Des écureuils qui changent de couleur selon les quartiers
Les écureuils de Montréal changent de couleur de pelage selon les quartiers où ils habitent, révèle une étude de l’Université McGill. Des chercheurs ont découvert que les conditions propres à chaque coin de la ...
Les écureuils de Montréal changent de couleur de pelage selon les quartiers où ils habitent, révèle une étude de l’Université McGill. Des chercheurs ont découvert que les conditions propres à chaque coin de la ville influent sur les caractéristiques de la faune qu'on y trouve.
Malgré leur nom, les écureuils gris de l’Est, qui font la renommée de la métropole québécoise, ont parfois un pelage noir.
L’équipe de McGill a constaté que la couleur du pelage des écureuils de la région montréalaise – connus sous le nom scientifique Sciurus carolinensis – serait déterminée non seulement par l’urbanisation, mais aussi par le couvert forestier et par la présence du fleuve Saint-Laurent et de ses affluents, qui peuvent limiter les déplacements et entraîner la formation de populations distinctes.
Les écureuils les plus fréquemment observés à Montréal ont le pelage gris. Les chercheurs ont toutefois constaté que, même si le pelage gris prédominait partout dans la ville, la proportion d’écureuils mélaniques – communément appelés écureuils noirs – variait entre 2 % et 40 % en fonction des quartiers.

La proportion d’écureuils noirs varie entre 2 % et 40 % en fonction des quartiers de Montréal.
Photo : Getty Images / Sasha Alekseiev
Le taux est le plus élevé dans les secteurs où les températures hivernales sont plus basses et où le couvert forestier est plus dense. Le pelage foncé des écureuils, qui retient davantage la chaleur, pourrait leur procurer un avantage biologique par temps froid.
De plus, contrairement à d’autres villes nord-américaines, les écureuils noirs sont généralement rares dans les secteurs les plus urbanisés de Montréal.
La première conclusion, c’est que les écureuils noirs préfèrent les environnements boisés, forestiers, plutôt naturels et plus froids. La deuxième conclusion, c’est que s’ils ne sont pas plus fréquents sur l'île de Montréal, ça a rapport avec la déforestation et le déboisement, mais aussi avec le fait que la rivière des Outaouais, le fleuve Saint-Laurent et la rivière des Mille Îles agissent comme barrières entre la Rive-Nord et le reste de la région métropolitaine et ralentissent leur propagation.
Même s'il existe des environnements naturels sur l'île de Montréal, à Laval ou sur la Rive-Sud, ils ne pourraient pas s'y établir parce que c'est difficile de traverser le fleuve ou la rivière, explique l’auteur principal de l’étude, Francis Quang-Hai Dinh, qui s’est exilé aux États-Unis pour poursuivre son parcours en biologie intégrative à l’Université de l’Illinois Urbana-Champaign.
Ce n’est pas trop chouette pour un rongeur de monter sur le pont Champlain et faire des kilomètres de voyage!, lance-t-il en riant.
D’ailleurs, M. Dinh n’a aperçu que trois écureuils noirs durant ses escapades sur la Rive-Sud, alors qu’ils représentaient une proportion de 40 % dans des villes comme Blainville et Terrebonne.
Pour son projet, il s’est concentré sur les noirs et les gris, mais il précise que les écureuils présents sur le territoire peuvent également être brunâtres, roux ou encore blancs.
Projet totalement gratuit
Avant d’en arriver à ces constats, M. Dinh a enfourché son vélo et a parcouru un nombre incalculable de kilomètres pour examiner de près plus de 800 individus dans quelque 200 parcs répartis sur l’île et dans le Grand Montréal.
Il a également utilisé des statistiques provenant de relevés effectués dans les lieux publics par les villes et les gouvernements provincial et fédéral – grâce à l’aide d’un collègue de l’Université Concordia –, et il s’est servi de bases de données scientifiques citoyennes, comme iNaturalist, pour avoir un meilleur portrait d’ensemble de la situation. Au total, 3000 individus ont été analysés.
M. Dinh souligne que sa démarche n’a coûté absolument rien. On a simplement eu une bonne idée et on a collecté des données de manière aussi efficace que possible. Comme je n’avais pas de voiture, aller à Mirabel, à Terrebonne, à Vaudreuil, à Saint-Bruno et à Kahnawake, c’était toute une aventure!, se souvient-il.
Les résultats de cette étude indiquent que la faune pourrait réagir aux conditions environnementales à une échelle très locale. Selon les chercheurs de McGill, les villes ne constitueraient donc pas des habitats uniformes, mais plutôt des paysages complexes. Les différences entre les quartiers, ainsi que les caractéristiques géographiques, comme les cours d’eau, pourraient influer sur l’adaptation et l’évolution des animaux au fil du temps.
On considère souvent les villes comme un milieu homogène, mais nos résultats montrent que les conditions auxquelles les animaux sont exposés peuvent varier considérablement d’un quartier à l’autre. Pour comprendre l’adaptation en milieu urbain, il faut donc aller au-delà des simples comparaisons entre milieux urbains et ruraux, affirme l’une des autrices de l’étude, Allison Roth, une ancienne étudiante de McGill qui est aujourd’hui professeure adjointe au Département de biologie de l’Université du Missouri, aux États-Unis.
Cette étude fait partie d’un dossier spécial publié par cinq revues d'écologie, qui porte sur la façon dont des chercheurs utilisent de vastes ensembles de données en libre accès et des approches collaboratives afin d’aborder les grandes questions écologiques.