“La mayonnaise ne prend pas”: le début de campagne délicat de Bruno Retailleau, à la peine dans les sondages et face au défi de convaincre son propre camp
Pris en étau entre Marine Le Pen et Édouard Philippe, le candidat des Républicains n'arrive pas, pour l'instant, à passer le mur du son. Ses proches continuent d'y croire, persuadés que la campagne présidentielle ne fait que commencer et que la persévérance de l'ancien ministre de l’Intérieur va...
"La mayonnaise ne prend pas": le début de campagne délicat de Bruno Retailleau, à la peine dans les sondages et face au défi de convaincre son propre camp
Publié aujourd'hui à 07h50
Lire dans l'appBFMMarie-Pierre Bourgeois

Bruno Retailleau à Boulogne-Billancourt le 31 août 2026 - SIMON WOHLFAHRT / AFP
Pris en étau entre Marine Le Pen et Édouard Philippe, le candidat des Républicains n'arrive pas, pour l'instant, à passer le mur du son. Ses proches continuent d'y croire, persuadés que la campagne présidentielle ne fait que commencer et que la persévérance de l'ancien ministre de l’Intérieur va finir par payer.
"Aucune inquiétude". À quelques heures de leur rentrée politique à Nogent-sur-Marne ce samedi 12 septembre, le camp de Bruno Retailleau a officiellement le sourire, comme le résume auprès de BFM l'un de ses porte-paroles Pierre-Henri Dumont.
"La campagne n'est pas encore lancée, on est très loin du premier tour", assène le secrétaire général adjoint des Républicains.
Pourtant, de sondage en sondage, le candidat des LR à la présidentielle ne décolle pas. Dans le dernier sondage Elabe pour La Tribune dimanche et BFMTV, l'ancien ministre de l’Intérieur récolte seulement entre 6 à 9% des intentions de vote en fonction des scénarios, très loin donc du second tour. Testé notamment face à Édouard Philippe, le sénateur de Vendée ne dépasse pas les 7%.
"Colline après colline"
Sur le papier, le candidat a pourtant une méthode bien définie qu'il présente comme une stratégie "colline après colline" pour conquérir l'Élysée. Autrement dit, on prend les difficultés les unes après les autres, sans panique, et on avance sur la route escarpée de la présidentielle.
Patiemment, le président des LR présente ses propositions, tout comme les autres candidats. Fin août, il parlait écoles et prônait, par exemple, la fin du collège unique. Dans quelques jours, il s'attaquera à la question des retraites en prônant l'allongement de l'âge de départ à la retraite - de nouveau fixé à 62 ans après la suspension de la réforme qui le fixait à 64 ans.
L'ancien patron des sénateurs LR promet également de lancer rapidement une réforme constitutionnelle pour que le résultat d'un référendum puisse "primer" sur la Constitution, voulant mettre fin à la primauté du droit européen sur le droit français et en finir avec le droit du sol.
"Il fait de son mieux mais on stagne"
Il s'astreint également à labourer le terrain. Il était ainsi la semaine dernière à l'incontournable foire de Châlons-en-Champagne et sait répondre aux incontournables polémiques d'une présidentielle, de l'interdiction du voile défendue par une partie du Rassemblement national, dont il dénonce "le populisme", à la proposition de LFI de revenir sur l'interdiction de l'abaya dans les établissements scolaires, à laquelle il s'oppose farouchement.
Bruno Retailleau est donc appliqué dans son rôle de candidat, mais sa campagne ne décolle pas. Même parmi son entourage, on est inquiet.
"Je ne vais pas vous dire que tout se passe bien. Il fait de son mieux, mais on stagne. La mayonnaise ne prend pas", reconnaît, lucide, un sénateur pourtant proche de lui.
De quoi laisser planer le spectre d'une campagne sous forme de chemin de croix.
"C'est vrai qu'une campagne, c'est dur, et que si vous la démarrez déjà mal en point, ce n'est pas facile", reconnaît le même parlementaire, avant d'évoquer un exemple plutôt surprenant pour la droite: celui de François Hollande.
Avant de faire son entrée à l'Élysée au printemps 2012, l'ancien premier secrétaire du PS avait plafonné pendant des mois sous la barre des 5%. Il s'était finalement imposé au sein de la primaire socialiste, à la faveur notamment de l'explosion en plein vol de Dominique Strauss-Kahn. Bruno Retailleau peut-il lui aussi avoir un alignement des planètes qui lui permettrait de faire décoller sa candidature?
"Il faut tenir la route, montrer qu'on a une ligne solide, persévérer. Ça va finir par le faire", veut croire l'un de ses porte-paroles de campagne, Jonas Haddad.
Pris en étau
L'espace politique du candidat LR semble pour l'instant limité, coincé entre Édouard Philippe, qui a droitisé son discours ces dernières semaines (avec notamment des propositions sur le narcotrafic) et Marine Le Pen, aux propositions économiques éloignées de celles des LR, mais aux convictions très étayées sur l'immigration et l'insécurité.
Surtout, le candidat Horizons ne cesse de multiplier les mains tendues à Bruno Retailleau. Ce mardi, il proposait ainsi de réunir les différents candidats de la droite et du centre début novembre pour discuter d’un rassemblement. Pour l'instant, l'ancien locataire de la Place Beauvau s'y refuse farouchement.
Mais est-ce que Bruno Retailleau peut vraiment continuer à maintenir sa candidature s'il ne décolle pas dans les sondages? La question est ouverte.
"Soit il se maintient mais fait une campagne à bas coût. Et quand vous faites à l'économie, vous ne risquez pas de décoller dans les sondages. Soit il se retire, mais franchement je n'y crois pas un instant", tranche un député LR.
Édouard Philippe renvoyé à son bilan
Et de citer le cas de François Fillon. En très grande difficulté en 2017 après les révélations sur les emplois fictifs de son épouse Penelope - pour lesquels il a été définitivement condamné, le représentant de la droite avait décidé d'aller jusqu'au bout, poussé notamment par un certain... Bruno Retailleau, alors son directeur de campagne.
Dans l'entourage du candidat, on croit cependant que la persévérance va payer et surtout qu'Édouard Philippe va forcément finir par être renvoyé au bilan du macronisme. Les exemples de dossiers susceptibles de le gêner ne manquent pas: gilets jaunes, vitesse limitée à 80km/h sur les routes départementales, signature du décret de fermeture de la centrale nucléaire de Fessenheim lancée sous François Hollande...
"C'est l'ancien Premier ministre d'Emmanuel Macron et il est donc évidemment comptable des 10 ans de macronisme. Les Français ne l'ont pas oublié", tranche ainsi Jonas Haddad.
Reste encore à en persuader les députés LR, qui comptent bien être réélus lors des prochaines législatives. Le message a été reçu 5 sur 5 par le camp Horizons. Le 30 août dernier à Tourcoing, entre une cuisson de frites sous l'œil des caméras et un discours de Gérald Darmanin, le représentant d'Horizons a lancé à l'adresse des cadres de droite qu'une majorité à l'Assemblée nationale "impliquerait de désigner des candidats uniques dans chaque circonscription".

Sous-entendu: il ne faudrait pas trop tarder pour les parlementaires à le rejoindre, au risque de se voir imposer un concurrent sur leur territoire.
"Si les élus LR nous lâchent, ça deviendra très compliqué mais on n'en est pas du tout là", lâche un cadre de la campagne. Charge à Bruno Retailleau de leur donner envie d'y croire.
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