La vidéo du jour. Victoire de l’AfD en Allemagne : jusqu’où peut aller la percée de l’extrême droite ?
Une victoire comme une onde de choc. Avec 39 sièges sur 83, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) n'obtient pas la majorité absolue en Saxe-Anhalt, mais pourrait s'appuyer sur une alliance avec le parti de gauch...
Une victoire comme une onde de choc. Avec 39 sièges sur 83, l'Alternative pour l'Allemagne (AfD) n'obtient pas la majorité absolue en Saxe-Anhalt, mais pourrait s'appuyer sur une alliance avec le parti de gauche radicale BSW pour former un gouvernement. Une percée historique et inédite pour ce parti d'extrême droite au programme radical, entre « renoncement » à la main-d’œuvre qualifiée « issue de cultures étrangères », limitation de l'enseignement de l'histoire du nazisme et mise en place d’une « milice citoyenne volontaire ».
Fondée en 2013, l'AfD naît en opposition à l'Union chrétienne-démocrate d'Allemagne (UCD), le parti de la chancelière Angela Merkel. D'abord composé d'économistes et d'anciens membres de l'UCD, il bascule véritablement en 2015, lorsque Merkel ouvre les frontières allemandes à plus d'un million de réfugiés. Cette décision profite directement à l'AfD, qui capte un électorat de droite radicale jusque-là dispersé. « Elle a progressivement su capitaliser sur les peurs potentielles, réelles ou imaginées, de la population », note Jeanette Süß, chercheuse au comité d'études des relations franco-allemandes.
Un parti qui « porte atteinte à la dignité humaine »
En mai 2025, l'Office fédéral de protection de la Constitution a jugé que l'idéologie de l'AfD « dévalorise des groupes entiers de la population en Allemagne en ne les considérant pas comme de vrais citoyens allemands » et « porte atteinte à leur dignité humaine », la rendant incompatible avec l'ordre démocratique. Le parti est régulièrement qualifié de « néonazi », certains de ses membres en Saxe ayant notamment recours à des formules comme « Make Europa beautiful and white again ». À titre de comparaison, en France, le Rassemblement national a pris ses distances avec l'AfD depuis 2023.
Pourtant, en Allemagne, le succès du parti est bien tangible. Pour Jeanette Süß, chercheuse, il se façonne d'abord, pour ses adeptes, dans un fort rejet des élites. « Il y a, au-delà du ressentiment, l'idée d'un déclassement social, avec, dans les zones plus rurales, le sentiment d'être laissé pour compte, en manque d'infrastructures. Le parti puise des voix dans cette rhétorique “anti-establishment”. Pour expliquer ce phénomène multifactoriel, on trouve aussi la multiplication des crises, comme le choc énergétique lié à la guerre en Ukraine. Jusqu'à devenir, à ce jour, une force politique fédératrice. « L'AfD a vraiment rattrapé son retard par rapport aux partis traditionnels et peut même la considérer maintenant comme, Volkspartei, donc le parti du peuple, parti de rassemblement, parti populaire. » Après sa percée régionale, l'AfD a annoncé viser 40 % des voix aux élections fédérales de 2029.