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La sécheresse pousse le blaireau vers les jardins: “En Wallonie, les indemnisations pour leurs dégâts se chiffrent à 20.000 à 30.000 € par an”

"Les blaireaux sont venus retourner ma pelouse depuis deux ou trois nuits. Comme ce sont des animaux protégés par la Région wallonne, je suppose que nous devons être indemnisés pour les dégâts…" C'est en substa...

"Les blaireaux sont venus retourner ma pelouse depuis deux ou trois nuits. Comme ce sont des animaux protégés par la Région wallonne, je suppose que nous devons être indemnisés pour les dégâts…" C'est en substance ce que nous communiquait Monsieur Bernard Toussaint dans un récent courrier des lecteurs. Et il n'est pas le premier à alerter sur les blaireaux "laboureurs". Après les sangliers, ces gros mustélidés vont-ils être la nouvelle calamité des pelouses qu'ils viendront labourer pour se nourrir de lombrics ?

La comparaison n'a pas lieu d'être, assure Vinciane Schockert, biologiste et spécialiste des mammifères au Service public de Wallonie.

D'abord parce que les populations sont sans commune mesure: on estime à 6 000 individus la population de blaireaux en Wallonie tandis que, bien qu'il n'existe pas d'estimation officielle de leur population, les chasseurs abattent chaque année entre 20 000 et 35 000 sangliers.

Et alors que la prolifération de ces derniers est galopante, la population des blaireaux est très stable depuis le début des années 2010. "Il n'y a que dans le Hainaut et dans le Brabant wallon que l'on note une augmentation de la population, mais cela s'explique par le fait qu'il n'y en avait plus du tout dans ces zones", explique Vinciane Schockert.

Victimes de la campagne de gazage des terriers de renards lors de l'épizootie rabique (la rage) dans les années septante – 90% des blaireaux avaient disparu de Wallonie – les effectifs se sont peu à peu reconstitués. Mais la dynamique de reproduction n'est pas très forte, notamment à cause de la fragmentation des habitats: selon les observations et modélisations du SPW, un terrier sur trois voit la naissance de 2 ou 3 blaireautins par an. "Et on estime qu'un sur trois n'atteindra pas l'âge de deux ans, tandis que chaque année, environ 20% des blaireaux sont écrasés sur les routes."

Victimes de la sécheresse

Bien que l'animal soit plutôt farouche, le fait que certains individus se rapprochent des habitations pour chercher de quoi se nourrir n'étonne pas la biologiste du SPW.

L'explication est à trouver dans la sécheresse. Privé de lombrics (son mets préféré), qui se sont réfugiés dans les couches plus profondes et plus humides du sol, le blaireau cherche à les remplacer par des larves de coléoptères ou de tipules (également appelées "cousins") qu'il trouve sous la mousse présente dans certaines pelouses.

Mais ce n'est certainement pas son garde-manger favori et, si le temps redevient plus humide, le blaireau préférera retourner chasser le lombric loin des habitations.

Indemnisation

Reste la question posée par Monsieur Toussaint concernant une éventuelle indemnisation. Puisqu'il est protégé, la Wallonie a en effet prévu un mécanisme pour compenser les dégâts. Mais il concerne les exploitants agricoles, horticoles et forestiers, et non les particuliers pour leurs pelouses.

Au printemps dernier, lors de l'élaboration de la réforme des procédures permettant de déroger à la protection des espèces sauvages, un mécanisme d'indemnisation a été envisagé, mais n'a pas été retenu au vu du contexte budgétaire actuel, explique-t-on chez la ministre de la Nature et des Forêts, Anne-Catherine Dalcq.

S'ils sont rares dans les pelouses, les dégâts causés par le blaireau sont également nettement moins importants dans les cultures que ceux occasionnés par le sanglier. Le blaireau fréquente notamment parfois les champs de céréales pour s'y nourrir. "En Wallonie, les indemnisations pour les dégâts de blaireaux se chiffrent à 20 000 à 30 000 € par an, dit Vinciane Schockert. Pour le sanglier, on a atteint des sommes de 300 000, 600 000 et parfois même 1 million d'euros."


Huile essentielle ou… urine pour l'éloigner du jardin

Éloigner un blaireau de son jardin est plus simple que pour le sanglier. Un treillis ou deux fils électrifiés placés à 20-25 cm du sol sont généralement efficaces. Des chiffons imbibés d'huile essentielle (lavande, tea-tree) ou d'eau de javel diluée et placés à 10 cm du sol sur ses points de passage fonctionnent aussi. L'animal étant sensible aux odeurs humaines, placer des cheveux dans des bas nylon ou… uriner aux endroits de passage est une alternative. "J'ai connu un agent du DNF qui, pendant plusieurs jours, venait chaque matin avec sa bouteille d'urine dans le jardin d'une dame qui s'était plainte de la présence d'un blaireau", raconte Vinciane Schockert. Cocasse, mais le blaireau n'est pas revenu.

La question des terriers est parfois plus problématique. On nous a rapporté le cas d'un restaurateur dont les travaux d'extension ont été reportés le temps qu'on détermine si le terrier de blaireau installé près de son habitation était de type primaire (celui où il se reproduit et qu'il est interdit de neutraliser) ou secondaire (proche d'une ressource de nourriture et qu'il fréquente occasionnellement). Mais dans tous les cas, des dérogations sont possibles pour permettre le déplacement des animaux lorsque le terrier est problématique sur une propriété privée. "Mais ce sont des situations très rares, dit Vinciane Schockert. Peut-être un cas tous les trois ans."

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