thejournalofsierraleonestudies.com

C’en est fini pour les sprinteurs, le Tour de France 2026 entre maintenant dans un nouvel univers de sauvagerie

Tim Merlier a remporté son troisième sprint dans ce Tour de France, et sans doute le dernier, alors qu'à dix jours de Paris, les grosses cuisses n'auront sur le papier plus une occasion de briller.

Baptiste Veistroffer est une des brises rafraîchissantes de ce Tour de France, parce qu'il le fait vivre de ses chevauchées incessantes, que personne ne peut rogner sa liberté, contrôler sa sauvagerie, pas même les équipes comme Alpecin-Premier Tech qui lui intiment de cesser et qu'il envoie balader en repartant de plus belle, mais aussi parce que le « Sanglier de Fouesnant » réhabilite l'image d'une bête dépréciée et fait vivre la tradition du bestiaire du cyclisme et du Tour de France. De ces surnoms animaliers qui ont tendance à se raréfier, mais qui faisaient partie du folklore du sport durant le premier âge d'or, en racontait la popularité, un ancrage, une proximité, la puce de Torrelavega Vicente Trueba, l'aigle de Tolède Federico Bahamontes, le lévrier des Landes André Darrigade et tant d'autres jusqu'au blaireau Bernard Hinault bien entendu.

L'ÉQUIPE

publicité

L'ÉQUIPE

publicité

Jeudi, Veistroffer a ainsi galopé une nouvelle fois en tête, d'abord seul, puis rejoint par un trio Ewen Costiou, Damiano Caruso, Mattéo Vercher, qui allaient se relever l'un après l'autre de la meute devant l'impossibilité de la tâche, pour laisser à nouveau le Sanglier isolé, et c'est à ce moment-là, alors qu'il restait moins de 50 km et qu'on pensait se diriger vers un scénario entendu que les crachotements de Radio Tour nous réveillèrent.

« Un chien sans laisse sur la route », criait Sébastien Piquet, confirmant cette journée des animaux, pendant qu'un bouledogue français tentait de prendre les roues sur le bord de la chaussée, avant de se faire intercepter. « Le chien est maîtrisé » fut la conclusion, ce qui est tout de même une vue de l'esprit pour quiconque est propriétaire d'un canidé, mais aussi le signal que les choses allaient déraper, que tout ne se déroulerait pas comme prévu et c'est là que d'autres bêtes entrèrent en scène, ces gremlins incontrôlables de Lidl-Trek.

L'ÉQUIPE

publicité

L'ÉQUIPE

publicité

Quinn Simmons fut le premier à déboutonner le peloton, à 35 bornes du terme, dans le coup de cul vers les Baudots, et un groupe de costauds se détacha, avala entier le Sanglier, avec notamment Mathias Vacek ou Filippo Ganna, bien entreprenant, mais qui crèvera quelques kilomètres plus loin, comme presque chaque jour un des Netcompany-Ineos, qui doivent avoir un problème structurel avec leurs pneumatiques. La horde fut rattrapée une dizaine de kilomètres plus loin, mais les Lidl-Trek reprirent le pilonnage, même Mattias Skjelmose, normalement aux affaires sur d'autres terrains, Derek Gee-West, encore Vacek, encore Simmons, dans la côte de Montagny-lès-Buxy, à 20 km de la ligne, où Captain America, survolté, prit même le temps de taper dans la main de son père, posté sur le bord de la route, pendant qu'il repartait à l'abordage.

Merlier, monarque atypique

Ce dynamitage tous azimuts, aux apparences anarchiques, avait en réalité été commandité par Mads Pedersen et devait servir les desseins du maillot vert. Le Danois était allé cueillir 20 points au sprint intermédiaire (2e), même s'il avait dévié de sa ligne dans l'effort, ce qui ne lui valut qu'un avertissement. L'épisode illustra les flottements de l'arbitrage, au lendemain des atermoiements sur le comportement de Jasper Philipsen dans le sprint de Nevers, ou du moins leur opacité, puisque les commissaires ne justifient jamais publiquement leurs décisions, ce qui est pour le moins curieux. Les mouvements de fin d'étape avaient ainsi également pour but d'épuiser les équipes de sprinteurs, de les empêcher de marquer des gros points pour la tunique verte. L'entreprise échoua mais démontra tout de même qu'on peut être agressif sans être un coureur d'UAE dans ce Tour de France.

Les bolides auraient donc l'occasion de s'expliquer à Chalon-sur-Saône, où Tim Merlier se montra intraitable pour remporter sa troisième victoire d'étape alors que, dans l'emballage, une grosse chute fut causée par la glissade de Fernando Gaviria, qui engendra les abandons du Colombien et de Jenno Berckmoes, clavicules brisées, et mit au tapis Soren Waerenskjold et Dorian Godon, touché au dos et aux mains. Merlier peut donc être couronné roi des sprints de ce Tour, un monarque atypique, un briscard au milieu du jeunisme, 33 ans, en raison d'une éclosion tardive après des classes sur le cyclo-cross. Un sprinteur timide, calme et réservé aussi, dans une caste connue pour ses caractères bien trempés. Son adoubement est si précoce car les étapes de plaine sont désormais terminées et les occasions pour les sprinteurs taries.

Il peut en rester deux très hypothétiques, mercredi vers Voiron, mais il faudra contenir des baroudeurs voraces qui n'ont plus grand-chose à se mettre sous la dent non plus. Ou le dernier jour sur les Champs-Élysées, à Paris, mais l'ascension de la butte Montmartre limite tout de même les chances, surtout qu'il faudra harnacher Tadej Pogacar, qui cherchera à parachever sa cinquième victoire dans le Tour et à effacer la défaite de l'an passé aux mains de Wout van Aert.

Les bolides sont donc au garage, condamnés à souffrir gratuitement pour voir Paris. Cette situation arrange Pedersen qui n'a pas réussi à contrer Merlier dans le final jeudi, mais a tout de même bien consolidé son maillot vert. Il doit encore surveiller Biniam Girmay, 40 points derrière lui et qui peut bien passer certaines bosses, mais le Tour va entrer dans une nouvelle phase, plus escarpée, montagneuse, et le Danois va être à son aise pour poursuivre sa moisson dans les sprints intermédiaires.

Ce passage va s'opérer progressivement, vendredi avec le passage par le Ballon d'Alsace avant la descente vers Belfort, où les fuyards auront une chance, avant deux étapes terribles et magnifiques, au Markstein samedi, puis au plateau de Solaison dimanche. Pogacar a déjà posé sa main sur ce Tour de France, et pourtant on va désormais entrer dans un monde qui est tout autant le sien, qui le favorise sans doute encore plus, un constat terrifiant alors qu'il a déjà plus de trois minutes d'avantage sur Jonas Vingegaard. Le Tour entre dans un nouvel univers de sauvagerie.