Le botulisme, une maladie potentiellement mortelle pour les humains et les animaux
La toxine botulique, produites par les bactéries à l’origine du botulisme, est la plus puissante décrite à ce jour. Elle affecte non seulement les êtres humains, mais aussi les animaux d’élevage comme sauvages.
L’ESSENTIEL
Le botulisme est une maladie due à la très puissante toxine botulique, produite par des bactéries de l’environnement, les clostridies.
Il existe plusieurs formes de botulisme humain, les plus répandues étant le botulisme alimentaire et le botulisme infantile.
Le botulisme affecte aussi les animaux et peut notamment décimer volailles, bovins et oiseaux sauvages.
Régulièrement, les médias se font l’écho de cas de botulisme humain, comme lors de la Coupe du monde de rugby en 2023, lorsque 15 personnes de 7 nationalités différentes étaient tombées malades après avoir consommé des conserves de sardines « faites maison » par un restaurateur bordelais. L’une d’entre elles était malheureusement décédée des suites de cette intoxication.
Cette maladie, qui ne se transmet pas de personne à personne, est due à l’action d’une toxine très puissante, la toxine botulique, produite par des bactéries que l’on retrouve partout dans l’environnement, des sols aux sédiments, en passant par les eaux usées ou les lisiers, notamment.
Ingérées, par exemple, lorsque des aliments ont été contaminés par les bactéries, ces toxines peuvent entraîner des paralysies musculaires et mener à de graves problèmes respiratoires. Si, en France, l’alimentation est à l’origine de la majorité des cas de botulisme, il ne s’agit pas de la seule voie d’exposition à la toxine.
En outre, le botulisme touche également des animaux, notamment les volailles domestiques, les bovins ou les oiseaux sauvages. Chez ces derniers en particulier, il peut causer des épisodes de mortalités massives, à l’image des épisodes observés à l’été 2025, en Loire-Atlantique, dans les marais de la Brière et sur le lac de Grand Lieu.
Pourquoi la toxine botulique est-elle si puissante ? Quels sont aliments à risque ? Quels symptômes doivent alerter ? Comment les malades sont-ils pris en charge ? Voici tout ce qu’il faut savoir sur cette maladie relativement rare, mais dont la mortalité reste élevée si le traitement n’est pas administré rapidement.
Des bactéries présentes dans l’environnement
Le botulisme est provoqué par une neurotoxine paralysante produite par des bactéries, appelées « clostridies », parmi lesquelles figurent notamment les bactéries de l’espèce Clostridium botulinum.
Ces bactéries, qui vivent dans l’environnement, sont présentes dans de nombreux milieux : on peut les trouver non seulement dans les sols, les poussières ou les sédiments, mais aussi dans les eaux souillées, les lisiers et, occasionnellement, dans le contenu digestif des animaux (porcs, poissons, bovins), où elles peuvent être présentes sans entraîner de symptômes.
Ces bactéries ont la particularité de former des spores. Sous cette forme, elles peuvent persister pendant de longues périodes dans l’environnement et résister à de nombreux désinfectants ainsi qu’à la chaleur et à la dessiccation.

Les clostridies sont des bactéries anaérobies, c’est-à-dire se développant en l’absence d’oxygène. Durant leur croissance, elles produisent des toxines parmi les plus puissantes au monde, les toxines botuliques. À ce jour, sept toxines botuliques historiques ont été décrites, annotées de A à G. Généralement, chaque souche produit un seul type de toxine botulique, mais, de manière exceptionnelle, certaines souches peuvent produire deux, voire trois, types de toxines.
Des toxines naturelles qui figurent parmi les plus puissantes connues
Le mécanisme d’action est le même, quel que soit le type ou le sous-type de neurotoxine botulique considéré.
Les toxines botuliques agissent en empêchant la transmission du message nerveux à l’endroit où l’information conduite par les nerfs est transmise aux muscles. Ceux-ci ne reçoivent plus l’ordre de se contracter, ce qui se traduit par une paralysie flasque des membres et des muscles impliqués dans la respiration (ce qui peut, dans les cas les plus graves, entraîner la mort par insuffisance respiratoire).
Les toxines botuliques sont les toxines naturelles les plus puissantes décrites à ce jour. À titre d’exemple, la dose létale de toxine A est estimée entre 30 nanogrammes à 100 nanogrammes (ng) par kilogramme chez l’être humain (un nanogramme représente un milliardième de gramme). Il a en outre été estimé que 1 gramme de toxine suffirait à tuer 400•000 vaches.
L’ingestion de quelques grammes d’aliment contenant de la toxine botulique est suffisante pour déclencher un botulisme.

