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La petite finale de la Coupe du monde, ce match mal-aimé que la Fifa défend mordicus depuis près d’un siècle

France-Angleterre, sur le papier, c'est une belle affiche. Mais dans le contexte d'un match sans grand enjeu avec des joueurs et des staffs démobilisés, ça risque de perdre une grande partie de sa saveur.

France-Angleterre, sur le papier, c'est une belle affiche. Mais dans le contexte d'un match sans grand enjeu avec des joueurs et des staffs démobilisés, ça risque de perdre une grande partie de sa saveur.

France Télévisions

Publié le 18/07/2026 06:42

Temps de lecture : 5min

Les médailles de bronze distribuées aux Croates, victorieux de la petite finale de la Coupe du monde 2022 contre le Maroc, à Doha (Qatar), le 17 décembre 2022. (PASCAL BITZ / FIFA / GETTY IMAGES)
Les médailles de bronze distribuées aux Croates, victorieux de la petite finale de la Coupe du monde 2022 contre le Maroc, à Doha (Qatar), le 17 décembre 2022. (PASCAL BITZ / FIFA / GETTY IMAGES)

Didier Deschamps va-t-il connaître la malédiction de la petite finale, énoncée par l'ancien sélectionneur néerlandais Louis Van Gaal en 2014 ? "Vous pouvez faire un tournoi fantastique et partir sur deux défaites. Cette rencontre n'a rien à voir avec le football", avait tonné le coach batave, vraiment pas fan de ce lot de consolation de fin de compétition. Ce match mal né, mal aimé et vite oublié, constitue un des grands mystères du tournoi le plus suivi de la planète, quand l'Euro a abandonné l'idée en 1980 et qu'il n'en a jamais été question pour les compétitions de clubs. Nouvel exemple avec le France-Angleterre du samedi 18 juillet à 23 heures, à Miami (Etats-Unis) ?

La rencontre pour la troisième place est née d'un malentendu. Lors de la Coupe du monde inaugurale, en Uruguay en 1930, une incertitude demeure sur l'identité du troisième, derrière le pays hôte et l'Argentine. La Fifa contribue alors fortement à entretenir ce flou artistique. Jusqu'en 1984, peu de gens y accordent la moindre importance. Mais cette année-là, l'organisme qui régit le foot mondial produit un document plaçant la Yougoslavie sur le podium, grâce à une victoire 3-1 sur les Etats-Unis, dans un match opposant les deux vaincus des demi-finales, rapporte la fondation RSSSF, qui archive des statistiques sur le football. Cependant, les historiens doutent que le match ait vraiment eu lieu. Les Yougoslaves se seraient même fait porter pâles, excédés par la qualité de l'arbitrage maison, favorable à l'Uruguay, qui les avait écrasés 6-1 en demi-finale, raconte Hyder Jawad, dans son livre Four Weeks In Montevideo : The Story of World Cup 1930. D'où une version amendée deux ans plus tard, donnant cette fois les Etats-Unis troisièmes, grâce à une meilleure différence de buts.

Affaire classée ? Pas du tout. En 2010, le fils de celui qui était chef de la délégation yougoslave en 1930 affirme haut et fort dans le journal Politika qu'une médaille de bronze a été décernée à l'équipe yougoslave. Les descendants d'un joueur de l'époque peuvent en attester... Tout comme ceux du capitaine américain, qui l'ont ensuite mise aux enchères. Il semblerait finalement, après redécouverte d'archives en Uruguay et du livre de référence Association Football, publié dans les années 1960, qu'à l'époque, les deux pays avaient été déclarés troisièmes ex-aequo.

C'est bien avant ces découvertes et après le flou de 1930 que la Fifa programme sa première petite finale en bonne et due forme, en 1934. A l'exception du tournoi 1950, elle s'y tiendra pour chaque édition du Mondial. Les matchs sont spectaculaires (quatre buts de moyenne) à défaut d'être vraiment mémorables. C'est souvent l'occasion pour les meilleurs buteurs de parfaire leurs stats. Just Fontaine, qui inscrit quatre buts contre la RFA en 1958 dans la victoire fleuve des Tricolores 6-3 pour décrocher la médaille de bronze, ne dirait pas le contraire. Sans ce match sans enjeu majeur, le meilleur buteur sur une seule Coupe du monde aurait été le Hongrois Sandor Kocsis (11 buts en 1954) et son nom ne serait pas répété tous les quatre ans pour rappeler un record inaccessible.

