Laura Meseguer, journaliste espagnole réagit à l’affaire Erola Jons : ‘C’est hors contexte et cela n’a pas de sens sur cette course’ - RTBF Actus
Laura Meseguer, il y a une grosse polémique autour du contenu publié sur la Vuelta. Quelle a été votre première réaction quand vous l’avez vue ? "Pour commencer, cette femme est une influenceuse que l’on connaî...
Laura Meseguer, il y a une grosse polémique autour du contenu publié sur la Vuelta. Quelle a été votre première réaction quand vous l’avez vue ?
"Pour commencer, cette femme est une influenceuse que l’on connaît en Espagne. Et pour être honnête, j’ai été surprise, parce que sur ses comptes c’est une forme d’humour. On peut aimer ou ne pas aimer. Mais dans le contexte de La Vuelta, cela n’avait aucun sens. D’autant plus que ce contenu est lié au fait de flirter avec des hommes. Or, c’est un sport très masculin où nous, les femmes, essayons depuis longtemps de nous faire une place, de gagner le respect et d’obtenir l’égalité des conditions. J’ai donc pensé, tout comme beaucoup de mes collègues hommes et femmes, que c’était un peu hors contexte et que cela n’avait pas beaucoup de sens dans cette course."
Le problème ne vient pas de la personne, mais du contenu et peut-être d’un mauvais choix de la part de la Vuelta ?
"Oui, je pense qu’en Espagne, il y a actuellement un vaste débat autour des influenceurs, car les marques et les organisations doivent faire preuve de responsabilité quant aux personnes qu’elles engagent et au prix qu’elles paient pour cela. Car si ce prix va à l’encontre de tout le travail que nous les femmes avons accompli dans le sport, ou à l’encontre des journalistes, voire du sport lui-même, comme nous l’avons vu avec les commentaires à l’égard de Tadej Pogacar qui étaient irrespectueux. Je pense que le prix est trop élevé. Il faut donc vraiment en tenir compte. Est-ce que ça vaut le coup pour quelques j’aime ou pour un nouveau public ? Quel nouveau public voulons-nous toucher ? Voilà les questions qu’il faut se poser."
D’une certaine manière, comme il s’agit d’une femme et que ce n’est pas normal, le buzz négatif est plus important ?
"Je pense qu’un bon exercice consiste toujours à envisager les situations en inversant les rôles entre les sexes. Et si c’était le cas chez un fan du Tour de France, la polémique serait énorme. Et c’est toujours bien de considérer les choses sous cet angle, parce qu’imaginer que ce soit le cas pour Demi Vollering : c’est la même chose que pour Tadej Pogacar. Et par respect pour tous les autres coureurs, on doit élever la voix contre ça. Peu importe que ce soit une femme ou un homme, la réaction doit être la même."
Vous dites sur vos réseaux sociaux que n’est pas acceptable pour toutes les femmes qui essaient de travailler correctement dans le sport qui est, comme vous l’avez dit, un sport d’hommes ?
"Dans les années 80, les femmes n’avaient pas le droit d’être présentes au sein de la course et ce n’était pas si lointain que ça par rapport à aujourd’hui. L’image que cette influenceuse a donnée lors de la retransmission en direct de la Vuelta, c’est qu’elle ne connaissait rien à ce sport, qu’elle se moquait bien de savoir s’il s’agissait de Tadej Pogacar. Et qu’elle n’avait même pas la moindre intention de faire preuve de respect. Donc, si c’est l’image que nous renvoient les femmes qui travaillent dans le milieu du cyclisme, je pense que c’est une énorme erreur."