et statistiques, plutôt que des évaluations sondagières forcément approximatives.
L’Insee (Institut national de la statistique et des études économiques) enregistre et compile les données de la Comptabilité nationale chaque année pour produire une photo précise de la consommation des ménages français, et l’automobile prend de la place dans le cadre, puisque c’est le deuxième poste de dépense après l’immobilier et à égalité avec l’alimentation.
Quand on n’achète pas, on ne dépense pas
Dans le détail, les ménages ont dépensé 2 777 euros pour l’achat de leur auto l’an dernier, une somme évidemment lissée sur plusieurs années. C’est beaucoup, et ce montant représente 2,7 % de leur budget. Sauf que 10 ans auparavant, le même poste représentait 4,4 % du même budget.
Le prix des autos a-t-il baissé ? Bien au contraire, il a augmenté. Du coup, les gens n’achètent plus et conservent leur voiture. Le parc est désormais âgé de 11,8 ans alors qu’il ne dépassait pas 8,7 ans une décennie plus tôt.
Quant à ceux qui en achètent encore, ils privilégient l’occasion, d’où, aussi, cette baisse des prix relative. Mais si les autos vieillissent, le prix de leur utilisation explose forcément puisqu’il faut les réparer plus souvent ? Mais ce n’est pas le cas. Le poste « entretien » reste stable à 7,5 % du budget familial. Quant au carburant, il ne dépasse pas 3,5 %. Il a même très légèrement baissé par rapport à la décennie précédente. Les autos anciennes c’est du costaud.
Certes, ces statistiques ont été arrêtées avant la guerre en Iran et l’explosion du prix du baril, mais comment expliquer cette quasi-stabilité alors que des autos plus anciennes sont censées consommer un peu plus que des modèles d’aujourd’hui ?
Bien sûr, les Français ont roulé un tout petit peu moins l’an passé (-1 %), mais ils ont néanmoins effectué 11 600 km en moyenne. Mais il y a une autre explication et elle tient peut-être en un mot, ou plutôt en un carburant : le diesel, archi dominant jusqu’en 2015, et moins gourmand que l’essence.
Ce bon vieux mazout n’a d’ailleurs pas disparu, loin s’en faut. Selon les chiffres de l’Insee, il représente encore 46,1 % du parc de 40 millions de voitures en circulation, même s’il vient, pour la première fois, de passer sous la barre de 50 %. Quant aux technologies que l’Insee appelle « alternatives » (GPL, PHEV et 100 % électriques) elles ne comptent que pour 6,5 % du parc roulant.
Une mauvaise nouvelle pour tout le monde
Ces données, et les quelques sous épargnés par les Français dans leur budget auto, ne sont pourtant pas une bonne nouvelle, ni pour les citoyens eux-mêmes, ni pour l’économie nationale, ni pour l’environnement.
Car non seulement nos concitoyens subissent le prix excessif des autos neuves et ne peuvent pas les acheter, sans que ce soit un choix, mais en plus, la baisse des ventes de voitures neuves plombe l’industrie automobile, et les rentrées fiscales de l’État.
Quant au vieillissement du parc, la persistance de moteurs anciens et leur taux d’émission de C02, et de Nox pour le gazole, freinent les objectifs de décarbonation. Car même si 38 % des autos en circulation sont désormais en Crit’Air 1, 91,6 % des VU roulent toujours au gazole. La France comptait l’an passé 6,6 millions d’utilitaires.