“La ruche au fond du jardin, c’est fini. L’apiculture est devenue technique” : à Rocamadour, depuis 35 ans, ils ont décidé de transmettre leur passion des abeilles en partageant leur savoir-faire
Plus qu'une passion, c'est un véritable savoir-faire que se transmettent les apiculteurs du rucher-école de Rocamadour. Depuis 35 ans, ils partagent les connaissances transmises par leurs aînés ou les expériences acquises grâce à leurs observations des abeilles. Pour découvrir ce monde étonnant, plusieurs d'entre eux nous ont ouvert les portes de cette structure qui accueille aussi bien les apiculteurs débutants que les pratiquants confirmés. À La Borie d’Imbert, le rucher-écol
l'essentiel Plus qu'une passion, c'est un véritable savoir-faire que se transmettent les apiculteurs du rucher-école de Rocamadour. Depuis 35 ans, ils partagent les connaissances transmises par leurs aînés ou les expériences acquises grâce à leurs observations des abeilles. Pour découvrir ce monde étonnant, plusieurs d'entre eux nous ont ouvert les portes de cette structure qui accueille aussi bien les apiculteurs débutants que les pratiquants confirmés. À La Borie d’Imbert, le rucher-école dispose en plus de nouveaux locaux pour former ses 150 adhérents. Dans les pas de ces spécialistes, faisons une immersion dans l'univers de l'apiculture où chaque jour est une nouvelle rencontre avec la nature, qui dicte son rythme, ses règles et désormais ses changements climatiques.
Une légère fumée blanche s’échappe devant la ruche. Sous sa combinaison d’apiculteur, Mathieu Boscus, 31 ans, s’affaire autour de la colonie. En cette fin d’été, la récolte terminée et les hausses retirées, l’hivernage se prépare déjà. "C’est une étape essentielle", explique Olivier du Peloux, président du Rucher-École de Rocamadour. "Le plus important, ce n’est pas la visite de printemps. Là, on ne fait que constater les échecs. Il faut maintenant mettre les colonies dans les meilleures conditions possibles pour passer l’hiver."
Ici, sur le plateau aride de Rocamadour, entre murets de pierre et pelouses sèches, les abeilles doivent aussi composer avec un environnement qui change. "Le changement climatique est indéniable. Avant, la saison se terminait en août. Aujourd’hui, elle est pratiquement finie en juin." Avec quelque 2 000 ruches détenues par ses adhérents dans le Lot, mais aussi en Dordogne et en Corrèze, le rucher-école constitue un vaste réseau d’observation.
Olivier se souvient de son enfance au bord de la Dordogne. "Quand on faisait 50 kilomètres en voiture, le pare-brise était couvert d’insectes. Aujourd’hui, il n’y a presque plus rien." Pour lui, "l’insecte est un indicateur de ce qui est en train de se passer". Parasites, évolution du climat, sélection des reines ou suivi des colonies rendent l’apiculture de plus en plus exigeante. "La ruche au fond du jardin, c’est fini", insiste Olivier. "L’apiculture est devenue technique."
"Cela évite de faire des erreurs chez soi, avec ses propres abeilles."
C’est ce que Mathieu Boscus vient transmettre ici. Son père était déjà adhérent du rucher-école. Devenu apiculteur professionnel, il élève 200 reines par an et intervient régulièrement pour l’entretien et le suivi des colonies. "Au-delà de la théorie qu’on peut trouver ailleurs, ici il y a la pratique. Cela évite de faire des erreurs chez soi, avec ses propres abeilles." À ses côtés, Didier Mazet observe et apprend. Ancien artisan boucher à Gramat, retraité depuis peu, il possède désormais quatre ruches. "Je ne fais que débuter, j’ai beaucoup à apprendre." Il apprécie aussi "la découverte de ce monde animal, les moments partagés et la convivialité". Cette transmission entre apiculteurs expérimentés et débutants est au cœur du fonctionnement du rucher-école.
Apprendre avant d’acheter sa première ruche, sinon c'est l'échec assuré
À 73 ans, Olivier est lui-même passé par là il y a une quinzaine d’années. "Chez mes grands-parents, il y avait des abeilles. J’ai toujours été fasciné." Ancien exploitant forestier, il a attendu la retraite pour se lancer. Il possède aujourd’hui une dizaine de ruches et préside une association forte de près de 150 adhérents. Son conseil aux débutants est sans détour. "La première année, on leur dit de ne pas acheter de ruche. Sinon, ils vont au casse-pipe. C’est du vivant. Il faut apprendre, observer et comprendre." Le rucher-école privilégie la pratique et le partage d’expérience. Le samedi est consacré aux fondamentaux, tandis que les lundis et vendredis permettent d’approfondir des techniques plus pointues. "On mélange les gens qui n’ont jamais ouvert une ruche avec ceux qui ont déjà beaucoup d’expérience." précise Olivier. Et l’apprentissage ne s’arrête jamais vraiment. "Quand on ouvre une ruche, rien qu’au son, on peut savoir si ça va ou pas. On apprend tous les jours quelque chose."
Pour transmettre ces savoir-faire dans de meilleures conditions, encore fallait-il disposer d’un lieu adapté. Après 35 ans d’existence, le rucher-école vient de franchir cette étape à La Borie d’Imbert. De nouveaux locaux à La Borie d’Imbert L’association était installée à l’ESAT Le Pech de Gourbière, dans des locaux devenus trop exigus. "Ça fait dix ans qu’on cherchait une solution. Ici, c’est le cinquième projet !", sourit Olivier.
La solution est venue de l’Association Mutualiste Agricole de Rocamadour, qui disposait d’une ancienne bergerie à proximité de la ferme de La Borie d’Imbert. Un bail de 25 ans a été signé. Les travaux représentent 275 000 euros, financés grâce aux fonds propres de l’association, au mécénat d’entreprises comme Andros, aux dons et au soutien de Cauvaldor. L’ancienne bergerie accueille désormais un espace de vie et de formation de 80 m². À côté, une miellerie de 70 m² permet aux adhérents d’extraire leur miel sur place avec du matériel mutualisé. "On a aujourd’hui un outil que peu de ruchers-écoles possèdent", estime le président.
L’installation change aussi la visibilité de l’association. La ferme voisine accueille 100 000 visiteurs chaque année. Le rucher-école peut désormais envisager davantage de stages ou développer des animations autour des abeilles. "Avant, on ne pouvait pas recevoir de public. Ici, tous les champs du possible sont ouverts." Olivier souhaite aussi créer une section pour les plus jeunes. "Ce sont nos apiculteurs de demain." Une manière de préparer la relève et de prolonger cette transmission qui anime le rucher-école depuis 35 ans. Les nouveaux locaux seront inaugurés le 19 septembre. Pour Olivier, ils doivent surtout permettre de poursuivre ce passage de relais. "Il faut rendre aux autres ce que nous avons nous-mêmes reçu."