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Pourquoi danser est plus politique que jamais ?

La Techno Parade revient ce samedi 19 septembre dans les rues de Paris après deux ans d’absence. Avec la loi RIPOST promulguée cet été, cette édition s’annonce plus politique que jamais

Quand le BPM s’accélère, que les basses résonnent et que les corps commencent à transpirer, c’est bien plus qu’une fête qui se joue. Après deux ans d’absence, la Techno Parade revient dans les rues de Paris ce samedi 19 septembre, dans un contexte particulièrement politique.

Loi RIPOST, répression des free parties, fragilisation des lieux indépendants… Derrière les chars et les enceintes, les milliers de corps qui vont défiler viennent aussi défendre tout un monde : celui de la fête, de la nuit et des musiques électroniques. Aujourd’hui, danser n’a peut-être jamais semblé aussi politique. À moins que cela ne l’ait, en réalité, toujours été.

La Techno Parade revient faire danser la rue

« On va réunir des centaines de milliers de personnes dans la rue pour venir danser gratuitement », témoigne Tommy Vaudecrane, président de Technopol, association organisatrice de la Techno Parade. Après deux ans sans édition, il attend le retour de ces moments de « liesse, de joie, de communion, de fête populaire ». Mais entre les sets des DJ, il y aura aussi des revendications :

« C’est ça, être ensemble. Etre là pour apprécier quelque chose, faire passer des messages. Et nous, ce sera aussi ça, les messages politiques. »

Une banderole contre la loi RIPOST sera notamment déployée sur le char Technopol. Depuis sa création, l’association revendique d’ailleurs la Parade comme un espace de visibilité pour défendre les fêtes libres, les scènes indépendantes et « le droit à la fête et l’expression collective ». Samedi, certains viendront donc danser, d’autres revendiquer. Beaucoup feront probablement les deux.

« Aller en free party, ça revient à aller en manifestation »

Dans la nuit du 11 au 12 septembre, un rassemblement festif organisé en Normandie a donné lieu à une intervention des forces de l’ordre. Tekno Anti Rep dénonce l’usage de grenades lacrymogènes et de désencerclement, des tirs de LBD et des destructions et saisies de matériel. Kamille, du collectif, décrit auprès de 20 Minutes une intervention « très violente ». Pour Tommy Vaudecrane, l’épisode réveille de vieux souvenirs : « Dans les années 1990, c’était tout le mouvement électronique qui était stigmatisé. Et ensuite, ça s’est cristallisé sur les free parties ». Avec la loi RIPOST et les événements de Normandie, il estime que « l’on revient finalement à une répression qu’on voyait avant », avec désormais, selon lui, « une plus grosse violence et une plus grosse organisation de la répression ».

Promulguée cet été, la loi RIPOST renforce notamment l’encadrement et les sanctions entourant certains rassemblements festifs à caractère musical non déclarés. Et pour Kamille, le changement dépasse désormais le seul cadre juridique :

« Aujourd’hui, aller en free party, ça revient à aller en manifestation. Il y a un côté vraiment revendicatif, ça a toujours été politique, mais là, on le fait plus en connaissance de cause. »

Danser comme manifeste, Detroit connaît

Le symbole tombe à pic : cette année, Visit Detroit est partenaire officiel de la Techno Parade et vient célébrer « l’héritage culturel et politique » de Detroit, berceau de la techno. « Ça me fait penser aux racines de cette musique », réagit Laureline Teste Wyrich, COO du média spécialisé Clubbing TV. Elle évoque des personnes « qui avaient besoin à l’époque de nouveaux espaces parce qu’elles n’étaient pas incluses dans les autres » et rappelle que « par essence, cette musique est politique ».

Née et élevée à Detroit, la DJ américaine DJ Holographic va dans le même sens. Elle fait remonter son héritage au jazz, au blues et, plus largement, à l’histoire de la musique noire américaine, et à la liberté. Et celle-ci se joue directement dans le corps :

« C’est politique de savoir que l’on est libre dans son propre corps, même lorsque certains gouvernements vous disent que vous ne pouvez pas faire certaines choses ou vous empêchent de danser librement. »

Mais cet héritage se heurte aujourd’hui aux transformations de la scène. « Tout s’est tellement gentrifié, tout est devenu tellement aseptisé qu’on a perdu les valeurs et les codes de ce pourquoi cette musique avait été créée », regrette Laureline Teste Wyrich. « Il y a des personnes qui n’ont plus aucun complexe à dire : "Je vote extrême droite et je viens dans vos soirées". » Une présence qu’elle juge « hyper violente » pour une partie des communautés qui ont historiquement trouvé refuge dans ces espaces. Continuer à investir le dancefloor devient alors, pour elle, une manière de ne pas abandonner ces espaces et l’héritage qu’ils portent.

Le droit de faire danser son corps

Car derrière ce « devoir de mémoire », il y a surtout des espaces à préserver : « Il y a des communautés qui ont besoin de ces espaces, parce que ce sont les seuls endroits où il y a des gens qui peuvent se sentir OK d’exister », insiste Laureline Teste Wyrich. Pour Tommy Vaudecrane, permettre à des centaines de milliers de jeunes de danser à la Techno Parade « sans avoir à débourser un euro » constitue déjà une victoire.

Et puis, danser, c’est aussi disposer de son corps et de son temps… DJ Holographic revient à l’histoire industrielle de Detroit et selon elle, derrière certaines restrictions historiques de la fête se trouvait une autre question : « Si tu travailles et qu’ensuite tu décides de sortir faire la fête, à quel point vas-tu être efficace au travail le lendemain ? » Pour elle, être citoyen ne consiste justement pas uniquement à être productif : « Être citoyen, c’est davantage être libre, pouvoir apporter au monde ce que l’on a d’unique. Et parfois, c’est danser. »

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Samedi, les corps retourneront donc danser dans les rues parisiennes. Avec ou sans conscience de participer, aussi, à une manifestation des corps. Danser a toujours été politique. Les politiques menées aujourd’hui incitent finalement à s’en souvenir.