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“La nécessité m’y contraint”: Johan Bonny, évêque d’Anvers, s’est rendu à Rome et entend franchir un pas inédit

Le manque de prêtres se fait particulièrement sentir dans les diocèses flamands, notamment dans celui d'Anvers. C'est dans ce contexte que Mgr Johan Bonny a décidé, en mars dernier, de prendre une initiative qu...

Le manque de prêtres se fait particulièrement sentir dans les diocèses flamands, notamment dans celui d'Anvers. C'est dans ce contexte que Mgr Johan Bonny a décidé, en mars dernier, de prendre une initiative qui, si elle aboutit, constituerait une évolution majeure pour l'Église catholique en Belgique : ordonner des hommes mariés dans son diocèse. Six mois après l'annonce de son projet, où en est l'initiative de l'évêque d'Anvers ?

La Flandre a épuisé ses réserves

Pour Mgr Bonny, la pénurie de prêtres ne se résume pas au nombre de messes à assurer le dimanche : c'est toute la présence pastorale de l'Église qui s'en trouve fragilisée. "Aujourd'hui, le diocèse d'Anvers ne compte plus que 70 prêtres de moins de 70 ans. Deux tiers d'entre eux sont d'origine étrangère. En ville comme à la campagne, de nombreux prêtres se pressent d'un clocher à l'autre", déplore l'évêque. Une situation inédite : jamais un prêtre néerlandophone n'avait, selon lui, connu une charge pastorale aussi lourde. Et cette pénurie se fait sentir bien au-delà des paroisses. "Dans notre diocèse, plus aucun prêtre n'est rattaché à un hôpital, à un mouvement de jeunesse ou à une école. Sur les cinq établissements pénitentiaires de la province d'Anvers, un seul dispose encore d'un aumônier attitré. C'est largement insuffisant", ajoute Mgr Bonny.

L'évêque d'Anvers Johan Bonny entend ordonner prêtres des hommes mariés et met le Vatican au pied du mur

Pour Mgr Bonny, le recours à des prêtres étrangers — qui ne maîtrisent pas toujours le néerlandais — ne constitue toutefois pas une solution durable.

Deux cardinaux et le pape sont au courant

C'est dans ce contexte que l'évêque flamand entend franchir un pas inédit. Sa démarche, dit-il, n'est pas idéologique, mais pragmatique : "La nécessité m'y contraint." Reste à savoir jusqu'où il pourra la porter. Car Mgr Bonny ne peut mener cette démarche à son terme sans l'accord de Rome.

Avant tout, Mgr Bonny précise que sa démarche ne se situe pas en dehors de la réflexion menée au sein de l'épiscopat belge. "Nous avons discuté de cette question au sein de la Conférence épiscopale. Nous en avons aussi parlé avec le pape François lors de notre dernière visite ad limina à Rome", assure-t-il.

Selon Mgr Bonny, ses confrères évêques partagent son avis sur la question. Néanmoins, pour l'archevêque Luc Terlinden, le projet d'aller jusqu'à ordonner des hommes mariés demeure une démarche de l'évêque d'Anvers.

La nuance est importante. Si les évêques ne sont pas opposés à l'idée de réfléchir à l'ordination d'hommes mariés, la question est désormais de savoir si l'Église en Belgique est prête à porter cette proposition collectivement et à demander à Rome qu'une telle expérience puisse être menée dans un diocèse comme celui d'Anvers.

"Ce serait un enrichissement pour l'Église" : l'archevêque de Bruxelles relance le débat sur l'ordination d'hommes mariés

Cette démarche auprès de Rome est essentielle. L'évêque d'Anvers ne peut pas, à lui seul, modifier la règle applicable dans l'Église latine. Une éventuelle ordination d'hommes mariés nécessite l'accord du pape.

Pour ce faire, Johan Bonny s'est rendu à Rome, en juin dernier, de sa propre initiative. "J'ai rencontré le cardinal sud-coréen Lazarus You Heung-sik, responsable du Dicastère pour le clergé et le cardinal Mario Grech, le secrétaire général du Synode des évêques. Je leur ai expliqué, chiffres à l'appui, que la Flandre avait épuisé ses réserves. Ils m'ont dit qu'ils allaient en parler au pape Léon", expose Mgr Bonny.

En août dernier, l'archevêque Luc Terlinden, les évêques Patrick Hoogmartens (Hasselt) et Jean-Pierre Delville (Liège), ainsi que le secrétaire général Bruno Spriet, se sont également rendus à Rome pour échanger avec le pape sur les réalités concrètes vécues par l'Église catholique dans notre pays.

L'initiative de l'évêque d'Anvers d'ordonner des hommes mariés a-t-elle été évoquée au cours de cet entretien ? Mgr Bonny suppose que oui, mais le contenu de l'échange n'a pas été rendu public, et il n'en dira pas davantage. Le prélat reste néanmoins optimiste.

Une préparation à l'abri du regard des médias

En attendant, les préparatifs à Anvers se poursuivent. L'évêque a identifié plusieurs candidats à l'ordination sacerdotale. Ceux-ci bénéficient d'une formation théologique et pastorale comparable à celle des futurs prêtres. Cette préparation est menée "de manière transparente et discrète, à l'abri du regard des médias", insiste-t-il.

"Les critères retenus pour les candidats sont les mêmes que pour les diacres permanents", rappelle Johan Bonny. Les candidats doivent être âgés d'au moins 35 ans, leur épouse doit donner son accord, ils doivent avoir une vie de famille stable et, évidemment, ne plus avoir d'enfants en bas âge.

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