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“Le mégafeu génère ses propres événements climatiques” : qu’est-ce que le pyrocène, cette “ère du feu” qui modèle désormais notre environnement ?

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Publié le 08/08/2026 06:54

Temps de lecture : 4min

Un incendie à Langoiran, en Gironde, le 26 juillet 2026. (LEO COULONGEAT / HANS LUCAS / AFP)
Un incendie à Langoiran, en Gironde, le 26 juillet 2026. (LEO COULONGEAT / HANS LUCAS / AFP)

Les conséquences directes et indirectes des incendies sur la biodiversité et la vie humaine sont comparables à celles de l'ère glaciaire, selon des chercheurs.

Après l'âge de glace, l'âge du feu ? Alors que de gigantesques incendies alimentés par le réchauffement climatique ravagent de plus en plus régulièrement la planète – comme au Canada ou en France durant le mois de juillet –, des philosophes, historiens et chercheurs ont développé la notion de pyrocène, une nouvelle "ère du feu" qui modèlerait désormais notre environnement, et avec laquelle il faut cohabiter.

Pour comprendre l'origine de ce concept, il faut remonter plusieurs centaines de milliers d'années en arrière. A cette époque, l'humain commence à domestiquer le feu, marquant une étape majeure de son évolution. Les braises sont utilisées pour faire cuire de la nourriture, mais aussi pour déforester ou fertiliser des sols. "Petit à petit, nous avons appris à vivre avec les flammes, à les utiliser à notre avantage. (...) Mais ces feux traditionnels étaient limités, retenus, ne serait-ce que par le fait que pour brûler quelque chose, il faut un combustible", explique Stephen Pyne, historien du feu, auprès du Nouvel Obs.

Le développement de l'industrie et des énergies fossiles va changer la donne. "Le point d'inflexion critique des temps modernes s'est produit lorsque nous avons commencé à faire brûler la biomasse fossilisée plutôt que la vivante", complète le professeur émérite à l'Arizona State University dans The Conversation. Les gisements de pétrole ou de charbon permettent alors d'obtenir de l'énergie en abondance, sans avoir à puiser dans la nature et l'environnement de surface – tel que les forêts.

"Ce feu fossile a fait disparaître les 'bons' feux, ceux qui étaient essentiels au fonctionnement des écosystèmes."

Stephen Pyne, historien du feu

au "Nouvel Obs"

L'activité humaine, basée sur la combustion d'énergie fossile, va alors nourrir la crise climatique, via le rejet de gaz à effet de serre. Cette hausse rapide des températures va à son tour alimenter un nouveau type d'incendies, les "mégafeux". "Ces incendies sont nourris par le réchauffement climatique. L'augmentation des températures fait baisser le taux d'humidité, la végétation sèche et devient extrêmement inflammable. Les forêts sont aussi de plus en plus attaquées par des insectes ravageurs et des pathologies qui croissent avec la chaleur", explique Joëlle Zask, autrice de Quand la forêt brûle. Penser la nouvelle catastrophe écologique (ed. Premier Parallèle, 2019), auprès de Reporterre.

Ces gigantesques incendies qui brûlent des dizaines de milliers d'hectares chaque été se caractérisent par leur intensité, leur vitesse de propagation, leur étendue... Mais aussi par le fait que ce type de feu "génère ses propres événements climatiques", complète cette professeure à l'université d'Aix-Marseille dans Libération. Un phénomène observé récemment en France, lors de l'incendie qui a ravagé plus de 42 000 hectares en Gironde. Fin juillet, un pyrocumulonimbus s'est ainsi constitué au-dessus du brasier, en raison de la chaleur et du vent dégagé par les flammes. Cet orage de feu a continué d'alimenter l'incendie, compliquant le travail des pompiers.

Les scientifiques reconnaissent que les liens entre ces mégafeux et le climat sont encore mal connus, mais semblent gigantesques. Des travaux de recherche, menés en 2021 et publiés dans la revue Nature, ont ainsi établi un lien entre la fonte de la banquise arctique – elle-même accélérée par la crise climatique – et une plus grande intensité des incendies de forêt dans l'ouest des Etats-Unis.

En 2023, des scientifiques ont également montré qu'une réaction chimique provenant de la fumée libérée par des incendies massifs en Australie avait élargi de 10% le trou de la couche d'ozone en 2020, selon une autre publication dans Nature. A l'inverse, une étude a montré que les cendres d'autres incendies australiens avaient, elles, atterri dans l'océan à des milliers de kilomètres de là, déclenchant des proliférations de plancton qui ont absorbé le CO2 supplémentaire, au moins temporairement, rapporte une étude parue dans la même revue.

En bref, les mégafeux modèleraient désormais notre environnement. C'est ce qui caractérise le pyrocène. "Nous sommes en train de créer un âge du feu, dans lequel le feu a la même force tellurique [une puissance ou une énergie naturelle liée à la Terre] que la glace, assure Stephen Pyne au Nouvel Obs. Tout ce que la glace a façonné peut trouver un équivalent dans la période que nous commençons à entrevoir : les extinctions de masse, les variations du niveau des mers et des océans, les terres rendues inhabitables à l'homme."

"Alors que le feu était notre allié, nous en avons fait notre pire ennemi."

Stephen Pyne, historien du feu

au "Nouvel Obs"

Face à cette menace, les chercheurs estiment que le combat frontal contre des incendies toujours plus importants sera voué à l'échec. "On ne peut pas lutter contre un mégafeu. (...) On ne peut que tenter d'en prévenir le déclenchement", avance Joëlle Zask, dans une tribune au Monde. Selon la professeure, cette prévention passe par la lutte contre les causes du réchauffement climatique, l'éducation, la diversification des forêts, mais aussi par un changement de vision sur la nature. Plutôt que de vouloir la soumettre, "il faut prôner une sorte de coopération et de partenariat" avec notre environnement, avance Joëlle Zask.

"Cette nouvelle donne appelle ainsi à une 'culture du feu' qui intégrerait ces réalités dans nos politiques et nos modes de vie", complète Pierre Cilluffo Grimaldi, maître de conférences à la Sorbonne. Et d'interroger : "Mais sommes-nous collectivement prêts à cela ?"

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