Leïla Martial : “Dans Jubila, on trouve toute la palette des émotions humaines”
Vocaliste, bruiteuse, inventeuse de langages, la chanteuse française multiprimée Leïla Martial publie à 42 ans Jubilä 432, son premier album solo.En quoi le fait de travailler en solo pour la première fois a-t-...
Vocaliste, bruiteuse, inventeuse de langages, la chanteuse française multiprimée Leïla Martial publie à 42 ans Jubilä 432, son premier album solo.
En quoi le fait de travailler en solo pour la première fois a-t-il influencé votre façon d'aborder la musique ?
Je suis habituée à monter des projets avec d'autres, en co-leading ou en écrivant à plusieurs. Mais là, j'étais totalement seule avec mes musiques pour décider de A à Z ce que j'allais en faire. C'était assez différent dans ce sens-là. Et c'était aussi différent au niveau du temps que j'y ai mis. Cet album est la synthèse de toutes mes explorations, une sorte de pèlerinage qui reprend tout ce que j'ai pu enregistrer et tout ce qui m'a influencée. Le processus d'enregistrement a été particulier : j'ai rassemblé tous mes territoires qui avaient été éparpillés, que j'avais sillonné pendant des années et des années.
Jubila, c'est le nom de votre dernier album, mais c'est aussi le nom d'un personnage que vous incarnez sur scène. Comment est né ce personnage ?
Jubila, c'est une hydre à deux têtes : il y a eu l'écriture du disque et puis le spectacle qui a muté totalement pour sortir du cadre musical strict, avec ce personnage de clown. On y retrouve certains morceaux du disque, mais ils sont arrangés de façon très différente. Ce sont vraiment deux projets distincts, avec la même matrice.
"Un spectacle vivant, à déguster sans crainte" : le Gaume Jazz reste fidèle à son ADNQu'est-ce qui vous a séduite dans ce personnage de clown ?
Je ne sais pas si on peut le dire en ces termes parce que ce n'est pas un personnage qui m'est arrivé. Il a émergé de moi. On dit que le nez de clown, c'est le plus petit masque du monde, mais moi, je n'en porte pas. En fait, ce n'est pas l'œuf ou la poule : j'avais fait du clown, j'ai fait ma musique. J'ai expérimenté sur scène, ça a muté et j'ai commencé à m'amuser et c'est devenu ce que c'est.
Quelles sont les émotions que vous souhaitez partager au public avec ce personnage ?
Disons que Jubila vient incarner tout ce que j'ai toujours cherché à vivre à travers la musique, c'est-à-dire faire cohabiter et coexister toutes les émotions. On a beau dire que c'est contradictoire ou incohérent, l'être humain abrite vraiment tout et son contraire. C'est ça que je viens vivre sur scène et que je veux faire vivre aux gens aussi : j'ai envie qu'on puisse se dire à la fin "mais c'est fou, tout ce qu'elle s'autorise". Je peux être l'enfant, la vieille, la moche. Être la sulfureuse, provocante, émouvante, protestataire. Visuellement, il y a aussi ça qui ressort. Ça peut être à la fois juvénile et inquiétant. On y retrouve toutes la palette des émotions humaines.
Dans votre album, la musique de Bach intervient comme un fil rouge. Pourquoi ce choix ?
Bach est l'un des musiciens les plus repris parce que ce que sa musique permet est incroyable. On y retrouve tout sur le plan musical et harmonique. Pour moi qui ai grandi dans un milieu de musiciens classiques, Bach c'est en fait l'accès le plus simple et à chaque fois je trouve un moyen de m'amuser avec sa musique.
Gaëtan Roussel de retour aux Solidarités : "Nous vivons dans un monde de plus en plus dur et individualiste"Sur cet album, on peut vous entendre jouer avec des mignonnettes. En quoi consiste cette technique ?
C'est une technique qui me vient des Pygmées Aka. Le principe, c'est de souffler dans une bouteille et d'alterner chant et souffle. Les Pygmées Aka font ça dans des bois creux. C'est une technique qui a été perdue et que j'ai découverte sur des albums d'ethnologues et c'est devenu une obsession chez moi. Déjà le son que ça produit m'émeut beaucoup, et puis c'est un moyen pour amener l'expression vocale un peu plus loin. Comme j'aime bien sortir de la voix leader, avec les mignonnettes, j'ai tout à coup eu la possibilité de vraiment sonner comme un instrument.

Le côté ludique de la musique est essentiel pour vous ?
Clairement. J'ai toujours besoin de trouver un côté amusant dans ce que je fais. Dès que ça devient trop austère, je n'arrive plus à trouver de force de travail. Quand quelque chose nous amuse, autant en faire une spécialité.
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