La France devient peu à peu la nouvelle Italie aux yeux des marchés… et les politiques devraient s’en préoccuper
« Je ne suis pas en train de mettre en cause les créanciers privés… En tout cas, pas tout de suite. » La petite phrase de Jean-Luc Mélenchon, jeudi à la REF du Medef, pour répondre aux critiques après ses propo...
« Je ne suis pas en train de mettre en cause les créanciers privés… En tout cas, pas tout de suite. » La petite phrase de Jean-Luc Mélenchon, jeudi à la REF du Medef, pour répondre aux critiques après ses propos très commentés sur l’annulation de la dette, se voulait peut-être humoristique. Elle est très grave en réalité. Car en matière de dette, les politiques peuvent décider de beaucoup, mais pas de la confiance de ceux qui leur prêtent. Un Etat ne meurt pas de ses dettes, il meurt de ne plus pouvoir en faire. Et c’est précisément là que la France commence à avoir un problème.
Le Financial Times le dit sans détour ce vendredi : pour les investisseurs obligataires, la France remplace peu à peu l’Italie comme principal sujet d’inquiétude en Europe. Le symbole est spectaculaire. Pendant des années, Rome payait plus cher que Paris pour emprunter à dix ans. Cet été, la hiérarchie s’est inversée. Le taux italien est passé sous le taux français. Les investisseurs demandent désormais davantage pour prêter à la France.
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Ce n’est pas que l’Italie soit soudain devenue vertueuse. Sa dette reste bien plus lourde : environ 139 % du PIB, contre 117 % en France. Mais les marchés ne regardent pas seulement le stock. Ils regardent la trajectoire… Et la crédibilité politique.
Les marchés ne votent ni à droite ni à gauche ; ils votent pour la crédibilité
Et que se passe-t-il depuis la crise de la Covid ? La dette italienne recule. La nôtre augmente. L’Italie dégage désormais un excédent primaire. La France reste engluée dans un déficit supérieur à 5 % du PIB. Sous Giorgia Meloni, le déficit italien est retombé d’environ 8 % en 2022 à un peu plus de 3 %. En France, la croissance du deuxième trimestre vient même d’être révisée à zéro. Voilà la leçon : les marchés ne votent ni à droite ni à gauche. Ils votent pour la crédibilité.
Et c’est là que la politique française devient un risque financier. Deux gouvernements sont tombés sur le budget en deux ans. La présidentielle approche. Les économies deviennent électoralement explosives. La réforme des retraites a été suspendue. Et les candidats rivalisent déjà de promesses alors que la France devra refinancer, dans les prochaines années, des centaines de milliards d’euros de dette émise autrefois à des taux presque nuls.
Ce soir, Fitch rendra son verdict. La France est déjà tombée à A +. La perspective est encore stable. Mais le risque d’un passage en perspective négative est désormais sérieux.
Quand on doit emprunter chaque semaine, ce sont les marchés qui ont le dernier mot
Et pendant ce temps, Jean-Luc Mélenchon explique qu’il suffirait de prendre les 18 % de dette française détenus par la Banque de France et de les « foutre au feu ». Comme si une dette pouvait disparaître parce qu’on déchire le papier sur lequel elle est écrite.
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La vraie question est ailleurs : que penseraient les créanciers appelés, demain matin, à nous prêter de nouveau ? James Carville, le stratège de Bill Clinton, avait parfaitement résumé le rapport de force il y a trente ans. S’il pouvait se réincarner, disait-il, il voudrait revenir en marché obligataire : « Vous pouvez intimider tout le monde. »
C’est la règle que la France redécouvre aujourd’hui avec des taux qui flambent. Les politiques peuvent promettre. Les Parlements peuvent voter. Mais les marchés, eux, fixent le prix de la confiance. Et quand on doit emprunter chaque semaine, ce sont souvent eux qui ont le dernier mot.