“Lâche-moi, tu m’étouffes” : une dispute autour du biberon dégénère, il la saisit et la roue de coups
Dans un immeuble de Saint-Girons, en Ariège, une voisine dit entendre les cris "une à deux fois par semaine". Mais ce 29 juin 2026, les hurlements sont plus longs, plus intenses. Reconnu coupable de violences conjugales sur sa compagne, un homme d’une trentaine d’années s’est vu retirer l’autorité parentale.
l'essentiel Dans un immeuble de Saint-Girons, en Ariège, une voisine dit entendre les cris "une à deux fois par semaine". Mais ce 29 juin 2026, les hurlements sont plus longs, plus intenses. Reconnu coupable de violences conjugales sur sa compagne, un homme d’une trentaine d’années s’est vu retirer l’autorité parentale.
Ce 29 juin 2026, un peu avant 21 heures, l'une a entendu des hurlements, couverts par un vacarme assourdissant dans la cage d'escalier. Une autre raconte que ces scènes se répètent régulièrement, une à deux fois par semaine. La troisième a distinctement entendu cette phrase : "Lâche-moi, tu m'étouffes." Toutes vivent sur le même palier ou à l'étage inférieur du couple, manifestement habitué à ce type d'épisodes.
Mais ce soir-là, assurent les trois témoins, quelque chose était différent. Les cris ont duré plus longtemps. La violence semblait plus intense. L'une des voisines accueille d'ailleurs régulièrement Émilie* chez elle après les disputes. La jeune femme arrive en pleurs. Un jour, sa voisine lui demande si Florian* exerce des violences contre elle. Émilie ne répond pas. Elle se pince les lèvres, baisse la tête. Son silence en dit long.
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"Tu ressembles à un cadavre, tu as les seins qui pendent"
Soupçonné de violences conjugales, Florian*, la trentaine, fixe le vide depuis le box des accusés, en ce début juillet 2026. Cheveux courts, tatouages sur le visage, le regard fermé, il a choisi de faire usage de son droit au silence. Alors il faudra se contenter de quelques mots livrés à son bon vouloir.
Mariés depuis février 2025, le couple a deux enfants. Mais Émilie dira aux enquêteurs ne plus reconnaître la femme qu'elle était. Autrefois joyeuse, souriante, elle est devenue l'ombre d'elle-même face aux violences physiques et psychologiques de son compagnon. Celui-ci l'accuse de "faire la pute" lorsqu'il juge sa tenue inappropriée. Les mots crus pleuvent tout autant : "Tu ressembles à un cadavre, tu as les seins qui pendent."
Le soir des faits, dans leur appartement de Saint-Girons, en Ariège, raconte la jeune femme aux enquêteurs, il est 20 heures lorsque Florian se présente au domicile avec un ami. Il a bu. Elle lui interdit d'entrer. C'est alors, poursuit-elle, qu'il la saisit par le bras et la tire vers l'escalier. Elle tombe. Il la roue de coups. La dispute se poursuit ensuite dans l'appartement lorsqu'elle s'apprête à faire des pâtes. Florian lui reproche de ne pas donner correctement le biberon "à son fils". Les violences reprennent. Alors, pour se défendre, elle lui donne un coup de fourchette.
Un prévenu connu principalement pour des délits routiers
Depuis le box, le prévenu balaie les accusations d'un revers de main : "Elle affabule." Il affirme avoir reçu "des coups de fourchette et des coups de couteau" mais a refusé que ses blessures soient photographiées "pour ne pas la mettre en mauvaise position". Puis il se mure de nouveau dans le silence lorsque la présidente lui demande si les voisines mentent, elles aussi.
À la question de savoir s'il envisage de poursuivre leur relation, la réponse tombe, sèche : "Il n'y en aura pas." Même laconisme lorsque la présidente l'interroge sur sa consommation de stupéfiants et sur la manière dont il se les procure, alors que le couple vit du RSA. "Je me débrouille", répète celui qui consomme un gramme de cannabis par semaine. Quant à son parcours professionnel, le tribunal n'en saura pas davantage, simplement qu'il souhaite devenir chauffeur-livreur.
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Son casier judiciaire, lui, se montre bien plus éloquent. S'il ne comporte aucune condamnation pour des violences conjugales, il est en revanche jalonné de délits routiers : treize condamnations, notamment pour des récidives de conduite sous l'emprise de stupéfiants. Le prévenu finira tout de même par reprendre la parole. La mère de ses deux enfants, assure-t-il, il ne la "supporte plus". Et s'il s'est alcoolisé ce soir-là, c'était uniquement pour la voir le moins possible.
"Elle vit un véritable enfer dès lors qu’elle résiste"
Pour le procureur de la République de Foix, Olivier Mouysset, la victime, comme d'autres femmes dans des situations similaires, "vit un véritable enfer dès lors qu’elle résiste". Le soir des faits, estime-t-il, elle était en état de légitime défense face à un compagnon qui l’a "assommée de coups". Il requiert un an d’emprisonnement avec maintien en détention, ainsi que le retrait de l’autorité parentale.
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Des réquisitions jugées choquantes par la défense, représentée par Me Quintanilha, dans un dossier sans ITT, sans récidive, sans qu’aucun signalement ni main courante n’aient été effectués auparavant. Les photos ne seraient guère plus éloquentes, estime l’avocate, ne montrant que des traces sur le visage, Émilie ayant refusé de consulter un médecin.
Quant au retrait de l’autorité parentale, "il n’est pas acté que des scènes de violences aient pu se produire de manière continue ni en présence de mineurs", poursuit la robe noire qui demande à ramener la peine à de plus justes proportions. En vain. Le tribunal choisit de s'aligner sur les réquisitions du procureur en tous points.