Anses, Fourni par l’auteur
Plusieurs formes de botulisme humain
Selon le mode de contamination et d’exposition à la toxine, on distingue plusieurs formes de botulisme :
– le botulisme alimentaire : cette forme de botulisme résulte de l’ingestion de toxines produites par les bactéries présentes dans un aliment.
– le botulisme intestinal : cette forme de botulisme est due à l’ingestion de bactéries ou de spores qui s’implantent dans le système digestif et y produisent la toxine. Cette forme peut être observée chez les nourrissons de moins de 12 mois (on parle de botulisme infantile), car leur flore intestinale, incomplètement constituée ou fonctionnelle, n’est pas capable de prévenir l’implantation de C. botulinum. Cette situation peut aussi concerner des adultes présentant un déséquilibre du microbiote. Ledit déséquilibre peut, par exemple, résulter d’une chirurgie intestinale ou gastrique, de maladies inflammatoires de l’intestin ou d’un traitement prolongé aux antibiotiques. On parle dans ce cas de « botulisme infectieux de l’adulte », une forme qui reste très rare.
– le botulisme par blessure : il résulte, comme pour le tétanos, de la production de la toxine par la bactérie présente dans une plaie profonde.
– le botulisme par voie aéroportée : cette forme de la maladie, extrêmement rare, résulte de l’inhalation de toxines botuliques, a été décrite chez des employés de laboratoire qui manipulaient une grande quantité de toxine sans équipement de protection adapté.
– le botulisme iatrogène : ce type de botulisme est dû à l’administration d’une dose excessive de la toxine botulique utilisée dans un but thérapeutique (traitement de troubles neurologiques) ou esthétiques (par exemple, pour les rides du visage). Entre février et mars 2023, 34 cas de botulisme iatrogène ont, par exemple, été rapportés par plusieurs pays européens chez des personnes ayant suivi un traitement contre l’obésité par injection intragastrique de toxine botulique A dans des établissements de santé de Turquie.
Les deux formes de botulisme le plus souvent rencontrées chez l’être humain sont le botulisme alimentaire et le botulisme infantile.
Quels symptômes doivent alerter ?
Le botulisme humain est une maladie rare, mais qui peut s’avérer mortelle si elle n’est pas prise en charge à temps. Cependant, lorsque le diagnostic est effectué rapidement et que les soins sont administrés dans un délai court, le taux de mortalité est faible : moins de 1 % pour le botulisme infantile et moins de 10 % pour les autres formes.
La forme la plus commune en France et en Europe est le botulisme alimentaire. Les symptômes apparaissent généralement de douze heures à seize heures après l’ingestion de l’aliment contenant la toxine botulique, mais ils peuvent se manifester jusqu’à dix jours plus tard. Le délai va dépendre à la fois de la quantité de toxines ingérée et du type de toxine concernée.
Nausées, vomissements, douleurs abdominales, diarrhées constituent les premiers symptômes, suivis de vertiges, de troubles visuels, de difficultés de déglutition et d’élocution et, pour les formes les plus graves, d’une paralysie des membres et des muscles respiratoires.
Une maladie à déclaration obligatoire
En France, depuis 1986, le botulisme humain fait l’objet d’une déclaration obligatoire à Santé publique France. Le diagnostic biologique est réalisé par le Centre national de référence (CNR) des bactéries anaérobies et botulisme (Institut Pasteur, Paris).
Le botulisme est une maladie rare : 74 foyers (122 cas) de botulisme humain ont ainsi été diagnostiqués en France entre 2018 et 2024. En Europe, 84 cas de botulisme ont été rapportés en 2022 dans 13 pays, soit un taux de notification global de 0,02 cas pour 100 000 habitants. À l’échelle européenne, ce nombre est stable.
La toxine B est la plus fréquemment retrouvée dans les cas de botulisme humain, que ce soit en France ou en Europe, suivi par la toxine A et de manière très sporadique par les toxines E et F.
Le traitement du botulisme repose essentiellement sur la prise en charge des symptômes. Dans les formes sévères, des soins respiratoires intensifs avec ventilation assistée peuvent être nécessaires. L’administration précoce d’antitoxine botulique dans les heures ou les premiers jours après le début des symptômes peut permettre de réduire la durée d’hospitalisation.
La grande majorité des malades pris en charge sans délai guérissent sans séquelles, mais le traitement et la phase de convalescence peuvent s’étendre sur plusieurs mois.
Quels aliments sont concernés ?
Les spores de C. botulinum sont présentes à de faibles niveaux dans une large variété d’aliments (végétaux, viandes, poissons, épices, etc.). La présence de la toxine dans les aliments transformés peu acides est souvent due à un défaut de maîtrise du procédé de stérilisation, de salaison, ou à une rupture de la chaîne du froid.
Les conserves et les produits de fabrication familiale ou artisanale sont les sources les plus communes. Le jambon cru et les conserves de végétaux (asperges, haricots verts, carottes et jus de carotte, poivrons, olives à la grecque, potirons, tapenades, etc.), sont les aliments les plus fréquemment identifiés comme étant à l’origine des cas de botulisme alimentaire en France.

