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« Les chauffeurs veulent me montrer qu’ils roulent vite » : le réalisateur de la saga « Taxi » n’a pas toujours de bonnes expériences en… taxi

Un vrombissement de moto, un look décontracté et un sourire franc : Gérard Krawczyk ne fait pas d’esbroufe. C’est pourtant lui qui a fait vrombir le box-office français en signant les plus grands succès de la s...

Un vrombissement de moto, un look décontracté et un sourire franc : Gérard Krawczyk ne fait pas d’esbroufe. C’est pourtant lui qui a fait vrombir le box-office français en signant les plus grands succès de la saga Taxi. Aujourd’hui installé à Antibes sur les traces de ses parents, le cinéaste lâche un instant la caméra avec une idée fixe : s’investir pour sa ville et transmettre sa passion. Interview avec un géant discret du 7e art.

J’étais petit. On était en vacances avec mes parents en Grèce et à cette époque-là, on prenait la voiture. Sur le chemin du retour, je me souviens que l’on avait fait une étape à Antibes. On avait dormi dans un hôtel à la Salis. C’est dingue parce que vingt après mes parents ont emménagé ici !

Et maintenant, c’est à votre tour de vous y installer.

Je suis encore un peu à Paris pour des raisons professionnelles mais j’ai bien l’intention d’être ici à 100 %. Cette ville est formidable : elle a une belle âme, elle vit l’hiver et elle n’est pas show off. J’ai tourné des scènes de mon premier film, Je hais les acteurs, ici, à la villa Médy Roc.

Comptez-vous vous y investir ?

Si je peux aider à concrétiser des projets, j’en serai heureux. Pourquoi pas développer des projections en plein air sur Juan-les-Pins. Voir des films en famille sous les étoiles, c’est renouer avec l’ADN du cinéma, art populaire.  Vibrer ensemble, enfants, parents, grands-parents, la journée sur la plage et le soir sur cette même plage devant un film.

Gerald (à gauche) et Sara Murphy (à droite) sont les premiers à fréquenter la plage de la Garoupe au Cap d’Antibes  : les Américains vont à rebours de la saison hivernale dans les années vingt. Ils décident de passer l’été sur la Côte d’Azur.

D’ailleurs cette année, vous avez eu votre film, Je hais les acteurs, projeté sur la plage de Cannes Classique.

C’est extraordinaire de voir un film dans ces conditions. Ça me fait penser à ce cinéma italien très populaire : quand tout le village se retrouvait pour voir un film.

D’autres projets pour Antibes ?

Il y a des gens dans cette ville - comme partout - qui ne sont pas connus du grand public malgré leur rôle socialement important. Ils sont l’âme et l’Histoire de la ville. Ce serait bien de faire une collection de portraits rendant ainsi compte aux futures générations du patrimoine humain de la commune.

Quel regard portez-vous sur la saga Taxi, connue à travers le monde ?

C’est incroyable, en Russie, en Corée, dans le monde entier, ils connaissent les films. Il y a même des passionnés qui achètent des 406 pour refaire le taxi ! Ils trouvent les mêmes jantes, le même levier de vitesse… C’est extraordinaire ! On n’a jamais imaginé que cela fasse un tel carton. Ce film a été refusé partout, personne n’en voulait. Il devait se tourner à Paris mais la ville a refusé… Ce qui a donné un nouvel élan cinématographique et audiovisuel à Marseille.

Quand vous montez dans un taxi, comment se comportent les chauffeurs ?

Quand c’était la grande époque, beaucoup voulaient me montrer qu’ils conduisaient vite. Et ils prenaient des risques. Souvent, je leur disais « Monsieur, j’ai peur. » Ils étaient sidérés. Je voyais dans leur regard qu’ils pensaient « le gars qui a fait Taxi a peur dans mon taxi. De la vitesse ! Quel nul ! » [rires].

Le tournage du film « Taxi 4 » devant la mairie de Cannes en 2006.
Le tournage du film « Taxi 4 » devant la mairie de Cannes en 2006.
Photo N-M

Quelle est votre position sur l’arrivée de l’IA dans le 7e art ?

Le cinéma a toujours évolué avec les nouvelles technologies : il est passé du noir et blanc à la couleur, du muet au parlant, du mono à la stéréo, au Dolby Atmos [une technologie de son en trois dimensions, N.D.L.R.], au relief et j’en passe. L’IA est un outil formidable. Le cinéma n’est pas contre l’IA, il est contre la manière dont l’outil s’établit. C’est un peu comme si au moment de l’invention de l’automobile, on nous avait dit, on ne vous paie pas pour les sièges, le cuir des sièges, les freins, les roues, parce que vous verrez, l’automobile, c’est tellement formidable, elle va vous rendre tellement de services qu’il est normal que l’on vous prenne tout ce dont nous avons besoin gratuitement. Le sujet est vaste et complexe mais il est sûr qu’il va falloir réguler intelligemment l’IA car pour le moment, c’est le Far West.

Cela ne met pas en péril l’avenir du cinéma ?

Vous avez du temps ? [Rires] Pour faire court et simple, je pense que la salle ne va pas disparaître. Le lien social généré est irremplaçable, comme pour un spectacle vivant.

Vous avez des projets de film ?

Oui, j’ai actuellement deux projets : un film à Marseille et une mini-série internationale.