Initiative sur la neutralité : les partisans lancent leur campagne à Berne
Publié4. août 2026, 13:34Votations 27 septembreLa campagne autour de l'initiative sur la neutralité est lancéeCe texte qui exige une neutralité «perpétuelle et armée» sera soumis au peuple fin septembre. Les in...
Publié4. août 2026, 13:34
Votations 27 septembreLa campagne autour de l'initiative sur la neutralité est lancée
Ce texte qui exige une neutralité «perpétuelle et armée» sera soumis au peuple fin septembre. Les initiants ont présenté leurs arguments mardi à Berne.


Les Suisses se prononceront le 27 septembre sur un sujet sensible: la neutralité helvétique. En effet, ils devront dire le sort qu'ils réservent à l'«initiative sur la neutralité», déposée en 2024 par l'organisation proche de l'UDC Pro Suisse (ex-ASIN, Action pour une Suisse indépendante et neutre). Ses partisans ont lancé mardi à Berne leur campagne officielle.
«Qui rejette la neutralité fait entrer l’ennemi»
La Suisse est exempte de guerre depuis 200 ans grâce à la neutralité, a souligné mardi l'ancien conseiller fédéral Christoph Blocher, auteur du texte. «Mais depuis 2022, elle est devenue partie au conflit: la neutralité a été violée à l’égard de la puissance nucléaire qu’est la Russie», a-t-il critiqué en évoquant les sanctions de la Suisse à l'égard de Moscou depuis la guerre en Ukraine. Or, sans une neutralité cohérente et crédible, le risque de guerre augmente fortement pour notre pays, selon lui. «Qui rejette la neutralité fait entrer l’ennemi en Suisse», a-t-il lancé. Et d'ajouter: «La neutralité n’est crédible et ne dissuade les adversaires que si elle est appliquée de manière cohérente. Une neutralité flexible ou pragmatique est une dangereuse absurdité.»

«La neutralité armée nous a conféré, durant des décennies, une autorité particulière et une reconnaissance à l’étranger. Elle n’a jamais été un slogan creux, mais un principe clair et fiable», a abondé Stephan Rietiker, président de Pro Suisse. «Elle nous a offert de l’autorité et du respect dans le monde. Par l’interprétation arbitraire et relâchée des dernières années, ce fondement a été affaibli», a-t-il critiqué.
«La neutralité n’est pas un signe d’indifférence»
«Pour offrir de bons offices, il ne suffit pas de se déclarer disponible. Il faut être accepté comme tiers. Il faut que les parties sachent que la Suisse ne sera pas perçue comme partie prenante d’un bloc politico-militaire», a plaidé pour sa part le médecin Samuel Sommaruga, président du Comité pour la Genève internationale et sa neutralité (CoGIN) et fils du conseiller aux États Carlo Sommaruga (PS/GE). «Une neutralité à géométrie variable finit par affaiblir cette confiance. Et lorsque la confiance disparaît, Genève perd une partie de sa capacité d’action», a-t-il poursuivi.

«La neutralité n’est ni un signe d’indifférence, ni une manière de détourner le regard. Elle ne signifie pas non plus que la souffrance des populations dans les zones de guerre ne nous touche pas. Bien au contraire: la Suisse doit aider – par un soutien humanitaire, par ses bons offices, par la diplomatie et par le dialogue. Mais elle ne doit pas participer à des guerres étrangères», a souligné de son côté la conseillère nationale Monika Rüegger (UDC/OW).
À noter que le Parlement n'a pas voulu élaborer de contre-projet à l'initiative. «Cela montre que Berne fédérale veut affaiblir la neutralité et cherche à établir un lien militaire toujours plus étroit avec l’OTAN et l’UE», a estimé le conseiller national Walter Wobmann (UDC/SO).
Un texte «trop rigide» et qui peine à convaincre
Les opposants à l'initiative - soit tous les partis sauf l'UDC - entreront en campagne la semaine prochaine. Mais les arguments sont connus: le texte est bien trop rigide, selon eux. Il limiterait la marge de manœuvre de la Suisse en matière de politique extérieure et de sécurité, alors même que la situation actuelle dans le monde est très incertaine, affirment-ils. La Suisse ne peut en outre pas se défendre seule et sa neutralité n'est plus suffisante pour se protéger. Il est donc essentiel qu'elle dispose de la flexibilité nécessaire pour développer la coopération internationale avec ses principaux partenaires, en particulier l'UE. Un avis partagé également par le Conseil fédéral. À noter enfin que, selon un sondage de Tamedia et 20 Minuten paru en juin, l'initiative peine à convaincre le peuple: 54% des personnes interrogées la rejetteraient contre 34% d'avis favorables.

Christine Talos (cht) est journaliste au sein de la rubrique Suisse/Régions depuis 2011. Son domaine de prédilection est la politique suisse.
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