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La mone de Campbell combine ses cris comme les humains agencent leu…

Sais-tu quel animal pousse des cris qu’il combine un peu comme nous, nous organisons des mots dans une phrase ? Aujourd’hui, on va parler d’un singe bien particulier, la mone de Campbell dans Bêtes...

Pour retrouver l’épisode dont est issu cet article, rendez-vous sur Bêtes de sciences. © Futura

Merveilles du parc de Taï

Nous voici non loin de l’équateur, dans un pays d’Afrique qui donne sur le golfe de Guinée : la Côte d’Ivoire. Bienvenue au parc national de Taï, un endroit unique où la faune et la flore sont protégées comme des trésors. Cette réserve est inscrite au patrimoine mondial de l’Unesco, l’organisation des Nations-Unies pour l’éducation, la science et la culture depuis 1982. Il faut dire que cette forêt est bien particulière : c’est une forêt tropicale primaire, cela signifie qu’elle n’a pas été modifiée ou défrichée par l’humain. C’est devenu rarissime à notre époque, où l’on a beaucoup exploité les forêts autour de nous.

Alors, forcément, c’est un vrai carnaval de formes et de couleurs qui se déploie tout autour ! Ici, il fait chaud et humide toute l’année ! Le parc est connu pour ses groupes de chimpanzés, nos plus proches cousins, dont Gaby t’a déjà parlé dans un épisode précédent, qui sont très étudiés pour leur utilisation d’outils. Mais on y croise également, en plus des milliers d’espèces végétales, des centaines d’espèces d’amphibiens, d’insectes et d’oiseaux, comme ce calao pygmée qui chante au-dessus de nos têtes. 

Un drôle de singe coloré

Ouvre bien les yeux et les oreilles, notre héros du jour peut aussi bien être dans les branches en hauteur qu’au sol…Oh les voilà ! Il y a 3 individus au-dessus de nous, dans les feuilles, et deux autres devant nous sur la droite. Tu les vois ? D’autres ont l’air de fouiller dans la végétation plus loin…ces voisins curieux, absorbés par leur recherche de nourriture, ce sont des mones de Campbell, des singes de la famille des cercopithèques, ce qui signifie littéralement singes à queue. Leur nom latin est, sans trop de surprise, Cercopithecus campbelli. 

On reconnaît aisément les mones de Campbell à leurs jolies couleurs. Leurs yeux marrons clairs, sont entourés d’un masque gris foncé qui descend jusqu’à leur nez. Leur museau et leurs lèvres sont roses. Autour de leur masque, on peut observer une bande blanche de fourrure, qui tire ensuite vers le marron, puis vers le gris foncé un peu bleuté. Leurs poils forment comme d’épais favoris et une barbe, entourant leur visage d’une mini-crinière touffue. Leur poitrine ainsi que l’intérieur de leur bras et jambes sont également colorés en blanc ! Ce sont des singes de taille moyenne, qui atteignent le poids courant d’un chat domestique.

Les mones de Campbell pèsent entre 3,5 et 5,5 kilos pour les individus les plus lourds. Il existe un dimorphisme, une différence visible entre les femelles et les mâles, ces derniers sont plus gros et plus grands que les femelles. 

Un groupe bien organisé

Les mones de Campbell mangent essentiellement des fruits, qu’elles trouvent dans la forêt, et dans les plantations humaines. Elles peuvent aussi grignoter un peu de feuilles et de fleurs. Et quand la saison sèche arrive, elles se rabattent sur les insectes. Chose plus surprenante, lorsqu’ elles font leur marché, les mones de Campbell se retrouvent très souvent en association avec d’autres espèces de singes, notamment les cercopithèques Diane et les colobes olive. Ainsi les singes peuvent se déplacer ensemble à la recherche de nourriture, pendant que certains font les sentinelles et donnent l’alarme quand un prédateur s’approche. Il est même arrivé que des individus d’espèces différentes jouent ensemble ! De cette façon, tout le monde y gagne. 

Comme de nombreux autres primates, les mones de Campbell sont des singes sociaux, qui vivent en groupe organisés. Mais mâles et femelles ont des habitudes différentes. Les individus s’organisent en harem, c’est-à-dire avec un mâle dominant qui surveille et défend le territoire, et un groupe de femelles avec leurs petits. Le mâle est le père de tous les bébés du groupe. Les jeunes mâles, ses fils, quittent la société quand ils deviennent adultes pour fonder leur propre famille.

