Le grand déclassement scolaire de la France : “Les diplômes, en pleine explosion, tout comme les mentions, sont de la monnaie de singe”
l'essentiel Dans sa chronique du dimanche "En causes", l'enseignante Fatiha Agag-Boudjahlat analyse les raisons du résultat catastrophique de notr...
l'essentiel Dans sa chronique du dimanche "En causes", l'enseignante Fatiha Agag-Boudjahlat analyse les raisons du résultat catastrophique de notre pays au classement PISA.
Le classement PISA, qui mesure les compétences scolaires en mathématiques, français et en culture scientifique, est désastreux pour la France. Les élèves français atteignent le niveau le plus faible et en chute constante depuis 20 ans. Les politiques se succèdent pour s’en alarmer et promouvoir leurs idées pour corriger cette situation. Encore une foire dont le summum de stupidité a été atteint par l’ancien ministre Bruno Le Maire : il propose de scolariser les élèves en maternelle dès l’âge de… un an !
Cette proposition idiote a toutefois le mérite de pointer une des causes de ce grand déclassement scolaire et de cette chute de niveaux : le milieu et l’environnement familiaux. Beaucoup du devenir scolaire d’un enfant se joue dans ses trois premières années de vie, s’il est stimulé au niveau du langage, du temps de jeu qualitatif... s’il n’est pas confié aux écrans tandis que les parents sont eux-mêmes sur les écrans. Les chercheurs imputent à cette omniprésence des écrans une grande partie de la chute de résultats, avec des élèves qui ne sont plus capables de maintenir leur attention, de comprendre des textes, de solutionner des problèmes.
Une machine à truquer les résultats
L’autre cause systémique est liée à l’Éducation nationale. J’ai lu que son budget était le plus important des pays de l’OCDE. Certes. Mais la première dépense est le versement des retraites, pas le financement des activités pédagogiques. Nous payons les erreurs, errements, lubies pédagogiques des dernières années. Et je le redis, il n’y a eu aucune alternance idéologique dans ce ministère depuis les années 90.
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Les ministres passent, les hauts fonctionnaires restent. Le très droitier François Fillon a imposé le socle de compétences, les ministres de gauche l’ont renforcé. Et ce socle de compétences est la plus grande machine à truquer les résultats puisque l’essai et la capacité prêtée à l’élève supplantent la performance et la réussite. Le bac mis en place par Jean-Michel Blanquer est le projet de Pierre Mathiot, gourou de la gauche. Je l’ai déjà écrit, l’Educ Nat est devenue une pyramide de Ponzi, du nom de ce système financier frauduleux dans lequel l’argent des nouveaux investisseurs sert à payer les premiers investisseurs, plutôt que de provenir de véritables bénéfices.
Tenir un discours de vérité aux parents
Le système donne ainsi l’impression de fonctionner et d’être rentable, alors qu’il dépend constamment de l’arrivée de nouveaux participants. Les parents ont conscience que les diplômes, en pleine explosion, tout comme les mentions, sont de la monnaie de singe. Mais ils ont besoin que l’illusion se maintienne le temps que leurs enfants obtiennent ces diplômes.
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Pour l’Educ Nat, truquer le thermomètre est moins coûteux que de financer et de mettre en place une refondation depuis la maternelle.
Ainsi, alors qu’il y a déjà une double correction par des professionnels, comment justifier les commissions d’harmonisation des notes ? Sinon par la volonté de garantir un taux élevé de réussite qui ne dit rien du niveau des élèves. D’ailleurs, deux tiers d’entre eux abandonnent dans les trois ans d’étude. Il faut d’abord tenir un discours de vérité aux parents et aux élèves sur leur niveau scolaire et assumer la chute des taux de diplômes et de mentions. Et refonder l’école. Mais c’est aussi impopulaire que de toucher aux retraites.