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La Gironde aux prises avec un ‘mégafeu’ ? Le terme fait débat, mais cet incendie ‘hors norme’ mettra des mois à être éteint - RTBF Actus

Plus de 1500 pompiers sont à l’œuvre en France. En Gironde principalement mais aussi dans les Landes et le Var. Rarement, la France aura connu un début d’été aussi compliqué sur le front des incendies. Les feux...

Plus de 1500 pompiers sont à l’œuvre en France. En Gironde principalement mais aussi dans les Landes et le Var. Rarement, la France aura connu un début d’été aussi compliqué sur le front des incendies. Les feux de ces derniers jours pourraient surpasser les feux historiques de 2022.

Un mégafeu correspond à des codes bien spécifiques

En France et au Canada, on parle de "mégafeux", mais qu’en est-il en Gironde ? Peut-on déjà utiliser ce terme ? Selon les spécialistes, un mégafeu se distingue par son intensité, sa taille hors-norme. Il faut aussi il soit impossible à contrôler avec les moyens humains habituels.

À l’heure d’écrire ces lignes, les autorités françaises et les pompiers français ne parlent pas encore de mégafeu : " Pour l’instant, nous devons parler de feu hors-norme", explique le lieutenant-colonel Eric Brocardi, porte-parole de la fédération nationale des sapeurs-pompiers français à nos confrères de France Info. " Un mégafeu correspond à des codes bien spécifiques, que ce soit en termes d’évacuation, ou en termes de black-out total sur la région. En Gironde, pour l’instant, ce n’est pas le cas. Nous procédons à des évacuations et, pour l’instant, les pompiers sur place arrivent à garder un contrôle de la situation", ajoute-t-il.

Un feu hors-norme, notamment à cause de sa "météo interne"

Depuis plusieurs jours, des termes techniques se retrouvent dans les médias : feux convectifs, qui correspondent à des feux qui créent leur propre météo à l’intérieur de l’incendie. Autre terme entendu ces derniers jours : pyrocumulonimbus, un nuage créé par le feu lui-même et qui l’alimente : " En plus de la météo générale, le feu génère sa propre météo", explique le Lieutenant Brocardi, "Un incendie de cette ampleur dégage une puissance colossale. La chaleur produite est telle que l’air chaud s’élève très rapidement, entraînant avec lui d’importantes colonnes de fumée qui alimentent un immense panache. À l’intérieur de ce panache, les masses d’air chaud rencontrent des masses d’air plus froid en altitude. C’est comme ça que le nuage est créé. À l’intérieur de ces nuages, des charges électriques se développent et peuvent produire des éclairs, voire de la foudre. Les vents générés alimentent les flammes, tandis que les éclairs peuvent déclencher de nouveaux départs de feu à plusieurs kilomètres. L’incendie devient alors capable de s’autoalimenter et de modifier localement les conditions météorologiques."

En résumé, le feu crée son propre nuage, ce nuage peut produire des éclairs, et ces éclairs peuvent allumer de nouveaux foyers plus loin. C’est un véritable cercle vicieux : plus l’incendie est intense, plus il génère des phénomènes météorologiques qui favorisent sa propagation. On se retrouve alors face à une météo entièrement localisée, créée par l’incendie lui-même.

Un phénomène nouveau en France et en Europe ?

Ce phénomène de feu hors-norme ou de mégafeu est constaté surtout au Canada et aux Etats-Unis, il arrive donc désormais chez nous : " Vous avez aujourd’hui un déplacement de ce type de phénomène en Europe", analyse le lieutenant des sapeurs-pompiers. " Cette situation n’est pas rassurante pour l’avenir". Ces dernières années, la Grèce, le Portugal, l’Espagne, l’Italie, mais également la France ont été confrontés à des incendies d’une ampleur sans précédent.

Bien qu’ils ne représentent qu’une faible proportion des départs de feu, ces incendies extrêmes sont à l’origine de la majorité des destructions. Ils sont responsables de plus de 50% des surfaces brûlées dans le monde.

Les particules fines qu’elle contient peuvent aggraver les maladies cardiovasculaires et respiratoires

Il y a quelques semaines à peine, l’OMS annonçait que les feux de forêt devenaient plus fréquents et plus intenses en Europe. Le Portugal et l’Espagne ont chacun signalé une hausse de 100% des feux de forêt cette année par rapport à la même période en 2025. Depuis 2022, le nombre de feux de forêt a augmenté de 57% dans l’ensemble de la Région européenne de l’OMS.

Pour l’organisation mondiale de la santé, les conséquences des incendies ne s’arrêtent pas aux flammes : "La fumée constitue à elle seule une menace sanitaire majeure", souligne l’OMS. "Les particules fines qu’elle contient peuvent aggraver les maladies cardiovasculaires et respiratoires, en particulier chez les personnes âgées, les enfants, les femmes enceintes et les personnes souffrant déjà de pathologies chroniques. Elles sont également associées à diverses affections pulmonaires, à certaines maladies du foie, à des infections oculaires ainsi qu’à des troubles cognitifs et des pertes de mémoire. Les incendies peuvent en outre perturber l’accès aux soins, endommager les infrastructures essentielles et laisser des séquelles psychologiques durables chez les populations touchées."