Concernant le botulisme infantile, l’origine de la contamination est rarement identifiée en France. Une source environnementale (poussière, terre) est souvent suspectée. Le miel contaminé par des spores de C. botulinum est le principal aliment connu pour la transmission du botulisme infantile. D’autres aliments ont été, plus rarement, incriminés : préparations en poudre pour nourrissons, beurre de cacahuète.
Comment se protéger du botulisme ?
Les professionnels de l’agroalimentaire doivent appliquer de bonnes pratiques d’hygiène et des mesures spécifiques pour maîtriser les contaminations par _C. botulinum. Les spores de _C. botulinum sont très résistantes à la température, et leur destruction dans les aliments nécessite un traitement thermique de stérilisation. Les barèmes utilisés pour la fabrication des conserves non acides ont été établis pour permettre la destruction des spores de C. botulinum type A qui sont les plus résistantes.
Il est également possible de limiter la croissance des bactéries et donc la production de la toxine botulique par l’action combinée de plusieurs mesures, telles que la réfrigération, l’ajout de sel, de conservateurs, le séchage ou le fumage.
Pour limiter le risque de contamination, plusieurs règles doivent être observées par les consommateurs. En premier lieu, il convient de respecter les règles d’hygiène lors de la préparation d’aliments en conserve (nettoyage soigneux des végétaux, hygiène de préparation des viandes, propreté des récipients et des emballages). Il est également indispensable de suivre les consignes données par les fabricants de stérilisateurs concernant les températures, la durée de traitement et le nombre d’unités de conserve par stérilisateur.
Les boîtes de conserve déformées, bombées ou celles dégageant une odeur suspecte à l’ouverture ne doivent pas être consommées. Lors de l’ouverture des bocaux de verre, le bruit provoqué par l’entrée d’air doit être entendu. Dans le cas contraire, il faut impérativement jeter le produit.
Lors de la fabrication de jambon « maison », il est impératif de réaliser le salage à basse température en respectant les quantités de sel de la saumure et la durée de saumurage afin d’atteindre, au cœur du jambon, des concentrations permettant d’inhiber la croissance de C. botulinum.

Enfin, le respect de la chaîne du froid et des dates limites de conservation est indispensable pour les produits cuits mais non stérilisés, qui doivent être conservés au froid (les plats cuisinés, le pâté, etc.).
Afin de prévenir le risque de botulisme infantile, il est déconseillé de faire consommer du miel aux enfants de moins d’un an.
Le botulisme décime aussi les animaux
Le botulisme peut aussi tuer des animaux. En France, il s’agit principalement des volailles, les bovins et des oiseaux sauvages. Des cas peuvent aussi ponctuellement être détectés chez les chiens ou les chevaux.
Cette maladie a un impact économique important, puisque la mortalité peut atteindre 100 % dans les élevages atteints. Par ailleurs, elle peut décimer des milliers d’oiseaux dans la nature.
Sur la période 2009-2019, en moyenne, 30 épisodes de botulisme sont survenus par an dans des élevages avicoles, 10 dans des élevages bovins tandis que 20 épisodes ont concerné les oiseaux sauvages. En 2020, puis en 2022, le nombre de foyers de botulisme bovin a augmenté avec respectivement 21 et 35 foyers confirmés en laboratoire.
Pour beaucoup de ces foyers de botulisme bovin, une contamination croisée avec un atelier avicole a pu être mise en évidence (soit par du matériel contaminé utilisé pour les deux productions, soit par l’intermédiaire de fumier contaminé). Des études récentes ont révélé que les volailles, notamment les poulets de chair, peuvent être porteurs asymptomatiques de C. botulinum D/C, dangereux pour les bovins.
La présence accidentelle d’un cadavre, incorporé lors de la récolte ou pendant le stockage, dans l’un des aliments de la ration, est une autre source de contamination à l’origine des épisodes de botulisme animal.
Les spores étant très robustes, les récidives sont fréquentes. Une vaccination des bovins est en général mise en place dans les élevages ayant rencontré un épisode de botulisme. La prévention des épisodes de botulisme animal passe surtout par la mise en place de mesures de biosécurité et par de bonnes pratiques d’élevage.

En ce qui concerne la faune sauvage, peu de mesures sont applicables pour empêcher la survenue d’épisodes dans les étangs. Une surveillance renforcée pendant l’été, la saison la plus à risque, et un ramassage régulier des cadavres d’oiseaux permettent en général de limiter l’ampleur des épisodes.
En conclusion, le botulisme est une maladie rare mais sévère qui touche à la fois les humains et les animaux. Le botulisme humain est généralement dû aux toxines A, B, E et F tandis que le botulisme animal est plutôt lié aux toxines C, D et mosaïques C/D et D/C. Si, à travers le monde, quelques cas humains de type D ou C ont été recensés (moins de dix), ceux-ci sont survenus sans lien avec un épisode clinique chez des animaux.
Pour en savoir plus
L’Agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail (Anses) détient le mandat de laboratoire national de référence pour le botulisme aviaire. Depuis 2021, l’agence a produit cinq rapports d’expertise sur la thématique du botulisme :