Le Canada au cœur d’un procès sans précédent
Quinze jeunes âgés de 17 à 25 ans cherchent à démontrer que « leurs droits constitutionnels à la vie, à la liberté et à la sécurité » ont été bafoués par un Etat qui n’a pas su les protéger de la « menace existentielle » posée par le changement climatique.
Quinze jeunes âgés de 17 à 25 ans cherchent à démontrer que « leurs droits constitutionnels à la vie, à la liberté et à la sécurité » ont été bafoués par un Etat qui n’a pas su les protéger de la « menace existentielle » posée par le changement climatique.

Par AFP Publié le 26/10/2026 à 23:30 Temps de lecture: 3 min
Quinze jeunes, qui vont tenter de faire condamner l’Etat canadien pour inaction climatique dans un procès sans précédent, ont été acclamés par des militants pour le climat réunis lundi matin devant une cour fédérale de Vancouver (ouest), où s’est ouvert le procès.
Cinq semaines d’audiences sont prévues dans ce procès intitulé La Rose (du nom d’une plaignante) contre sa Majesté le Roi. Ces jeunes âgés de 17 à 25 ans chercheront à démontrer que « leurs droits constitutionnels à la vie, à la liberté et à la sécurité » ont été bafoués par un État qui n’a pas su les protéger de la « menace existentielle » posée par le changement climatique.
« De nombreuses preuves seront présentées pour démontrer que le changement climatique a déjà des conséquences importantes sur la santé des plaignants ainsi que d’autres enfants au Canada », a déclaré lundi l’une des avocates des jeunes Canadiens, Catherine Boies Parker.
Par la voix de son conseil, BJ Wray, le Canada a rejeté lundi l’imposition de toute nouvelle « obligation » au gouvernement fédéral, arguant que le changement climatique reste « sous le contrôle du reste du monde ».
Ces jeunes attendent du tribunal qu’il oblige l’Etat canadien à renforcer son plan de réduction des émissions de gaz à effet de serre, mais aussi à respecter ses objectifs. Actuellement, ce plan, moins ambitieux que celui d’autres puissances, prévoit 40 à 45 % de réduction en 2030 par rapport à 2005, et le gouvernement a déjà indiqué récemment que cet objectif ne serait pas atteint.
Les avocats vont faire défiler au cours des deux prochaines semaines à la barre scientifiques, pédiatres ou ingénieurs pour expliquer les conséquences très concrètes du changement climatique sur ces jeunes et leur santé physique et mentale. Ce procès, qui intervient après sept ans de procédures, doit s’achever fin février 2027.
À lire aussi L’Europe tend la main au Canada : le transatlantisme nouveau est arrivé !
Une « question légale »
L’examen par un tribunal du respect de la Constitution par l’Etat fédéral en matière climatique est inédit au Canada.
Si, pour Catherine Boies Parker, les autorités considèrent que « le changement climatique est un problème politique », il s’agit bien, selon elle, « d’une question juridique ». Un tribunal peut légitimement s’en saisir « quand l’action d’un gouvernement cause du tort à ses citoyens », ajoute-t-elle.
« Il est important de garder à l’esprit que les défendeurs ont conscience de ce problème depuis des décennies », a-t-elle déclaré à la cour lundi.
Ailleurs dans le monde, des centaines d’autres affaires ont été portées ces dernières années devant les tribunaux afin de contraindre les Etats à l’action contre le changement climatique, avec des succès retentissants comme aux Pays-Bas ou en Corée du Sud.
En Allemagne, neuf militants avaient obtenu en 2021 une décision historique de la Cour constitutionnelle qui avait ordonné au gouvernement de muscler ses objectifs de réduction des émissions au nom des « droits fondamentaux » des jeunes générations.
Selon Maria Antonia Tigre, du Sabin Center for Climate Change Law à l’université Columbia, cette affaire allemande et l’avis consultatif retentissant de 2025 de la Cour internationale de justice, sur l’obligation des Etats de protéger le climat « pour les générations présentes et futures », pourraient notamment être pris en compte par la justice canadienne.
À lire aussi COP17 : un sommet pour donner un coup de fouet à la protection de la nature
Abolition de mesures environnementales
Multiplication des feux de forêt, inondations, températures extrêmes : les quinze jeunes plaignants canadiens vont expliquer devant le tribunal comment ils subissent déjà de plein fouet les effets du changement climatique.
« Je me souviens, en 2015, lorsque le nord de la province de Saskatchewan était en feu. L’air était terrible, nous ne pouvions pas respirer », affirme notamment Lauren Wright, originaire de cette province du centre du Canada.
Ce procès intervient alors que le Premier ministre Mark Carney, au pouvoir depuis mars 2025, a aboli plusieurs mesures environnementales prises par son prédécesseur Justin Trudeau, comme la taxe sur le carbone pour les particuliers et le plafond des émissions du secteur pétrolier.
En pleine guerre commerciale avec les Etats-Unis, M. Carney veut lancer d’importants projets, notamment dans l’énergie, afin de réduire la dépendance du Canada vis-à-vis de son voisin du sud, au détriment des engagements climatiques pris par l’ancien gouvernement.
Contenus sponsorisés
Le fil info
La Une Tous
Voir tout le Fil info
Aussi en Amériques
« J’ai été sommé de remettre mes passeports » : Flavio Bolsonaro interdit par la justice de quitter le Brésil
Flavio Bolsonaro a perdu les élections présidentielles brésiliennes hier face à Lula.
Brésil : Trump dénonce des élections « truquées » après la défaite de Bolsonaro
Podcast Brésil : après sa victoire, Lula peut-il réconcilier le pays ?
Par Sarah Saadi-Garcia
Entretien « Malgré sa réélection, la victoire de Lula reste en demi-teinte »
Par Sarah Saadi-Garcia et Ugo Santkin
Victoire électorale de Lula au Brésil : la Bourse de Sao Paulo dévisse
Voir plus d’articles
Sélectionné pour vous
Le meilleur de l’actu
Inscrivez-vous aux newsletters
Je m'inscris
À la Une
Ballon d’or 2026 : Harry Kane, le triomphe de l’antihéros
Par Rocco Minelli
Agriculture : les 27 pays de l’UE s’entendent sur la réforme de la PAC
Entretien « Malgré sa réélection, la victoire de Lula reste en demi-teinte »
Par Sarah Saadi-Garcia et Ugo Santkin
Attentat dans les Yvelines : la garde à vue du suspect a repris ce lundi après-midi
Cigarette en terrasse : le calendrier part en fumée
Par Julie Huon
Taxe sur les colis, immatriculation, Proximus… tout ce qui change dès ce 1er novembre