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Les eurodéputés attendent tout et son contraire du discours sur l’état de l’Union d’Ursula von der Leyen, qui doit marquer “une prise de conscience”

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen devra exercer ses talents de persuasion, ce mercredi matin, en prononçant son discours sur l'état de l'Union devant le Parlement européen, à Stras...

La présidente de la Commission européenne, Ursula von der Leyen devra exercer ses talents de persuasion, ce mercredi matin, en prononçant son discours sur l'état de l'Union devant le Parlement européen, à Strasbourg. Tout l'enjeu est de convaincre que la situation actuelle n'est pas aussi sombre qu'il n'y paraît, et même qu'elle offre à l'Europe des opportunités. Comme le résumait mardi matin la cheffe du groupe libéral-centriste Renew, Valérie Hayer, "l'état de notre Union pourrait être meilleur. La confiance des citoyens dans notre Union pourrait être meilleure".

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Contexte défavorable

Longue est en effet la liste des sérieux problèmes et préoccupations auxquels l'Union européenne (UE) est confrontée. Le contexte géopolitique lui est défavorable avec, à ses portes, l'interminable guerre en Ukraine, et la difficulté de composer avec l'attitude agressive ou inamicale de la Russie, des États-Unis et de la Chine. La guerre au Moyen-Orient a pour conséquence une hausse des prix des énergies fossiles, déjà jusqu'à deux fois plus importants en Europe qu'outre-Atlantique où en Chine. Un sérieux frein pour la relance de la compétitivité de l'économie européenne, priorité de la Commission von der Leyen II.

Ce n'est pas tout : les effets des dérèglements climatiques se sont fait brutalement ressentir sur le continent, cet été. Le climat politique n'est guère plus engageant : la montée en puissance des partis d'extrême droite bouscule le paysage européen, où les centristes de gauche et de droite peinent à faire cause commune, tandis que le moteur franco-allemand est en panne. L'Union européenne a bien du mal à se défaire de l'image d'impuissance, réelle ou fantasmée, qu'elle projette.

Accès aux réseaux sociaux, IA, Chine….

C'est dire si la présidente von der Leyen va devoir trouver le ton idoine et les bons mots, pour assurer que le cap fixé en début de mandat est le bon et qu'il sera tenu. Un discours qui aura pour spectateur le Premier ministre canadien Mark Carney, invité par l'Allemande. Ce dernier s'exprimera à son tour jeudi devant l'assemblée, pour aborder l'approfondissement des relations entre son pays et l'UE.

Le State of the Union (SOTEU) est le moment où la cheffe de l'exécutif européen égrène la liste hétéroclite des priorités politiques et législatives de l'année à venir. Cette année, on s'attend, entre autres choses, à ce que l'Allemande "préannonce" la proposition que fera la Commission, jeudi, de fixer à 15 ans l'âge minimum pour accéder aux réseaux sociaux.

Les députés et députées sont également curieux d'entendre ce que la présidente de la Commission dira sur l'intelligence artificielle, domaine où l'UE a pris du retard, alors qu'aux États-Unis, les géants du secteur invitent à faire une pause dans le développement de cette technologie pour éviter qu'elle échappe à tout contrôle. On se demande également quelle place prendra dans son discours le positionnement de l'Union face à la Chine, avec laquelle elle affiche un déficit commercial de 1 milliard d'euros par jour.

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"Le temps des annonces est passé"

Alors que l'on est à quelques mois de la mi-mandat, "le temps n'est plus aux annonces", souligne toutefois une source européenne. Qui prévoit que la présidente mettra l'accent sur l'adoption de législations proposées et/ou la mise en œuvre dans un discours dont "compétitivité" et "souveraineté" devraient être une fois encore les maîtres mots.

"Le discours doit être le marqueur d'une prise de conscience mais risque d'être plutôt mou", redoute l'eurodéputé Raphaël Glucksmann, qui ambitionne d'être le candidat de la gauche sociale-démocrate à la présidentielle française de 2027. À voir.

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Priorités contradictoires

L'une des difficultés auxquelles Ursula von der Leyen doit faire face est qu'il lui faut contenter tout le monde et son père, pour contribuer à maintenir la plateforme pro-UE formée par les conservateurs du Parti populaire européen (PPE), les socialistes et démocrates (S&D) et les libéraux et centristes de Renew. Cette alliance a été fragilisée par le fait que le PPE n'hésite pas, à la fureur des deux autres groupes politiques, à former des coalitions avec les groupes situés à sa droite, même extrême. Mais même en mettant ce problème de côté, les trois partis peinent à trouver la même longueur d'onde sur quantité de sujets. À commencer par ce sur quoi le discours sur l'état de l'Union devrait mettre l'accent.

"La priorité, c'est la compétitivité, et moins de règles climatiques pour l'industrie", estime l'eurodéputée Open Vld Hilde Vautmans. Depuis le début de la législature, la Commission a mis sur la table douze paquets "omnibus" de simplification législative, afin de faciliter la vie des entreprises. "Trop peu, trop tard", regrette la conservatrice allemande Angelika Niebler, exprimant l'état d'esprit du Parti populaire européen (PPE, la famille politique d'Ursula von der Leyen). Iraxte Garcia-Pérez, présidente du groupe S & D met pour sa part le PPE en garde contre la tentation d'aller plus loin. "Ils visent directement la dérégulation. Nous allons résister à cela", prévient l'Espagnole.

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Ce que dira, ou ne dira pas, Ursula von der Leyen sera également l'objet de toutes les attentions. Si les conservateurs et réformistes européens (droite radicale), dénoncent, par la voix de leur coprésident polonais, Patryk Jaki, "l'idéologie verte qui tue notre avenir", le PPE et Renew en appellent, eux, à conserver les objectifs climatiques tout en faisant preuve de "pragmatisme". Mais à gauche, d'aucuns, telle Manon Aurby (La France insoumise), estiment que la présidente de la Commission "n'a pas pris la mesure des événements climatiques" de l'été. "J'espère un changement de cap politique ambitieux en matière de crise climatique mais je sais que ça n'arrivera pas", soupire l'eurodéputé Ecolo Saskia Bricmont.

Visée, depuis juillet 2025, par quatre motions de censure, Ursula von der Leyen s'en est jusqu'ici tirée sans encombre. Mais l'Allemande sait qu'elle ne peut pas se permettre de perdre trop de soutiens. Un accident est vite arrivé.

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