La Chine a réussi à installer des panneaux solaires…sous la mer !
Plonger des panneaux solaires dans l'océan semblait être une idée tout droit sortie d'un roman de science-fiction. Pourtant, une équipe de scientifiques chinois vient de transformer cette vision en un
Publié le 22 septembre 2026 à 07:30 par Christian D.
Plonger des panneaux solaires dans l'océan semblait être une idée tout droit sortie d'un roman de science-fiction. Pourtant, une équipe de scientifiques chinois vient de transformer cette vision en une réalité fonctionnelle, ouvrant un nouveau chapitre inattendu pour l'énergie solaire.
Des chercheurs de l'Université du Yunnan en Chine ont conçu et testé avec succès la première centrale solaire sous-marine fonctionnelle à une profondeur de 10 mètres en mer de Chine méridionale.
Le système, basé sur des cellules pérovskites, a pu recharger des batteries et alimenter des équipements, prouvant qu'il est possible de capter l'énergie solaire même dans la lumière tamisée des fonds marins.
Publiée dans la prestigieuse revue Joule, cette expérimentation vise à résoudre un défi majeur : fournir de l'énergie autonome et durable aux myriades d'appareils sous-marins (capteurs, caméras, systèmes de communication) qui dépendent aujourd'hui de batteries limitées ou de lourds câbles de surface.
Pourquoi est-ce un véritable défi technologique ?
Produire de l'électricité solaire sous l'eau est un pari à contre-courant. À 10 mètres de profondeur, l'environnement devient hostile pour un panneau standard. La lumière du soleil s'estompe radicalement et, surtout, le spectre lumineux est altéré : l'eau absorbe très vite la lumière rouge, la plus efficace pour les cellules au silicium classiques.
Il ne reste alors que le crépuscule bleu-vert de l'océan, un spectre lumineux bien plus faible et étroit. À cette complexité s'ajoutent des contraintes physiques redoutables.
La pression de l'eau peut endommager les composants tandis que la nature corrosive de l'eau de mer menace de dégrader rapidement les matériaux. Jusqu'à présent, les rares tentatives se limitaient à des eaux très peu profondes, environ deux mètres, un scénario loin des besoins pratiques pour l'exploration ou la surveillance marine. Franchir le cap des 10 mètres représente donc une avancée significative.
Comment fonctionnent ces panneaux solaires des profondeurs ?
La clé de cette réussite réside dans le choix du matériau : les cellules solaires pérovskites. Contrairement au silicium, les pérovskites (un type de cristal semi-conducteur) sont extraordinairement modulables.
L'équipe a conçu des cellules avec une large bande interdite (l'énergie minimale pour transformer la lumière en électricité) de 1,96 électronvolt, parfaitement calibrée pour capter efficacement les longueurs d'onde bleu-vert qui dominent à cette profondeur. Elles excellent à convertir une lumière faible, là où le silicium serait inefficace.
Pour contrer la corrosion et l'humidité, un ennemi juré des pérovskites, les scientifiques ont mis au point une véritable armure. Ils ont intégré un additif polymère, le PHMG (chlorhydrate de polyhexaméthylène guanidine), pour stabiliser la structure cristalline et repousser l'eau.
Le tout a été encapsulé dans des couches protectrices de caoutchouc butyle et de verre, puis scellé dans une résine époxy transparente. Le résultat : un module étanche, résistant à la pression et à la corrosion, qui a conservé 99,58 % de son efficacité après 1 000 heures d'immersion en laboratoire.
Quels sont les résultats concrets et les applications futures ?
Les tests en conditions réelles sont plus que probants. Immergés en mer, les panneaux ont réussi à recharger des batteries lithium-ion. En deux heures d'exposition, ils ont généré 324 milliwatt-heures (mWh) à 10 mètres, 752 mWh à 6 mètres, et 1 416 mWh à 2 mètres.
Si ces chiffres ne suffisent pas à alimenter un sous-marin, ils sont amplement suffisants pour faire fonctionner un panneau de LED, comme l'a démontré l'équipe. C'est surtout bien plus que les 50 à 100 mWh qu'ils espéraient, une surprise qui ouvre de vastes perspectives.
Cette source d'énergie renouvelable pourrait bientôt alimenter en continu des capteurs de surveillance des récifs coralliens, des stations de surveillance acoustique, des fermes piscicoles ou encore des équipements de l'Internet des objets (IoT) sous-marin.
Les chercheurs estiment la durée de vie de leurs cellules à plus de cinq ans avant que leur rendement ne chute sous les 80 %. C'est une porte ouverte vers des systèmes marins « auto-suffisants », un enjeu majeur pour la recherche océanographique et les opérations sous-marines menées par la Chine et d'autres nations.
Quelles sont les limites et les prochains défis ?
Malgré ce succès, plusieurs obstacles demeurent avant un déploiement à grande échelle. Le premier est le bio-encrassement (l'accumulation d'organismes marins sur une surface immergée), où algues et crustacés finissent par recouvrir les panneaux, occultant la lumière.
Des tests à long terme seront nécessaires pour évaluer et contrer ce phénomène naturel. Le second point de vigilance concerne la composition des cellules, qui contiennent du plomb. Bien que les tests en laboratoire montrent une fuite quasi-nulle, la question de l'impact environnemental à long terme reste posée.
L'équipe de l'Université du Yunnan ne compte pas s'arrêter là. Zhang Wen-hua a déjà annoncé que des expériences sont en cours à des profondeurs de 20 à 30 mètres, où ils pensent que leurs cellules peuvent encore fonctionner efficacement.
Journaliste GNT spécialisé en mobilité / Ante-Geek des profondeurs du Web et d'ailleurs
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