La radio hertzienne se bat pour sa survie dans les voitures neuves
L’ensemble du paysage radiophonique français, de Radio France aux radios privées et associatives, fait front commun pour demander au gouvernement de garantir l’accès à la radio hertzienne dans tous le
Publié le 24 septembre 2026 à 19:30 par Sirius
L’ensemble du paysage radiophonique français, de Radio France aux radios privées et associatives, fait front commun pour demander au gouvernement de garantir l’accès à la radio hertzienne dans tous les véhicules neufs. Cette mobilisation répond à la suppression des récepteurs FM et DAB+ par certains constructeurs, qui privilégient des solutions de streaming payantes, soulevant des questions majeures de sécurité civile.
Une initiative commune et inédite secoue le monde de la radio en France. Portée par Radio France, l’Alliance de la Radio (qui regroupe les grands acteurs privés) et les radios associatives, cette action vise à obtenir des garanties législatives fortes. L’objectif est de sanctuariser l’accès direct et gratuit à la diffusion hertzienne (FM et DAB+) dans chaque voiture neuve. Cette levée de boucliers est la conséquence directe d’une stratégie adoptée par plusieurs constructeurs automobiles, notamment américains et asiatiques, qui commercialisent désormais des modèles dépourvus de tuner radio. Ils orientent ainsi les conducteurs vers des applications intégrées nécessitant une connexion internet et souvent un abonnement payant.
Pourquoi cette disparition soudaine est-elle un problème ?
Au-delà de la simple habitude d’écoute, c’est tout le modèle de la radio qui est menacé. Le risque principal est de transformer un média historiquement gratuit et universel en une simple option payante, dépendante d’un accord commercial entre un constructeur et une plateforme de streaming. Ce modèle commercial rompt avec le principe d’un accès libre à l’information et au divertissement que les radios hertziennes ont toujours offert. L'enjeu est de taille, car selon Médiamétrie, près d'un tiers de l'écoute totale de la radio se fait en voiture.
Cette pratique constitue également un habile contournement de la loi de 2020. Cette dernière rendait obligatoire l'intégration de la technologie DAB+ (radio numérique terrestre) dans les véhicules neufs, mais seulement si un système radio était déjà présent. En supprimant purement et simplement le récepteur de base, les fabricants peuvent ainsi échapper à cette règle. Les acteurs du secteur demandent donc une nouvelle législation pour fermer cette brèche et s'assurer que l'équipement reste la norme.
En quoi la radio hertzienne est-elle un enjeu de sécurité nationale ?
L’argument le plus puissant avancé par les professionnels de la radio est celui de la sécurité. La diffusion hertzienne est un média gratuit, anonyme et résilient en cas de crise majeure. Contrairement aux réseaux mobiles et à internet, qui peuvent être rapidement saturés ou mis hors service, la radio est extrêmement robuste. Le Secrétariat général de la Défense et de la Sécurité nationale (SGDSN) a d’ailleurs souligné ce rôle essentiel lors des dernières Assises de la Radio de l’Arcom.
Plusieurs événements récents ont d'ailleurs illustré cette vulnérabilité. Lors des incendies dévastateurs en Gironde, des dizaines de kilomètres de fibre optique ont été détruits. De même, durant la panne électrique géante en Espagne en avril 2025, les antennes relais des opérateurs mobiles ont cessé de fonctionner après une vingtaine de minutes, une fois leurs batteries de secours épuisées. Dans ces situations chaotiques, seule la radio hertzienne a continué à diffuser l’information. Une voiture sans récepteur représente donc un « angle mort pour la sécurité civile ».
Quelles sont les actions concrètes demandées par le secteur ?
La bataille pour la survie de la radio dans l’habitacle se joue sur deux fronts simultanés. Au niveau européen, les discussions autour du Digital Networks Act sont cruciales. Le secteur de la radio demande à la France de défendre l'obligation d'intégrer des récepteurs FM et DAB+ dans tous les véhicules neufs, y compris les utilitaires. Il souhaite aussi garantir une place de premier plan pour la radio sur les consoles multimédia, avec un accès direct et non dissimulé dans des sous-menus.
Sur le niveau national, l'attention se porte sur l'article 2 de la proposition de loi relative à la modernisation de la radio, portée par le sénateur Laurent Lafon. Ce texte vise précisément à verrouiller l'obligation d'équipement en France. L'ensemble des radios attend un avis favorable du gouvernement lors de son examen au Sénat, prévu le 13 octobre 2026. Le message est clair : l'accès à la radio doit être garanti par le législateur, et non laissé à la discrétion du marché automobile.
Journaliste GNT en direct d'Alpha Canis Majoris
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