Des millions d’hectares de fermes disparaissent
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La version audio de cet article est générée par la synthèse vocale, une technologie basée sur l’intelligence artificielle.
La Stratégie nationale de sécurité alimentaire du gouvernement de Mark Carney, qui vise à stimuler la production alimentaire au pays, se heurte à la dure réalité des agriculteurs, alors que plus de deux millions d’hectares de terres agricoles ont disparu dans les cinq dernières années.
Charles Stevens est propriétaire d’une ferme fruitière de 66 hectares située à une heure de route de Toronto. Après avoir refusé une offre de 16 millions de dollars de la part d'un promoteur immobilier, il s’est tourné vers le Ontario Farmland Trust afin de s'assurer que sa terre ne pourra être utilisée qu’à des fins agricoles pour les 999 prochaines années.
Je veux que les prochaines générations n’aient pas à acheter leurs bleuets du Panama ou d’un autre pays étranger. Allons-nous toujours être nourris par les États-Unis? Je ne pense pas, dit-il.

Charles Stevens est le cofondateur de la ferme fruitière Wilmot Orchards en Ontario. (Photo d'archives)
Photo : CBC / Jennifer Chevalie
Selon le recensement de l’agriculture de 2021, la superficie agricole totale au pays a diminué de plus de deux millions d’hectares, soit une baisse de 3,2 % par rapport à l’année 2016.
La Fédération canadienne de l’agriculture estime que, depuis 2001, 5 millions d’hectares de terres agricoles ont disparu, ce qui correspond approximativement à la taille de la Nouvelle-Écosse.
Pour Tyler McCann, un producteur de bœuf québécois et directeur général de l’Institut canadien des politiques agroalimentaires (ICPA), le constat est clair : la production agricole est en diminution au Canada. Selon lui, c’est en grande partie à cause de l’étalement urbain.
C’est certain que l’étalement urbain à Toronto, mais aussi à Régina, à Saskatoon ou à Winnipeg, contribue à réduire la superficie des terres agricoles, car elles ont davantage de valeur lorsqu'elles sont converties en résidences, en usines ou en grands magasins, dit-il.
Il s'inquiète surtout de voir le milieu agricole devenir de plus en plus précaire.
Ce sont 319 acres [soit 129 hectares] de terres agricoles qui sont perdues chaque jour en Ontario, a-t-il déclaré, citant des chiffres de Statistique Canada. À ce rythme, dans une centaine d’années, il ne restera plus de terres agricoles en Ontario.
Difficile pour la relève
Les agriculteurs peinent également à convaincre la prochaine génération de prendre la relève.
Charles Stevens affirme qu’il lui a fallu 13 ans pour planifier sa retraite. Bien que sa fille Courtney adore la ferme, elle a choisi de devenir photographe. Aujourd’hui, elle met ses compétences au service de l’entreprise en marketing.
Pour gérer la production de myrtilles et de pommes de sa ferme, Charles Stevens a dû se tourner vers Ian Parker. M. Stevens est désormais le directeur général de la ferme et détient des parts dans l’entreprise.

Ian Martin, à gauche, est le responsable de la production agricole chez Wilmot Orchards. Courtney Stevens, au centre, gère le café et les réseaux sociaux du verger. Ian Parker, à droite, est le directeur général. (Photo fournie par Courtney Stevens)
Photo : Courtney Stevens
Beaucoup de fermes dans la région se vendent à 100 000 dollars l’acre [soit environ 250 000 dollars par hectare] ou plus, raconte-t-il. Cela ne vaut pas vraiment le coup sur toute ma durée de vie. Donc, à moins d’avoir une envie irrépressible de posséder un lopin de terre pour le léguer ensuite à mes enfants, ce n’est pas vraiment mon plan. Je préfère simplement cultiver.
Selon les données de Statistique Canada, le prix moyen d’un acre de terre agricole a augmenté de 43 % depuis 2021, passant de 3947 $ à 5643 $. Cette flambée des prix est un frein majeur pour la relève.
Le Canada compte moins de 23 000 jeunes agriculteurs, selon un rapport de la Chambre des représentants, et l’âge moyen des producteurs se situe à 56 ans.
Même si vous avez la chance d'avoir une ferme dans votre famille, vous devez espérer que votre famille vous fasse une concession majeure et vous vende le terrain à un prix potentiellement bien inférieur à la valeur du marché, affirme Tyler McCann.
La Stratégie nationale de sécurité alimentaire souhaite justement s’attaquer à cet enjeu en doublant le plafond des prêts garantis et en élargissant le champ d’application de la Loi sur les prêts agricoles canadiens.
Ottawa prévoit également de créer un Fonds de financement des projets agroalimentaires à hauteur d’un milliard de dollars.
D’après un texte de Benjamin Lopez Steven de CBC