La société américaine Auterion va équiper 50 000 drones Shrike ukrainiens d’une IA avancée capable de traquer et de frapper des cibles de manière autonome dans le cadre d’un contrat de 100 millions de dollars
Une collaboration entre la société américaine Auterion et le fabricant ukrainien SkyFall permet d'équiper 50 000 drones Shrike d'une IA avancée pour le champ de bataille. Ce système de guidage terminal permet aux engins de traquer et de frapper des cibles de manière autonome, même en cas de brouillage du signal GPS ou de perte de liaison radio. Contrairement aux munitions de précision occidentales coûteuses, ces drones utilisent des puces électroniques abordables pour offrir une efficacité redou
Une collaboration entre la société américaine Auterion et le fabricant ukrainien SkyFall permet d'équiper 50 000 drones Shrike d'une IA avancée pour le champ de bataille. Ce système de guidage terminal permet aux engins de traquer et de frapper des cibles de manière autonome, même en cas de brouillage du signal GPS ou de perte de liaison radio. Contrairement aux munitions de précision occidentales coûteuses, ces drones utilisent des puces électroniques abordables pour offrir une efficacité redoutable à moindre coût. Cette technologie simplifie la formation des pilotes et ouvre la voie à l'utilisation future de nuées de drones coordonnées contre la Russie.
Auterion est une entreprise suisso-américaine controversée fondée en 2017 à Zurich par Lorenz Meier (créateur de l'autopilote open source PX4) et Kevin Sartori, aujourd'hui basée à Arlington, en Virginie, aux États-Unis. Elle développe un système d'exploitation commun et des logiciels pour véhicules autonomes, principalement axés sur les drones militarisés et les systèmes robotiques pour les secteurs de l'entreprise et de la défense.
Auterion a noué un partenariat avec l'entreprise ukrainienne SkyFall, spécialisée dans la conception et la fabrication de drones. SkyFall a été lancé en juin 2022, quelques mois après le début de l'invasion russe, connue notamment pour son drone nocturne Vampire, surnommé « Baba Yaga » par les soldats russes.
Ce partenariat stratégique vise à doter les drones Shrike de SkyFall d'un système d'IA capable de détecter et de poursuivre de manière autonome des cibles en mouvement. Grâce à un contrat de 100 millions de dollars financé par l'Allemagne, environ 50 000 drones vont être équipés de kits d'autonomie développés par Auterion. Selon plusieurs rapports récents, l'armée ukrainienne a commencé à recevoir ces drones autonomes à la mi-juillet.
Une mise à niveau d'envergure pour les drones FPV de combat
Auparavant pilotés manuellement pour un coût d'environ 400 dollars, ces drones de courte portée coûtent désormais près de 2 000 dollars l'unité une fois dotés du matériel et du logiciel Skynode S. Le Skynode S d'Auterion est un contrôleur de vol et un ordinateur de mission compact, économique et propulsé par l'IA. Il intègre la plateforme logicielle AuterionOS et permet la vision par ordinateur en temps réel pour les petits systèmes de drones.
Lorenz Meier, cofondateur et PDG d'Auterion, explique la nature de cette mise à niveau : « ce que nous faisons, c'est remplacer le contrôleur de vol existant, qui n'a ni ordinateur ni IA, par une avionique dotée d'un microprocesseur, d'une IA embarquée, et capable de poursuivre la cible de manière totalement autonome ». Ce changement offre aux drones FPV Shrike de SkyFall d'une autonomie visuelle et une résistance au brouillage sur le front.
Le système d'Auterion permet à l'opérateur de diriger manuellement le drone vers la zone d'opération, de désigner une cible, puis d'activer le mode de guidage terminal. Une fois lancé, l'appareil poursuit sa trajectoire de manière autonome, même s'il perd sa connexion radio à cause d'obstacles physiques ou d'un brouillage ennemi. Pour s'orienter, l'IA d'Auterion se base exclusivement sur les images de la caméra principale embarquée du drone.
« Cela permet aux opérateurs de piloter manuellement les drones FPV Shrike jusqu'à une zone de combat, de désigner une cible jusqu'à 800 mètres, puis de basculer l'interrupteur pour passer en mode de guidage terminal autonome, où l'on tire et on oublie », a déclaré Lorenz Meier, cofondateur et PDG d'Auterion.
