La présidence de la BCE, l’autre bataille politique
Béatrice Mathieu, Grand Reporter à l’Express, revient sur une question européenne cruciale : la succession périlleuse à la tête de la Banque Centrale Européenne.Commençons d'abord par le lieu de cette bataille ...
Béatrice Mathieu, Grand Reporter à l’Express, revient sur une question européenne cruciale : la succession périlleuse à la tête de la Banque Centrale Européenne.
Commençons d'abord par le lieu de cette bataille : Francfort, en Allemagne, et plus précisément le siège de la Banque Centrale Européenne, cette institution - indépendante - qui gère notre monnaie commune, l'euro. La BCE, donc, est présidée depuis 2019 par Christine Lagarde, et le mandat de la Française court officiellement jusqu'en octobre 2027.
Un des postes parmi les plus influents en Europe, et peut-être même encore davantage que celui de la présidence de la Commission Européenne. Or les rumeurs d'un départ anticipé de Christine Lagarde enflent depuis des semaines. A tel point que le comité du personnel de la BCE lui a adressé il y a quelques jours un courrier lui demandant expressément de clarifier sa situation.
Mais pourquoi Christine Lagarde partirait-elle avant octobre 2027 ?
Parce que dans le calendrier grégorien, avant le mois d'octobre, il y a mai : le 2 mai 2027, date du second tour de l'élection présidentielle en France. Et ça, ça chamboule tout.
Conformément au traité qui régit le fonctionnement de l'euro, c'est le Conseil européen, composé des présidents et chefs de gouvernement des pays membres qui s'accorde sur le nom du pilote de la BCE.
Or les deux candidats aujourd'hui en tête dans les sondages, Marine Le Pen et Jean-Luc Mélenchon, n'ont cessé ces dernières années d'attaquer la politique de la BCE et, en creux, son indépendance. Des critiques qui font tousser en Allemagne, aux Pays-Bas, en Finlande, et même en Italie où Mario Draghi, l'ancien président de la BCE, a presque été déifié.
Avec le risque si l'un ou l'autre accède à l'Elysée que la nomination du successeur de Christine Lagarde tourne à la crise politique européenne. Un problème résolu évidemment si la Française démissionne bien avant le mois de mai.
Nul doute dans ce cas-là, qu'aux deux extrêmes de l'échiquier politique français, on parlera de mic-mac, d'arrangements entre amis et de confiscation démocratique.
Et il a déjà des candidats en lice ?
Oui et c'est d'ailleurs la deuxième bataille politique. L'Allemagne aurait aimé pousser son candidat, l'actuel président de la Bundesbank, mais elle a déjà le poste de de la Commission européenne avec Ursula Von der Leyen. La France très affaiblie politiquement sur la scène européenne a peu de chance de conserver le job. L'Italie, elle, l'a déjà eu avec Mario Draghi.
Alors, deux noms circulent avec insistance. Celui du néerlandais Klaas Knot, soutenu par les pays du nord de l'Europe et celui de l'Espagnol Pablo Hernandez de Cos, l'Espagne, forte de sa remontada économique, rêvant de peser davantage en Europe.
Et qu'est-ce que cette guerre de succession peut changer, pour nous, en France ?
On le sait, la France a un gros problème de finances publiques. Et qu'en cas de pépin sur la dette française et les taux d'intérêt, tous les regards se tourneront vers Francfort, la BCE et son futur président. Volera-t 'il au secours de la France – parce que C'EST LA FRANCE ! - ou laissera-t 'il les marchés financiers nous faire payer notre incurie budgétaire ? Voilà la grande inconnue de cette succession.