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Les critiques d’Hugues Dayez avec ‘Pressure’, un passionnant bras de fer psychologique autour du D-Day - RTBF Actus

PressureLe film nous reporte en Angleterre trois jours avant le D Day, prévu par le général Eisenhower et ses troupes pour le 5 juin 1944. Le colonel James Stagg, météorologue de la Royal Air Force, est mandaté...

Pressure

"Pressure"

Le film nous reporte en Angleterre trois jours avant le D Day, prévu par le général Eisenhower et ses troupes pour le 5 juin 1944. Le colonel James Stagg, météorologue de la Royal Air Force, est mandaté par Winston Churchill pour prêter main-forte au QG du général, et lui fournir des prévisions météo les plus précises possibles sur le temps prévu le 5 juin. Or trois jours à l’avance, des prévisions restent des prévisions, et c’est là que les problèmes commencent. Irving Krick, un météorologue américain qui a l’oreille d’Eisenhower, est résolument optimiste : il fera beau le 5 juin. Ce n’est pas du tout l’avis de Stagg, qui balaie ces pronostics d’un revers de manche : le 5, ce sera la tempête, on court à la catastrophe… Le problème, c’est que Stagg, individualiste et mauvais communicant, est seul contre tous.

"Pressure est basé sur des faits historiques, et sur une pièce de théâtre écrite par l’acteur David Haig. A priori, on voyait mal comment réussir un film sur base de ce matériau : une querelle de météorologues, truffée de vocabulaire technique et de prévisions contradictoires dans le huis clos du QG. Difficile de tenir en haleine le spectateur avec ces ingrédients quelque peu austères. Mais le réalisateur australien Anthony Maras (qui avait signé un excellent "Hôtel Mumbaï" sur un attentat dans un palace) a tiré le maximum de la pièce de Haig, installant une formidable tension dramatique entre Stagg et les militaires.

Brendan Fraser, revenu dans la course depuis "The Whale", campe un général Eisenhower très crédible, mais c’est surtout Andrew Scott ("Sherlock", "Ripley", "All of us strangers"), impeccable en James Stagg aussi inflexible qu’introverti, qui domine le film et qui confirme sa place parmi les meilleurs acteurs de sa génération. "Pressure" est de facture classique, mais réussit à être passionnant de bout en bout.

Rose

"Rose"

A l’issue de la Guerre de Trente ans, au XVIIe siècle, Rose, à moitié défigurée par une balle perdue, a pris l’identité et les papiers d’un soldat mort au combat. Fort de ces papiers, et se faisant donc passer pour un homme, Rose revendique une part de terrain dans une petite communauté protestante. Progressivement, elle parvient à y faire son trou, jusqu’au jour où un de ses puissants voisins la pousse à épouser une de ses filles, en échange d’une terre supplémentaire. La femme déguisée en homme accepte le marché… Mais comment vivre en couple sans dévoiler le subterfuge ?

Le réalisateur autrichien Markus Schleinzer a travaillé avec Michael Haneke – entre autres sur "Le Ruban blanc" – et cela se sent : son travail sur le noir et blanc, sur les cadrages et les plans fixes témoignent de sa volonté de créer une esthétique austère mais signifiante autour de ce destin authentique. Il en résulte un film âpre comme l’époque qu’il décrit, dominé par l’interprétation de Sandra Hüller ("Anatomie d’une chute", "Zone of interest"), une fois de plus magistrale, couronnée par un prix au festival de Berlin.

Practical Magic 2

Practical Magic 2

Dans la famille Owens, on est magicienne de mère en fille. Avec des pouvoirs parfois bénéfiques, certes, mais aussi une malédiction ancestrale : les hommes dont ces femmes tombent amoureuses sont condamnés à un destin funeste. Alors, quand Sally (Sandra Bullock) voit sa fille débordée par le chagrin lorsque son fiancé est entre la vie et la mort après un accident, elle est bien décidée à rompre cette malédiction avec l’aide de sa sœur Gillian (Nicole Kidman).

Cette dramacomédie romantique est donc la suite de "Practical Magic", un film de 1998 qui n’a pas laissé de souvenir impérissable… Près de vingt ans plus tard, Bullock et Kidman remettent donc le couvert. A l’écran, on a l’impression de visiter le Musée Tussaud : à force d’avoir abusé des "bienfaits" de la chirurgie esthétique, les deux stars ressemblent à des masques de cire ; plus aucune expressivité n’émane de leurs visages. Quant au film, il est tellement sucré et dégoulinant qu’il donne presque des caries rien qu’en le regardant. Le plus désolant, c’est de voir au générique qu’il est réalisé par Suzanne Bier, cinéaste danoise qui a signé autrefois des grands films dans son pays comme "Brothers" et "After the wedding", et dont le talent a été annihilé par la machine hollywoodienne. Car Hollywood est capable du meilleur comme du pire, et "Practical Magic 2", c’est vraiment le pire.

Vigilante

"Vigilante"

Morville, ouvrier dans un casse de voitures le jour, est "vigilante" la nuit : s’inventant des identités d’adolescente sur le web, il traque les pédophiles, les piège, les filme et diffuse ses images sur les réseaux sociaux pour les mettre hors d’état de nuire. En pratiquant cette "justice parallèle", il se met de plus en plus en danger, et devient aussi la cible de la police, qui ne le supporte plus, lui et ses deux amis, trio de "cow-boys" incontrôlables…

Réalisé par Olivier Pairoux, ce polar belge s’empare d’un bon sujet, mais ne fait pas forcément dans la dentelle pour l’aborder ; certains personnages – surtout les personnages féminins – sont caricaturaux, et certaines interprétations surjouées. Mais étonnamment, le chanteur Eddy de Pretto, dans le rôle de Morville, tire son épingle du jeu et donne chair à cet antihéros écorché vif. C’est la bonne surprise du film.

The Meltdown (Dégel)

"The Meltdown"

Le résumé officiel du film est très clair, le voici : "Chili, 1992. Le pays reste marqué par des années de dictature. Alors qu’elle est gardée par ses grands-parents dans leur hôtel en station de ski, Inès, 9 ans, se lie d’amitié avec Hanna, une jeune sportive venue d’Allemagne. Lorsque celle-ci disparaît sans laisser de trace, l’enfant cherche à comprendre…" C’est tout ? Oui, c’est tout et c’est parfaitement résumé.

Présenté au Festival de Cannes dans la section "Un certain regard", ce drame signé Manuela Martelli a suscité l’enthousiasme d’une frange de la critique parisienne : " thriller cotonneux à la mise en scène magistrale" (Marie-Claire), "Magistral et impressionnant" (Les Inrockuptibles) "La cinéaste tisse une chronique saisissante sur les non-dits" (Télérama).

Décidément, nous n’avons pas vu le même film. Car en réalité, le parallèle entre la disparition non élucidée de la skieuse et les disparitions provoquées par le régime de Pinochet fait sans doute partie des intentions de la réalisatrice, mais à l’écran, ce parallèle reste totalement nébuleux et frustrant. Ni véritable film politique, ni réel thriller, "The Meltdown" laisse le spectateur perplexe et insatisfait.