Les Émirats arabes unis obtiennent un accès libre aux puces IA et au matériel militaire américains
Hier, le département américain du Commerce a assoupli ses règles d’exportation vers les Émirats arabes unis. Huit entreprises américaines, parmi lesquelles Apple, Amazon et Microsoft, peuvent désormais obtenir des puces d'intelligence artificielle, équipements militaires et satellites commerciaux sans demande de licence individuelle. Mais la sénatrice démocrate Elizabeth Warren dénonce des risques de détournement de technologies sensibles vers la Chine.
Hier, le département américain du Commerce a assoupli ses règles d’exportation vers les Émirats arabes unis. Huit entreprises américaines, parmi lesquelles Apple, Amazon et Microsoft, peuvent désormais obtenir des puces d'intelligence artificielle, équipements militaires et satellites commerciaux sans demande de licence individuelle. Mais la sénatrice démocrate Elizabeth Warren dénonce des risques de détournement de technologies sensibles vers la Chine.

L'info en 3 points
C’est relâche entre les États-Unis et les Émirats arabes unis. Apple, Amazon, Google, Meta, Microsoft, OpenAI, Oracle et xAI exportent désormais des puces avancées, serveurs et logiciels d’intelligence artificielle vers leurs filiales émiraties sans licence individuelle. Le département du Commerce a déposé le texte pour inspection publique avant sa publication au Federal Register, prévue le 14 juillet. Il reclasse les Émirats arabes unis dans un groupe de pays qui bénéficient d'exceptions de licence élargies pour le matériel militaire et les biens à double usage, une catégorie jusqu’ici réservée aux membres de l’OTAN et à quelques alliés proches. Les Émirats sont le seul pays du groupe à ne pas appartenir aux régimes multilatéraux de contrôle des exportations. Le texte n’inclut ni Israël ni l’Arabie saoudite dans cette catégorie.
Huit entreprises américaines accèdent aux puces sans licence
Deux entreprises émiraties, G42 et Core42, bénéficient du même régime que les huit groupes américains. Le Commerce a par ailleurs annoncé un examen favorable des futures demandes de licence déposées par MGX, le fonds technologique émirati. Selon 9to5Mac, Apple emploierait vraisemblablement ce nouvel accès pour ses centres de données dans le pays.
Le texte active pour les Émirats la licence Exception STA, l’autorisation commerciale stratégique déjà accordée à d’autres alliés, pour l’ensemble des articles non inclus dans l’exemption sans licence. Les sections 742.6(a)(6)(iii)(A) et (B) du règlement américain sur l’administration des exportations définissent les puces avancées, les serveurs et les logiciels associés soumis à contrôle, ainsi que leurs destinataires autorisés. En 2025, Washington avait déjà conclu un accord préliminaire avec Abou Dhabi pour l’importation de centaines de milliers de puces NVIDIA, un cadre finalisé en mai de la même année.
Pour le département du Commerce, cette faveur est la contrepartie de décennies de coopération contre l’Iran et ses alliés, le Hamas, le Hezbollah et les Houthis. Le texte signale en particulier le rôle des Émirats pendant l’opération Epic Fury, la série de frappes américano-israéliennes contre l'Iran engagée en février. La mesure concerne également le pétrole, le gaz et le nucléaire civil. Les Émirats sont aussi le premier partenaire commercial des États-Unis au Moyen-Orient. Leurs investissements directs sur le sol américain dépassent 876 milliards d’euros.

Washington abandonne le système de paliers instauré en 2025
En janvier 2025, l’administration Biden avait instauré un système à trois niveaux pour l’exportation des puces d’intelligence artificielle, avec des quotas pour la plupart des pays et un accès libre réservé à dix-huit alliés proches. Les Émirats subissaient des quotas dans ce cadre. L'administration Trump a abrogé cette hiérarchie. Les Émirats accèdent désormais aux mêmes conditions que les pays du premier cercle, sans limite de quantité ni surveillance des installations. Un autre projet de règle, formulé en mars, envisageait d’obliger les acheteurs de plus de 100 000 puces à investir dans des centres de données américains. Le texte publié vendredi ne reprend pas cette condition pour les Émirats.
G42 avait déjà dû céder ses équipements Huawei en 2024 pour rassurer Washington sur ses liens avec la Chine. La sénatrice démocrate Elizabeth Warren, membre de la commission bancaire du Sénat, critique aujourd’hui la faveur accordée à l’entreprise. Selon elle, un membre de la famille royale émiratie à la tête de G42 et de MGX aurait discrètement acquis 49 % de World Liberty Financial, la société de cryptomonnaie de Donald Trump, alors même que le Commerce accorde à G42 un accès sans licence malgré des inquiétudes documentées sur un possible détournement de technologies sensibles vers la Chine. Un ancien responsable du département du Commerce estime que le nouveau régime écarte tout débat interne sur ce type d’autorisation, auparavant jugée sensible en raison des liens commerciaux potentiels de G42 avec des clients chinois.
Foire aux questionsContenu généré par l’IAQu’est-ce qu’un « bien à double usage » dans les règles américaines d’exportation ?
Un bien à double usage est une technologie ou un équipement qui peut servir à la fois des applications civiles et militaires. Des puces d’IA, des serveurs haute performance ou certains composants de satellites entrent souvent dans cette catégorie, car ils peuvent alimenter aussi bien des data centers que des capacités de renseignement ou de défense. Aux États-Unis, ces biens sont encadrés par l’Export Administration Regulations (EAR), avec des listes de contrôle et des conditions de vente selon le pays et l’utilisateur final. L’enjeu principal est de limiter le transfert de capacités sensibles vers des acteurs jugés à risque, sans bloquer tout commerce technologique.
À quoi sert la « License Exception STA » (Strategic Trade Authorization) et ce que ça change concrètement ?
La License Exception STA est une exception qui permet d’exporter certains produits contrôlés sans demander une licence individuelle à chaque opération, à condition de respecter des critères stricts. Typiquement, l’exportateur doit vérifier l’éligibilité du pays, du destinataire, de l’usage final et conserver des documents de conformité. Cela réduit les délais et la charge administrative, ce qui facilite les livraisons répétées de matériels sensibles (par exemple des accélérateurs IA et leur stack logiciel associé). En contrepartie, la responsabilité de la conformité repose davantage sur l’entreprise exportatrice, et les contrôles se font plus via l’audit et la traçabilité que via une autorisation au cas par cas.
Pourquoi les « régimes multilatéraux de contrôle des exportations » comptent-ils dans l’accès aux puces et technologies sensibles ?
Les régimes multilatéraux (comme l’Arrangement de Wassenaar) sont des cadres de coopération entre États pour harmoniser les règles d’exportation sur les technologies sensibles. Ils ne sont pas des traités universels, mais ils servent de socle commun : listes de biens contrôlés, principes de vérification, échanges d’informations. Quand un pays n’en fait pas partie, les États exportateurs peuvent considérer qu’il offre moins de garanties sur la réexportation, la traçabilité ou l’usage final. Dans la pratique, l’appartenance (ou non) influence le niveau de confiance et donc la facilité d’accès à des exceptions de licence pour des composants avancés.