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Reportage Afrique - Les actrices des luttes anticoloniales: en Côte d’Ivoire, les marcheuses de Grand-Bassam [1/10]

En décembre 1949, plusieurs centaines de femmes quittent Abidjan pour marcher jusqu’à Grand-Bassam afin d’exiger la libération des dirigeants emprisonnés du parti de Félix Houphouët-Boigny, le PDCI-RDA, mis derrière les barreaux par l’administration coloniale française. Une mobilisation historique, brutalement réprimée, mais qui demeure aujourd’hui un symbole de courage et de résistance. Plus de 75 ans après, que reste-t-il de l’héritage des Dames glorieuses de Grand-Bassam ? Comment leur combat

En décembre 1949, plusieurs centaines de femmes quittent Abidjan pour marcher jusqu’à Grand-Bassam afin d’exiger la libération des dirigeants emprisonnés du parti de Félix Houphouët-Boigny, le PDCI-RDA, mis derrière les barreaux par l’administration coloniale française. Une mobilisation historique, brutalement réprimée, mais qui demeure aujourd’hui un symbole de courage et de résistance. Plus de 75 ans après, que reste-t-il de l’héritage des Dames glorieuses de Grand-Bassam ? Comment leur combat est-il transmis aux nouvelles générations ? 

De notre correspondant de retour de Grand-Bassam,

À 106 ans, Amlan Dan N’Guessan est l’une des dernières survivantes de la marche des femmes de Grand-Bassam. Ces femmes s’étaient mobilisées pour réclamer la libération de leurs époux, frères ou proches détenus par l’administration coloniale. Dans sa famille, cette histoire est devenue un héritage. « Moi, ma maman préparait à manger, elle apportait de l’eau. Ces femmes ont reçu des coups de fusil, de l’eau sale et des coups de matraque, souligne Leonni, sa fille. Mais ce sont des mamans qui ont été courageuses. Si elles avaient eu peur, nos grands-pères seraient morts en prison. »

À l’époque, plusieurs dirigeants du PDCI-RDA sont détenus depuis près d’un an au camp pénal de Grand-Bassam, sans jugement. Parmi eux figure le père d’Aminata Traoré Camara. Sa mère aussi a participé à la marche. Plus de sept décennies plus tard, elle mesure encore l’importance de cet engagement. « C’est une grande fierté de savoir que nous avons eu notre mère qui n’a pas baissé les bras, confie-t-elle, avec les autres femmes qui les ont accompagnées dans ce mouvement. Elle nous a laissé un héritage. »

Pour préserver cette mémoire, Aminata a créé avec sa famille une fondation dédiée aux marcheuses de Grand-Bassam. En 2020, l’organisation a recensé une vingtaine de survivantes et œuvre à faire connaître leur histoire. « On a un devoir de mémoire, des obligations vis-à-vis de ces personnes qui, pour la plupart aujourd’hui, sont presque centenaires, insiste Aminata Camara. Celles qui sont parties, comment honorer leur mémoire pour éviter qu’elles ne tombent dans l’oubli ? »

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Un moment décisif

Pour l’historien Nandouhard Akueson, auteur du livre La marche des Dames glorieuses sur Bassam, cette mobilisation a constitué un moment décisif dans la lutte pour l’émancipation politique de la Côte d’Ivoire. « Il y a eu une négociation. Le mandat d’arrêt qui pesait notamment sur le député Houphouët-Boigny a été levé, rappelle-t-il. Il a alors pu discuter avec l’administration coloniale. Quelques mois plus tard, il y a eu l’instruction du dossier et la libération partielle des premiers prisonniers. »

À l’entrée de Grand-Bassam, le monument des Dames glorieuses, érigé en 1995, veille sur la mémoire de ces femmes qui ont défié le pouvoir colonial. Un peu plus loin, au Musée national du costume, une exposition photographique retrace leur combat et perpétue le souvenir de ces héroïnes longtemps restées dans l’ombre.

À écouter dans Archives d'AfriqueFélix Houphouët-Boigny (1/6)