Le report des élections palestiniennes, un mauvais coup à la démocratie, et … à la France
Le président palestinien Mahmoud Abbas a reporté les élections prévues le mois prochain : c’était une promesse faite à la France dans le cadre de sa reconnaissance de la Palestine. A la question démocratique, il faut ajouter l'impasse des perspectives politiques pour les Palestiniens.
Le président palestinien Mahmoud Abbas a reporté les élections prévues le mois prochain : c’était une promesse faite à la France dans le cadre de sa reconnaissance de la Palestine. A la question démocratique, il faut ajouter l'impasse des perspectives politiques pour les Palestiniens.
C’était un engagement de Mahmoud Abbas aux Palestiniens, mais aussi, et peut-être surtout, à la France. Dans une lettre à Emmanuel Macron, le président de l’Autorité palestinienne s’était engagé à organiser des élections législatives cette année, puis présidentielles l’an prochain : cette promesse démocratique accompagnait la démarche française de reconnaissance de l’État de Palestine, il y a un peu plus d’un an.
Les promesses n’engageant que ceux qui les écoutent, peu de gens y ont vraiment cru, pour plusieurs raisons. D’abord parce que le contexte n’est pas très propice à un processus démocratique. Imaginer qu’on pourrait voter sereinement dans la bande de Gaza, au milieu des ruines des bombardements, dans à peine 40% du territoire d’avant la guerre, le reste étant occupé par Israël, n’est pas sérieux ; surtout quand c’est le Hamas qui est seul en contrôle des deux millions de Gazaouis.
Idem en Cisjordanie, où les violences des colons contre les Palestiniens sont permanentes, avec la complicité de l’armée israélienne. Là encore, sérénité impossible. On pouvait sans doute espérer il y a un an que ces conditions s’amélioreraient, mais c’était bien illusoire.
Ce ne sont pas les seules raisons du report, car il y a en fait un problème de démocratie. Mahmoud Abbas, le successeur de Yasser Arafat à la tête du mouvement Fatah et de l’Autorité palestinienne, a été élu en 2005, et son mandat s’achevait en 2009. Depuis, il est maintenu au pouvoir sans mandat électif.
Entretemps, il est vrai, le Hamas avait remporté les élections législatives de 2006 dans la bande de Gaza, et en avait chassé l’Autorité palestinienne l’année suivante.
S’il est clair que depuis le 7 octobre 2023 et la guerre qui s’en est suivie, il est quasiment impossible d’organiser un scrutin équitable, Abbas ne l’a pas fait non plus avant, quand les conditions étaient moins tendues. La peur de perdre face au Hamas, ou d’autres forces de la société civile, ont freiné toute velléité démocratique.
A 90 ans, Mahmoud Abbas est toujours au pouvoir, impopulaire et décrié autant qu’impuissant face à une situation qui ne cesse de se dégrader.
La France et certains des pays qui ont reconnu la Palestine en même temps qu’elle, le Royaume Uni, l’Australie et le Canada, ont publié un communiqué hier, regrettant la décision de Mahmoud Abbas, et l’appelant à la reconsidérer. Tout en reconnaissant les obstacles, et en appelant Israël à « s’abstenir de toute action susceptible d’entraver le déroulement des élections ».
Mais la question est plus profonde. Elle est celle des perspectives politiques pour les Palestiniens : à quoi bon élire des institutions qui n’ont aucun pouvoir effectif. L’impasse politique prévaut depuis l’échec des Accords d’Oslo de 1993, et s’est exacerbée avec un gouvernement israélien dont les ministres d’extrême droite prônent ouvertement l’expulsion des Palestiniens.
Pour sortir de l’impasse, il faudrait un véritable changement politique en Israël – les élections du 27 octobre le permettront-ils ?- ; et de nouveaux dirigeants côté palestinien, alors que l’homme le plus populaire, Marwan Barghouti, croupit depuis deux décennies dans une prison israélienne. Dans ce contexte, le report du scrutin par Mahmoud Abbas constitue un mauvais signal, mais ne pèse pas lourd.