La folle épopée d’un Stradivarius à travers les siècles
De la couverture, on oublie le dessin pour ne retenir que le titre : Le mystère du dernier Stradivarius. Point de départ du nouvel ouvrage d'Alejandro Guillermo Roemmers (Buenos Aires, 1958) : l'assassinat du l...
De la couverture, on oublie le dessin pour ne retenir que le titre : Le mystère du dernier Stradivarius. Point de départ du nouvel ouvrage d'Alejandro Guillermo Roemmers (Buenos Aires, 1958) : l'assassinat du luthier allemand Bernard Raymond von Bredow et de Lorena, sa fille de 14 ans, dans leur maison d'Aregua, à quelques kilomètres d'Asuncion au Paraguay. Leurs morts seraient en lien avec le vol de violons Stradivarius en leur possession, avertit l'auteur en début d'ouvrage.
De ce fait divers réel, l'écrivain argentin a tiré "un roman de circulation" ou "littérature d'objets", comme nous l'apprend Mario Vargas Llosa dans la préface. Un genre qui remonte à l'Angleterre du XVIIIe siècle qui voient des objets inanimés être les protagonistes d'une histoire.
Deux siècles d'histoire
En l'occurrence, ici, un violon. Mais pas n'importe lequel : rien moins que le dernier fabriqué en 1737, par le meilleur luthier de l'histoire, originaire de Crémone, Antonio Stradivari (1644-1737). Et comme il s'agit d'un récit totalement inventé, on ne peut que louer l'imagination débordante de Roemmers, tout en sachant qu'il s'est nourri de moments et de personnages historiques.
"L'incroyable famille Modlin" de Paco GomezLe mystère du dernier Stradivarius démarre le 22 octobre 2021 lorsque le commissaire Alejandro Tobosa et le sergent Guttierrez sont chargés de mener l'enquête afin d'élucider les crimes. "En réalité, seule l'eau du bain dénonçait la violence. Ou plutôt le sang qui la rougissait." Le ton est donné. Pour une partie du roman, car son texte Roemmers l'a construit en effectuant, au gré des chapitres, des allers et retours entre passé et présent.
Chapitre 2, direction l'Italie, trois siècles plus tôt. Crémone, donc et "il piu grande liutaio di tutti tempi" (le plus grand luthier de tous les temps). On vient à lui non pas pour "acheter un violon mais un Stradivarius". L'ultime, il le signe en se piquant le doigt : quelques gouttes de sang recouvrent son nom.
Tous les ingrédients du suspense
Évidemment, l'enquête du duo de flics "qui font la paire" (enfin, jusqu'à un certain point), Tobosa-Gutierrez, ne se résout pas d'un seul coup. D'autres pistes, d'autres mobiles que ceux échafaudés viennent bousculer le cours des choses. Et donner du piment à l'affaire. Avec tous les ingrédients nécessaires : suspense, humour et, cliffhanger !
"Minuit à bord" de Laura Alcoba"Le pouvoir de l'art, et de la musique en particulier, de soigner les blessures de l'âme et d'élever l'être humain et son destin au-dessus des passions propres aux bêtes", voilà ce à quoi a voulu s'atteler l'auteur argentin de 68 ans. Les pages qu'ils consacrent à l'"état de plénitude mystique" qui envahit sœur Felicitas sont sans doute les plus belles de l'ouvrage ; quand celles qui voient un tortionnaire nazi arriver à arracher des larmes à un musicien juif qui lui a transmis le pouvoir d'émouvoir par les notes sont insoutenables. Dans un cas comme dans l'autre, Roemmers a choisi que ce serait du même violon que sortiraient "des tonalités pas captées par l'oreille, mais par l'âme". Et ce, sur deux siècles d'histoire. Rondement mené !
⇒ Le mystère du dernier Stradivarius | Roman | A.G. Roemmers, traduit de l'espagnol (Argentine) par Albert Bensoussan | Métailié, 318 pp., 19,50 €, numérique 13 €
EXTRAIT
"Sur son lit de mort, enfin, poursuivit Elke, grand-père me parla du violon. le dernier violon d'Antonio Stradivari. Et il me parla aussi du mythe qui l'entourait. Il étit prétendument capable de préserver, sauver de l'horreur celui qui l'avait en sa possession. On raconte qu'il a traversé les siècles en protégeant ceux qui le possédaient, en les menant vers la lumière."
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