La touche belge dans la gestion des ports africains: “Anvers, c’est le premier ‘port africain’”
L'agence fédérale Enabel participe activement à l'amélioration de la gouvernance des ports africains. Au-delà de l'aspect purement économique de la collaboration, d'autres enjeux capitaux sont visés : comme la sécurité, la lutte contre le commerce de la drogue…
"On sait que les ports, c'est une spécialité belge et on a une forme de leadership dans ce domaine." Jean-Christophe Charlier est coordinateur du projet Global Gateway pour l'agence fédérale Enabel (agence belge de coopération internationale). Sa mission, c'est d'optimiser les relations, dans le cadre d'un financement européen, des ports africains et européens. L'objectif, c'est d'apporter de l'expertise européenne et belge, de la gouvernance, une organisation logistique à toute une série d'infrastructures portuaires en Afrique. Anvers, par exemple, est étroitement lié au port de Cotonou, au Bénin. "Anvers, c'est le premier 'port africain'. 15 % de son volume se fait avec l'Afrique. C'est le port le plus important en importations et exportations de produits africains." La guidance par le port d'Anvers a permis au port de Cotonou de progresser dans son organisation et donc d'augmenter les volumes transportés. "Ce port, c'est 45 % des recettes fiscales du Bénin. En augmentant de manière significative le volume d'activités, on permet à l'État d'augmenter ses recettes et de dynamiser son économie."
Pour le CNCD: "Les partenariats, c'est très bien. Mais l'objectif premier est de s'aligner sur les besoins des pays concernés."La dynamique de coopération a évolué. En tout cas, du point de vue d'Enabel, il faut plus s'inscrire dans le win-win. "On n'agit plus en tant que bailleurs et bénéficiaires. Ce sont des partenaires. L'Afrique a l'opportunité de sortir de la pauvreté par l'intégration dans le commerce mondial. L'Afrique et l'Europe ont une série d'intérêts communs au sein d'une économie de marché et non plus une économie de subsistance."
12 couloirs stratégiques

C'est ainsi que 12 couloirs logistiques ont été relevés par l'Union européenne afin d'en faire des zones stratégiques de transport. Enabel a ainsi accompagné une transaction d'ampleur lors de la négociation de concessions entre Dubaï Port World, "le plus gros opérateur de port au monde", et le port de Dar es Salam (Tanzanie). Globalement, les ports africains nécessitent des investissements afin de les rendre plus performants. Au travers de ses programmes, l'Union européenne soutient la bonne gouvernance et évite aussi que ces ports ne soient vendus à des puissances étrangères. "Ainsi, ils ne vendent pas leurs actifs stratégiques et on met en place un modèle pour négocier des concessions avec des gros opérateurs."
Dans ces opérations win-win, l'Europe vise à renforcer son positionnement en Afrique. Le continent regorge de matières premières de minerais indispensables à la transition numérique et énergétique, mais aussi d'une main-d'œuvre qui pourrait soutenir l'économie européenne. L'intérêt est aussi de favoriser la transformation au niveau local avant de l'expédier vers l'Europe. "En Namibie, on travaille sur la production d'hydrogène vert. Il y a un lien avec le port d'Anvers qui se positionne comme un hub d'hydrogène vert."
Renforcer la sûreté et la sécurité
Au-delà de ces aspects de coopération économique, le projet européen se concentre aussi sur l'amélioration des contrôles douaniers : "on travaille sur la digitalisation." Mais aussi sur la sûreté et la sécurité des installations portuaires. "La sécurité, c'est la gestion des produits dangereux. Par exemple, à Dakar, il y avait un stock de nitrate d'ammonium (comme à Beyrouth où une explosion avait dévasté le port en août 2020)." Sur la sûreté, "on gère les accès aux ports et les menaces sur ses activités." Les ports africains sont aussi devenus une étape transitoire pour le commerce de drogue en provenance de l'Amérique latine. "On a mis en place un programme pour renforcer les douanes et les contrôles de police. Les routes du trafic de drogue ont changé et elles passent par les ports côtiers de l'Afrique de l'Ouest où on change l'étiquetage afin de brouiller les pistes."
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