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« Les dents de l’enfer », les coulisses en BD du tournage catastrophique du film culte de Spielberg

En 1975 sort « Jaws », succès critique et commercial mondial. Et pourtant le fim de Steven Spielberg a bien failli ne jamais voir le jour en raison d’un tournage apocalyptique. C’est cette histoire incroyable que raconte en bandes dessinées Mahi Grand.

Quel est le point commun entre les spectateurs du film « Les dents de la mer » et ses producteurs du studio Universal ? Une bonne dose de sueurs froides et assurément des nuits peuplées de cauchemars !

Cet été de 1975, les Américains ne peuvent échapper aux mâchoires - où Jaws (titre original du long-métrage) - aujourd’hui les plus célèbres d’Hollywood. Publicité, goodies, presse… elles sont partout, impossible d’y échapper ! Et 67 millions de spectateurs se pressent dans les salles obscures pour frémir de peur, et de plaisir, devant l’effroyable requin blanc mangeur d’hommes qui écume les eaux de la petite station touristique d’Amity.

Succès public, critique et commercial (la barre infranchissable des 100 millions de dollars de recettes est franchie)… Le film de Steven Spielberg devient le premier « blockbuster » de l’industrie cinématographique créant un modèle économique qui sera décliné à l’envie par les studios. Mais cette belle histoire était loin d’être écrite et avait tout de la chronique d’un désastre annoncé.

« Caractère romanesque, spectaculaire et improbable »

Quelques mois plus tôt, les producteurs d’Universal passent de longues nuits blanches devant un tournage qui vire au naufrage et est proche d’engloutir au fond de l’Atlantique leurs millions de dollars ! Le titre de la BD est évocateur : « Les dents de l’enfer, chroniques d’un tournage apocalyptique ». « Aucun tournage ne pouvait rivaliser, à mes yeux, avec le caractère romanesque, spectaculaire et improbable de celui des Dents de la mer », confie, en préface, Mahi Grand qui a fait des coulisses de ce film, largement documentées, le sujet de son album.

Un requin mécanique qui coule, l’eau de mer qui abîme ses circuits électriques, un squale aussi convaincant qu’une « grande saucisse qui tressaute »… la vedette du film n’est pas à la hauteur.

S’il n’y avait que cela. Le navire de pêche, Orca, sombre en plein tournage menaçant d’engloutir Roy Scheider… L’acteur et ses comparses Robert Shaw et Richard Dreyfuss doutent du scénario et s’épanchent dans les médias : « Le scénario est une vraie merde » !

Le film enchaîne galère sur galère et vire au cauchemar pour Steven Spielberg, aux commandes de son second film seulement. Les acteurs doutent de ses compétences, les techniciens aussi ainsi que les producteurs qui envisagent de mettre « un terme définitif à cette débâcle ».

Le prévisionnel de production table sur 51 jours de tournage et 3,5 millions de dollars de budget. À l’heure des comptes, le calendrier s’est étiré sur 159 jours et la facture a grimpé à 12 millions de dollars.

La résilience de Steven Spielberg

Mais ce récit de tournage est surtout celui d’un jeune réalisateur, Steven Spielberg, qui va faire preuve, contre vents et marées, au sens propre comme au figuré (le tournage est en décor naturel), d’une résilience incroyable. Il est persuadé qu’il tient un bon film, son film. C’est d’ailleurs lui qui a convaincu ses producteurs de lui confier la réalisation du livre de Peter Benchley.

Le requin coule ! Tant pis, il faut alors le suggérer, filmer la menace du requin… faute de squale ! L’effet sera terrifiant ! Sans cesse, il s’adapte, et, avec son scénariste, réécrit les scènes au jour le jour dans une totale improvisation. Le résultat est un chef-d’œuvre, un film aujourd’hui culte qui lancera la carrière du réalisateur d’E.T., des Indianas Jones ou encore d’Il faut sauver le soldat Ryan !

L’album de Mahi Grand donne une folle envie de revoir « Les dents de la mer »… une catastrophe annoncée sauvée des eaux par un génie du 7e Art.

« Les dents de l’enfer » de Mahi Grand Dargaud.  184 pages 23 euros.
« Les dents de l’enfer » de Mahi Grand Dargaud. 184 pages 23 euros.
DR Dargaud

A voir jusqu’au 19 septembre sur Arte le documentaire « Les dents de la mer, un succès monstre ».

« Les dents de l’enfer, chroniques d’un tournage apocalyptique » de Mahi Grand. Dargaud 184 pages. 23 euros.