Le rancard du week-end|Directeur du centre culturel d’Amay durant 29 ans, Eddy Gijsens a passé la main : “On m’a toujours pris pour un électron libre”
Eddy Gijsens, à quand remonte votre arrivée au centre culturel d'Amay ?J'ai d'abord travaillé comme aide-comptable dans une étude notariale puis à l'école des filles à Huy. J'avais déjà de très nombreux amis à ...
Eddy Gijsens, à quand remonte votre arrivée au centre culturel d'Amay ?
J'ai d'abord travaillé comme aide-comptable dans une étude notariale puis à l'école des filles à Huy. J'avais déjà de très nombreux amis à Amay. Je me suis impliqué dans Radio Amay qui a été lancée en 1982. J'y animais une émission politique avec d'autres. C'était une radio très engagée avec des gens comme Yannick Samzun, Jean-Pierre Depaire, Philippe Cornet, Alain Mensier qui travaillaient au centre culturel. Cela m'a aidé à y être engagé le 3 décembre 1983 avec un contrat d'animateur pour un an. Et j'ai très vite eu un contrat à durée indéterminée au départ de Christian Bianchini pour la FGTB.
Quelles ont été vos réalisations majeures à l'époque ?
Au tout début, j'accompagnais Christian Bianchini. C'était de l'animation socio-culturelle. On travaillait avec des groupes de chômeurs. Pas pour leur trouver du travail, mais pour les sortir un peu de chez eux, les aider à réfléchir à leur avenir. Mais, on m'a d'abord très vite demandé d'organiser des soirées de cinéma à l'étage de l'ancienne maison communale d'Ampsin. On collaborait avec "Film et culture" qui nous mettait à disposition un projecteur 16 mm et quelqu'un pour l'animation. Cela aura duré jusqu'en 1995 à la réouverture du cinéma les Variétés sous l'impulsion d'une coopérative dont faisait partie la Commune qui en était la propriétaire, l'opérateur cinématographique "Écrans de Wallonie" et le centre culturel. On avait le droit d'occuper la salle un jour semaine pour faire autre chose que du cinéma. C'était le jeudi. En 2009, un an après la fermeture définitive du cinéma, on s'est vu confier la gérance de l'infrastructure.
Pour en faire votre outil principal.
Oui, on y a beaucoup investi. Mais en fait, même durant sa fermeture jusqu'en 1995, on avait pu obtenir une ou deux dérogations des pompiers pour y organiser un concert. Notamment celui des Révérends du prince Albert. On pouvait surtout utiliser la salle à l'arrière qu'on appelait "L'étincelle" et qui est devenue la salle 3 aujourd'hui. On a commencé à y faire des petits concerts. Je me souviens du bluesman Marc Lelangue, de Claude Semal en chanson française, et puis des jazzmen comme Jacques Pelzer, Jacques Pirotton,… Il y en a eu plein. C'est comme ça que j'ai découvert le jazz aussi. Par petites doses. Et puis comme ça m'a bien plu, cela a pris de l'ampleur fin des années 80. Mais à la base, j'étais surtout un passionné de rock, de chanson française et de BD en fait.
Avec une empreinte inévitable sur la programmation ?
Certainement pour le Start Rock Festival qu'on a lancé sur la place d'Amay avec Colette Louis début des années 90. Sans abandonner le jazz. On quittera "L'étincelle" pour organiser des concerts au dancing la Masure un jeudi par moi ou encore au Foyer Saint-Georges où on a programmé Maurane devant 700 personnes. C'était aussi la grande époque des Fêtes de Wallonie avec toute l'équipe mobilisée durant trois jours pour le montage, le démontage. On vivait sur place. Le menu, c'était une bière et des frites…
Quand vous êtes devenu directeur en 1997, lequel de vos prédécesseurs a pu le plus vous inspirer ?
J'ai eu le bonheur de travailler avec tous. Mais, c'est Jean-Pierre Depaire qui m'a tout appris avant qu'il parte diriger le centre culturel de Huy. Au niveau de la programmation mais aussi pour la rigueur dans tout ce qui touche à l'administratif. La partie du travail qui va le moins me manquer aujourd'hui (rires)… Il y avait beaucoup d'amour et d'humour. C'est aussi lui qui m'a mis le pied à l'étrier de l'Association des programmateurs professionnels (AssProPro). Il y avait une forme d'indépendance. On avait carte blanche. On osait des choses qu'on ne pourrait plus se permettre aujourd'hui.
