La justice donne tort à la mairie de Deauville après le retrait de cette photo de Gaza
Cette photo de Gaza exposée au festival « Deauville Sport Images » avait été discrètement retirée d’une place de la ville par la mairie, suscitant des accusations de « censure ». Par Ti...
Cette photo de Gaza exposée au festival « Deauville Sport Images » avait été discrètement retirée d’une place de la ville par la mairie, suscitant des accusations de « censure ».
Par Timothée Barnaud avec AFP
LOU BENOIST / AFP
Cette photo montre le logo du Festival « Deauville Sport Images » lors de sa première édition à Deauville, le 21 juin 2025.
La polémique a fini par être tranchée par la justice. Le tribunal administratif de Caen a suspendu ce lundi 31 août la décision de la mairie de Deauville de retirer une photo d’un match de football à Gaza, exposée au festival Deauville Sport Images.
« La décision du maire de Deauville du 20 août 2026 retirant la photographie de Jehad Alshrafi affichée dans le cadre du Deauville Sport Images Festival, est suspendue », écrit le juge des référés dans son ordonnance, dont l’AFP a pu prendre connaissance.
Pris par le photojournaliste gazaoui Jehad Alshrafi pour l’agence Associated Press, dans le cadre d’un reportage que vous pouvez retrouver en intégralité par ici, le cliché représentait « des joueurs palestiniens du Gaza Sports Club et du club Al-Ahly participant à un match de football sur un terrain récemment aménagé, entouré de bâtiments détruits lors des opérations terrestres et aériennes israéliennes, à Gaza, le 14 février 2026 », selon la légende.
L’image avait été discrètement retirée courant août d’une place de Deauville où elle devait être exposée du 6 juin au 6 septembre, avec d’autres clichés, dans le cadre du festival Deauville Sport Images, dont la thématique porte cette année sur la dimension « sociale, humaine, culturelle et artistique » du sport.
Des accusations de « censure »
Le retrait de cette photo avait fait l’objet de vives réactions, notamment dans le monde politique. C’est tout d’abord Sylvain Larcher, secrétaire de section du PS à Deauville et membre de l’association Gauche côte fleurie, qui a constaté le 20 août sa disparition, selon le journal local Le Pays d’Auge.
« Le retrait d’une photo de Gaza à Deauville dans le cadre d’un festival de photojournalisme sportif indigne légitimement : la culture et la vérité ne peuvent faire l’objet d’une censure à bas bruit », avait dénoncé le député socialiste du Calvados Arthur Delaporte le 25 août dernier, qui a salué une « victoire » après la décision du tribunal administratif.
« Formidable photo du reporter palestinien Jehad Alshrafi censurée au festival d’images du sport à Deauville. La montrer partout est un acte de résistance, contre la censure, contre la tentative d’effacer la réalité du génocide de Gaza », avait également affirmé Agnès Callamard, secrétaire générale d’Amnesty International.
« Victoire ! Le tribunal administratif de Caen suspend la décision du maire de Deauville qui a censuré la photographie du reporter palestinien Jehad Alshrafi. Merci à l’Observatoire de la liberté de création d’avoir porté ce combat en justice », a de son côté célébré sur X l’eurodéputée insoumise Emma Fourreau, implantée dans le Calvados.
Un « déferlement de haine »
C’est bien l’Observatoire de la liberté de création (OLC), une association de la Ligue des Droits de l’Homme, qui avait intenté un référé liberté pour demander la réinstallation de l’œuvre dans les plus brefs délais.
L’avocate de la mairie de Deauville Marie-Thérèse Sur-Le Liboux, a axé sa défense sur le risque de trouble à l’ordre public et sur un « déferlement de haine » observé par la municipalité sur les réseaux sociaux, sans pouvoir préciser ni la teneur de ces messages ni sur quels réseaux ils ont été diffusés.
Le juge a estimé que la commune de Deauville ne faisait pas état d’incident ou de manifestation alors que l’exposition a débuté le 6 juin 2026, le retrait de la photographie n’est donc pas « une mesure nécessaire, adaptée et proportionnée, prise en vue de la préservation de l’ordre public ».
La mairie de Deauville a fait valoir devant le tribunal qu’il fallait six jours pour réimprimer la photo sur une nouvelle bâche avant de la réinstaller à son emplacement initial. Contactée par l’AFP, la mairie de Deauville n’avait pas réagi à cette décision ce lundi soir.