Mais l’une des particularités des mones de Campbell, et ce qui fait qu’elles ont attiré l’attention des scientifiques, c’est leur système de communication, les cris que les singes poussent pour s’informer les uns les autres. Tu vas voir, c’est passionnant ! 

Des cris qui ont du sens !

Comme elles vivent dans une forêt épaisse à la végétation quasi impénétrable, les Mones de Campbell ont développé tout un tas de cris pour s’informer les unes les autres et garder le contact. Le son, cela circule bien, même dans la forêt, où l’on ne voit pas bien loin. Les femelles poussent des cris de contact pour garder le lien entre elles, même quand elles se perdent de vue. Le mâle dominant, lui, joue les sentinelles en se plaçant en hauteur et crie pour informer le groupe.

Par exemple, pour réunir tout le monde avant de partir ailleurs, le mâle émet un cri grave qui peut être entendu de très loin, et qu’il est le seul à produire : le boum. Il prévient aussi son groupe s’il capte la présence d’un prédateur. Mais attention, nos mones de Campbell sont précises et emploient des cris différents selon le danger détecté !

Mais c’est un événement rare et difficile à suivre pour des scientifiques. Alors, pour compléter ces observations faites spontanément en nature, lorsque les singes croisent un prédateur, le scientifique Karim Ouattara et son équipe ont aussi installé des leurres, des faux prédateurs, et ils ont diffusé leurs cris, pour ainsi documenter plus d’interactions entre les singes et leur prédateurs. 

Les scientifiques ont alors enregistré les cris poussés par les mones de Campbell en cas de danger et leurs travaux ont été publiés en 2009. Ils ont pu constater que les mâles émettent un krak quand ils voient ou entendent un léopard et un hok s’ils aperçoivent un aigle couronné. Selon que le prédateur arrive du ciel ou du sol, les mones de Campbell se mettent à l’abri différemment. C’est déjà très fort…mais ce n’est pas tout !

Des suffixes et une proto-syntaxe !

Quand une perturbation moins grave se présente, les mâles adaptent leurs cris , ils peuvent y ajouter un autre son, accolé à la fin du premier cri. On appelle celà un suffixe, car il suit le cri principal. Ainsi, si une antilope passe près d’eux, le mâle produit un krak-ou, il part du son krak “attention léopard”, et le suffixe -ou, généralise l’alerte à un danger venant du sol. Et si une branche tombe d’un arbre, il pousse le cri hok-ou, pour indiquer quelque chose de louche venant du ciel. Le suffixe -ou change la signification du 1er cri, qui signale un aigle et rend l’alarme moins urgente.
Les mones de Campbell ne sont pas les seuls animaux à utiliser des cris différents selon le danger qui les menacent. D’autres primates, comme les cercopithèques Diane ou les singes vervets le font également. Mais là, où nos mones de Campbell ont surprises les scientifiques, c’est qu’elles peuvent combiner tous ces cris boum, krak, hok, krak-ou et hok-ou pour donner un autre sens à leur message. Les singes peuvent ainsi composer des longues vocalisations qui comportent jusqu’à 25 cris ! 

Des éléments communs de langage

En agençant leurs cris, comme des mots, selon un ordre précis, les mones de Campbell recréent une des particularités de notre langage à nous, et que l’on appelle la syntaxe. C’est cette règle qui explique par exemple que dans la phrase “Il part en vacances”, on place le sujet “Il” avant le verbe “part” pour comprendre qui fait quoi !
Aussi, comme lors de nos discussions, les Mones de Campbell, et plus particulièrement les femelles, respectent des tours de parole. Lorsqu’elles émettent des cris de contact , elles vocalisent les unes après les autres, de la même façon que nous évitons de couper la parole à la personne avec laquelle on discute. Chacune attend son tour. Les jeunes mones de Campbell y arrivent moins bien, et ont tendance à crier en même temps que leurs amis. Mais les jeunes singes apprennent cette règle de tour de parole en grandissant.

Notre langage parlé a longtemps été présenté comme unique à l’être humain et reste une caractéristique un peu spéciale. En effet, nous pouvons évoquer des événements du passé, du futur, des choses imaginaires… un niveau de complexité et d’abstraction que nous n’avons pas encore trouvé ailleurs dans le règne animal.

Cependant, nous partageons bien certaines caractéristiques du langage comme ici, la syntaxe, avec les mones de Campbell qui ont décidément plein de choses à dire !