Cette absence totale de dépendance au GPS constitue un avantage tactique décisif face aux systèmes de guerre électronique russes. Après leur introduction, les drones de type Shrike ont déjà prouvé leur valeur en frappant de nombreux blindés, systèmes d'artillerie et même deux hélicoptères russes Mi-28 évalués chacun à 19 millions de dollars. L'ajout de cette technologie autonome vise à accroître encore davantage leur taux d'efficacité globale.
Vers le contrôle d'essaims de drones et une formation express
Les kits de frappe d'Auterion intègrent également la possibilité de futures mises à jour logicielles pour diriger des essaims de drones autonomes. Grâce au système Nemyx, un unique opérateur pourra commander un groupe de drones capables de collaborer pour attaquer des cibles, prioriser les menaces de grande valeur et ajuster leur ciblage en temps réel sans intervention humaine afin de ne pas gaspiller plusieurs munitions sur un même objectif.
Malgré les controverses, Lorenz Meier explique à propos de cette vision : « cela signifie fondamentalement que vous pouvez diriger l'un de nos essaims vers un objectif, et vous pouvez soit décider de diriger toutes les munitions vers un seul point cible, soit les disperser dès le départ, et elles redéfiniront leurs priorités ». De plus, cette autonomisation réduit drastiquement la complexité du pilotage, simplifiant la formation des nouvelles recrues.
Le système d'Auterion pourrait améliorer le taux de réussite des drones Shrike pilotés à distance, qui ont déjà touché de nombreuses cibles de la taille d’un véhicule. Ces cibles comprennent notamment des chars blindés, des systèmes de guerre électronique, des pièces d’artillerie et des lance-roquettes. Selon le Kyiv Independent, les drones Shrike auraient abattu deux hélicoptères russes Mi-28, d’une valeur de 19 millions de dollars chacun.
Les armes létales autonomes et la question du contrôle humain
Auterion n’a pas précisé de calendrier concernant la mise en œuvre du logiciel permettant le contrôle d'essaims. Cependant, l’entreprise a déjà démontré cette capacité d’essaimage de drones lors d’un exercice de combat avec tir réel sur un champ de tir militaire américain à Camp Blanding, en Floride. La démonstration consistait à faire commander par un pilote de drone trois drones d’attaque autonomes chargés d’éliminer trois cibles distinctes.
Les innovations d’Auterion simplifient grandement les compétences de pilotage requises des opérateurs humains, qu’ils pilotent un seul drone ou commandent un essaim. Cela pourrait aider l’armée ukrainienne à déployer davantage de drones avec un nombre limité d’opérateurs, et pourrait s’avérer encore plus précieux pour les États-Unis ou d’autres pays qui ne disposent pas encore d’un grand nombre d’opérateurs de drones formés.
« Nous avons constaté que nous pouvions former des personnes en — je ne plaisante pas — 60 secondes pour piloter ce drone et même pour diriger l’essaim, car il suffit de déplacer le curseur vers le haut ou vers le bas pour les orienter dans la bonne direction vers la cible. Et lorsque vous êtes suffisamment proche pour acquérir la cible, il suffit de la sélectionner à l’écran », a affirmé Lorenz Meier. Mais ces innovations suscitent des inquiétudes.
Malgré ses progrès récents, Auterion milite pour maintenir la prise de décision humaine au moment de la frappe fatale, même si l'apparition de conflits opposant exclusivement des systèmes autonomes face à d'autres systèmes autonomes pourrait un jour imposer des décisions à la microseconde.
Conclusion
L'avènement d'armes létales agissant sans supervision humaine soulève une urgence éthique et juridique internationale, poussant notamment les Nations Unies à réclamer leur interdiction afin d'éviter que le jugement humain ne disparaisse des conflits. La perspective de déléguer le droit de tuer à une IA pose un profond problème moral, car cette automatisation déresponsabilise les attaquants et bafoue également la dignité humaine des cibles.
S'exprimant récemment sur France 24, Mariarosaria Taddeo, professeure d'éthique numérique et de technologies de défense à l'Oxford Internet Institute de l'université d'Oxford, a déclaré que « ces systèmes sont totalement aveugles ». Selon Mariarosaria Taddeo, « que le système détecte un combattant, un enfant ou une personne âgée, il ne sera pas capable de faire la distinction ni conçu pour cela, ce qui mettra davantage les civils en danger ».
Selon certains spécialistes, le véritable défi des prochaines années ne sera pas nécessairement la technologique, mais résidera dans la capacité des gouvernements à maintenir leurs garde-fous légaux face à l'évolution des algorithmes, plutôt que de céder à la tentation d'un avantage tactique absolu.
Sources : Auterion (1, 2), Skynode S, Lorenz Meier
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