La poule, un oiseau raisonné, capable de compter !
Pour retrouver l'épisode dont est issu cet article, rendez-vous sur Bêtes de sciences. © FuturaLa poule, bien plus qu’un animal de fermeNous marchons sur un sol recouvert de paille. Au-dessus de nos têtes, un t...
Pour retrouver l’épisode dont est issu cet article, rendez-vous sur Bêtes de sciences. © Futura
La poule, bien plus qu’un animal de ferme
Nous marchons sur un sol recouvert de paille. Au-dessus de nos têtes, un toit en bois nous abrite du vent qui souffle dehors. Au loin, les cochons grognent, les brebis bêlent et les cloches des vaches sonnent. Nous sommes dans un poulailler, au cœur d’une ferme ! Très vite de petites boules toutes jaunes forment un attroupement à nos pieds. Ce sont des poussins. Leurs mamans ne devraient pas tarder à arriver. Car la star du jour, c’est la poule : Gallus gallus domesticus. Ce drôle d’oiseau dodu approche. (son de poule qui approche) Admire son plumage : il peut être roux, noir, blanc, tacheté ou encore doré. Sa petite tête est surplombée par une crête rouge et molle. Ses yeux sont petits et perçants. Tandis que de son bec pointu, pendent des bouts de peau rouges, appelés barbillons.
Les poules de cette ferme sont des poules rousses au plumage cuivré. Elles ont de grandes ailes et peuvent voler, mais elles volent bas et peu longtemps. En fait, elles sont bien plus à l’aise sur la terre ferme, où leurs pattes fines mais terminées par trois longs doigts leur assurent une excellente stabilité. Elles peuvent même sprinter ! Observe-les se déplacer en se dandinant. Malgré leurs mouvements, leur tête reste droite. Cette capacité à garder sa tête fixe lorsque son corps bouge, la poule la partage avec de nombreux oiseaux. C’est ce que l’on appelle le réflexe optocinétique. C’est à lui que la poule doit sa drôle de façon d’avancer en projetant sa tête en avant par à-coups. Ce réflexe lui permet de garder une vision nette de son environnement malgré la rapidité de ses mouvements. Et oui, nos chères poules sont pleines de vivacité !
Pendant la journée, les poules se promènent, grattent la terre à la recherche d’insectes ou picorent des graines. À la nuit tombée, c’est le retour au poulailler où chacune se trouve une petite place pour passer la nuit au chaud. Entre le printemps et la mi-automne, toutes les 24 heures environ, la poule pond un œuf qui sera ramassé par la fermière pour être mangé. Les poules aiment pondre dans un nid qu’elles fabriquent elles-mêmes et elles couvent leurs œufs avec attention.
Une vie sociale complexe et codifiée
À les voir s’agiter dans tous les sens en picorant le sol à leurs pieds, on a l’impression que ce poulailler est un joyeux bazar. Mais ne t’y trompes pas, la poule est un animal social : chacune a une place précise dans le groupe. Il y a la grande cheffe, qui dirige tout le monde, la sous-cheffe, qui dirige tout le monde sauf la grande cheffe, et ainsi de suite. Tout au long de la journée, les poules cherchent un insecte à se mettre sous le bec, elles s’occupent de leurs petits ou se toilettent, en nettoyant leurs plumes avec leur bec ou en s’adonnant à des bains de poussière. Et tout ce petit monde discute ! La poule émet différents sons pour communiquer avec ses congénères. On dit qu’elle caquette quand elle pond, qu’elle cloque quand elle parle à ses œufs ( oui la poule parle à ses bébés ! ) ou encore qu’elle glousse, quand elle converse avec ses congénères. C’est une sacrée pipelette !
Voilà le mâle de la poule, le coq, qui arrive. Il est reconnaissable à sa grande taille, ses couleurs chatoyantes, sa crête et ses barbillons plus développés ainsi que sa queue en panache de plumes. Son cri est aussi bien connu, c’est le fameux cocorico ! Depuis plusieurs milliers d’années, la poule est un animal domestique. Mais malgré sa proximité avec les humains, elle a longtemps été considérée comme un animal simplet voire totalement idiot. Elle a souffert de sa comparaison avec les autres oiseaux comme les corbeaux et les corneilles réputés pour être sacrément malins. Pourtant la poule est pleine de surprises et tu vas le voir, elle ne manque pas d’intelligence.
Des capacités cognitives étonnantes
Les scientifiques se sont intéressés à la façon dont la poule perçoit le monde. Ils ont par exemple mené une expérience avec des poussins âgés de seulement cinq jours. Pendant l’expérience, les poussins devaient choisir entre deux boîtes : l’une avec un jouet, l’autre avec plusieurs jouets. Spontanément, les poussins se dirigeaient vers la boîte contenant le plus de jouets. À cinq jours à peine, les poussins sont donc déjà capables de compter, ou d’estimer une quantité pour faire le bon choix et pouvoir s’amuser avec un maximum de jouets. Les poules sont donc douées pour les mathématiques. Mais leurs capacités ne s’arrêtent pas là. Tu te souviens de leur passion pour les bavardages ? Et bien la poule utilise pas moins de vingt-quatre vocalisations pour s’exprimer. Vingt-quatre types de sons, chacun avec un but précis. Les scientifiques ont découvert qu’elle utilise des cris d’alerte spécifiques pour prévenir le groupe de l’arrivée d’un prédateur. Cette capacité à utiliser des sons précis pour s’exprimer est souvent associée aux primates, comme le chimpanzé, ou aux cétacés comme la baleine. Mais la poule, elle aussi, en est capable !
Capable de compter, capable de communiquer, la poule sait aussi se contrôler. Imaginons que je te donne un bonbon et que je te dise : « si tu ne manges pas ce bonbon tout de suite, alors tu auras droit à deux bonbons» . Que ferais-tu ? Est-ce que tu mangerais le bonbon tout de suite et tant pis pour la récompense ? Ou est-ce que tu préfèrerais attendre pour en manger deux ? Pour la poule, la réponse est simple : elle se retient pour obtenir une récompense plus importante. C’est ce que l’on appelle le contrôle de soi. C’est aussi la preuve que la poule raisonne, elle réfléchit et adapte son comportement en fonction de ce qu’elle apprend. Incroyable n’est-ce pas ?
La poule est donc sacrément futée, mais c’est aussi un animal doté de sentiments, et même, d’empathie. Des études sur le sujet ont démontré que les poules peuvent se sentir déçues si la nourriture qu’elles attendent ne leur est pas servie comme prévu. D’autres, qu’elles rougissent si elles sont contentes ou deviennent écarlates si elles ont très peur. Oui, exactement comme toi quand tu rougis parce que tu es embarrassé par exemple. Cet animal de la ferme, longtemps délaissé parce que jugé banal, mène en réalité une vie complexe, faite d’interactions sociales, de raisonnements et pleine d’émotions.