On peut catégoriser plusieurs types de petites finales. Les pays qui lâchent le match sont souvent ceux qui se voyaient en finale, ou qui ont même touché du doigt la qualification, comme la France de Michel Platini, fauchée par la RFA et le gardien aux sorties kamikazes, Harald Schumacher, une chaude soirée de juillet 1982 à Séville. Démotivés, les Bleus alignent une équipe exsangue contre la Pologne, Platini fait banquette et assiste à la défaite des siens face à la Pologne (2-3). Même punition pour le Brésil, humilié à la maison en 2014 (7-1) en demi-finale par l'Allemagne et enfoncé par les Pays-Bas lors de ce match pour la troisième place (3-0).

Michel Platini, entouré de Henri Michel et de Jean Tigana, arbore sa médaille de bronze du Mondial 1986 après la victoire de France contre la Belgique, le 28 juin 1986 à Puebla, au Mexique. (STAFF / AFP)
Michel Platini, entouré de Henri Michel et de Jean Tigana, arbore sa médaille de bronze du Mondial 1986 après la victoire de France contre la Belgique, le 28 juin 1986 à Puebla, au Mexique. (STAFF / AFP)

Cette rencontre peut offrir un lot de consolation au pays hôte afin de finir sur une bonne note, comme l'Allemagne, troisième de son Mondial à la maison en 2006. Les théoriciens du foot outre-Rhin y voient même les fondations de l'équipe titrée huit ans plus tard au Brésil. L'occasion pour un petit pays de parachever son épopée (la Croatie en 1998) ou de réaliser le meilleur résultat de son histoire (la Belgique en 2018). En Suède, cette rencontre est même appelée "le match pour le bronze" depuis 1994 et la victoire de l'équipe nationale face à des Bulgares démotivés (4-0). L'image qu'on en retient n'est pas l'un des buts victorieux des Scandinaves, mais le gardien Thomas Ravelli qui, de joie, enchaîne les cabrioles dans sa surface de réparation pendant le temps additionnel, quand le jeu se déroule de l'autre côté du terrain.

Le gardien suédois Thomas Ravelli fait des cabrioles sur le terrain pendant la petite finale Suède-Bulgarie, le 16 juillet 1994 à Pasadena (Californie). (Christian Liewig / Corbis Sport)
Le gardien suédois Thomas Ravelli fait des cabrioles sur le terrain pendant la petite finale Suède-Bulgarie, le 16 juillet 1994 à Pasadena (Californie). (Christian Liewig / Corbis Sport)

C'est d'ailleurs la dernière fois, en 1994, que le match pour la troisième place se déroule dans le même stade que la finale, en l'occurrence le Rose Bowl de Pasadena, en Californie. L'enceinte fait le plein pour l'occasion, avec 91 000 spectateurs, comme pour Brésil-Italie, la "vraie" finale, le lendemain. Depuis, l'usage veut de reléguer ce match dans une enceinte de moindre importance : le Parc des Princes à défaut du Stade de France en 1998, Saint-Petersbourg et pas Moscou pour le Mondial 2018 en Russie, Brasilia au lieu du Maracana de Rio de Janeiro quand la compétition se déroule au Brésil en 2014...

Cohérente, la Fifa impose également un match pour la troisième place pour la Coupe du monde féminine. Et quand le sélectionneur anglais Gary Neville fait la fine bouche devant un match "dénué de sens" en 2015, Siobhan Chamberlain, une de ses joueuses, lui rétorque sèchement : "Allez expliquer aux 23 joueuses du Canada, [l'adversaire de cette rencontre], que ce match pour la médaille de bronze n'a aucun sens. Gagner cette médaille représente un aboutissement. Et je peux vous garantir qu'on la veut autant que les filles en face."

Histoire de donner une petite carotte aux fédérations, la Fifa accorde un prize money, ces gains qu'empoche l'équipe selon ses résultats, légèrement supérieur au vainqueur de ce match de consolation par rapport à celui des vaincus (29 millions de dollars contre 27, en 2026) depuis 2010. Peut-être plus incitatif que la distribution de médailles de bronze, tradition inspirée des Jeux olympiques.

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