Avez-vous senti une forme de pression sur vos épaules tout en restant programmateur ?
Oui, cela reste des responsabilités de diriger une dizaine de personnes. Comme déjà dit, il y a toute la partie administrative. Avant qu'un décret vienne remettre tout à plat en 2013 avec une subvention de base identique pour tout le monde, nous avons fait grimper le centre culturel d'Amay de la catégorie 3 à la catégorie 1. Il s'agissait de dossiers assez lourds qui ont aujourd'hui été remplacés par le contrat-programme. Et puis, il y a aussi des comptes à rendre à l'organe d'administration du centre culturel et au politique puisque le centre culturel est une ASBL indépendante qui obtient des subventions de la Commune, de la Province et de la Fédération Wallonie-Bruxelles. Mais, j'ai aussi pu bénéficier d'une certaine autonomie tout en étant responsable de comment les choses vont se passer.
Eddy Gijsens, "c'était quelqu'un"… Le directeur docile et malléable, ce n'était pas votre genre.
Je sais qu'on a toujours dit de moi à Amay que j'étais un électron libre et que ce n'était pas toujours facile. Mais, j'ai presque envie de dire que cela me va bien. Cela m'a surtout valu des tensions juste après ma prise de fonction. Le pouvoir alors en place voulait tourner la page et c'était un peu violent, je ne comprenais pas. J'ai fait en sorte de démontrer qu'il se trompait et qu'on faisait de l'excellent travail avec l'équipe, en tenant compte aussi de nos responsabilités car on sait ce que l'on doit à la Commune. Je suis content d'avoir parfois tenu tête tout en étant capable de reconnaître que j'ai pu aussi franchir la ligne. L'acte culturel est un acte politique, mais on n'est pas là pour faire de la politique politicienne. Que ce soit la vingtaine d'années avec le PS ou 18 avec Ecolo jusqu'aux dernières élections, cela a été pareil pour moi. Je ne vois pas le moindre élément qui pourrait donner l'impression à qui que ce soit que j'ai fait de la politique ou de la résistance à une majorité, quelle que soit sa couleur. On essaie de gagner la confiance et on y arrive.
Quelle fierté retirez-vous de ce parcours ?
Celle d'avoir obtenu la confiance de l'équipe. D'avoir fait en sorte qu'elle puisse construire et imaginer des choses qui ont eu un impact dans la région. Je pense aux 15 éditions du Start Rock Festival, aux deux festivals 4540 consacrés aux musiques urbaines, aux Fêtes des mômes… Ce sont des projets magnifiques.
Exercice difficile, quelle cote vous donnez-vous en tant que programmateur ?
Sans vouloir être prétentieux, je pense m'en être bien tiré. J'ai acquis une certaine expertise. Je me mettrais un 7,5 voire un 8 sur 10. Mettre les artistes en lumière, c'est ce que j'ai préféré dans le métier d'animateur-directeur.
Vous reste-t-il un regret, une mission dans laquelle vous auriez failli ?
À chaque fois qu'on doit prendre des décisions douloureuses pour le personnel, c'est un échec. Il y a eu des licenciements. Aussi, mais au niveau de la programmation, je regrette de ne pas avoir réussi à maintenir le statut d'un centre culturel qui a ramené le jazz devant la scène. Je n'ai pas toujours été compris dans ma passion. Mais, d'une façon générale à Amay, on rame en fait souvent pour attirer du monde à n'importe quel spectacle. Sans doute parce qu'on programme des artistes émergents, peu connus. Et les gens ne prennent pas le risque de venir les voir. Cela dit, et c'est un beau clin d'œil pour mon départ, on a enregistré 160 réservations pour le concert de jazz qui a eu lieu ce vendredi 2 octobre pour le centième anniversaire de la naissance de Miles Davis. Maintenant, on place aussi beaucoup d'espoir dans nos partenariats avec l'académie Désiron, les Aquabonistes, la Maison de la laïcité et Cédrole qui nous attirent un autre public.
Qu'avez-vous fait jeudi matin ?
C'était le premier jour du reste de ma vie… Je suis allé marcher. Je compte aussi reprendre le judo. Je suis ceinture noire deuxième dan. Je compte peut-être participer à un atelier de théâtre, refaire une émission sur Radio Amay autour de la culture avec des artistes dans l'esprit électron libre. Et puis, je viendrai encore voir des spectacles au centre culturel sans jouer à la belle-mère évidemment. Je souhaite le meilleur à tout le monde.
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