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Jannik Sinner se présente en incontestable favori dans la finale de Wimbledon face à Alexander Zverev

Impitoyable avec Alexander Zverev depuis bientôt trois ans - et neuf victoires de suite -, Jannik Sinner semble foncer vers un deuxième titre d'affilée à Wimbledon ce dimanche après-midi (17 heures). À moins que l'Allemand, porté par son sacre à Roland-Garros le mois dernier, ne renverse tout et signe un exploit monumental.

Certains passent devant machinalement, sans même y prêter attention. Après tout, il y a un morceau d'histoire placé à peu près tous les dix mètres à Wimbledon, ce n'est qu'une zone mythique de plus. Mais d'autres s'y arrêtent net. Happés par cet immense mur du Centre Court, impeccable, témoin du temps qui file à toute vitesse, édition après édition. Rien n'y dépasse, avec pots de fleurs alignés au cordeau et échelle parfaitement placée. Seuls les deux imposants tableaux de simple, jaunes et verts, y siègent magistralement, mis à jour quotidiennement par des petites mains méticuleuses.

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Si un nom tchèque trône depuis ce samedi soir sur la partie des « Ladies », la tentation devait être grande chez les prédisposés à cette tâche pour la section des « Gentlemen » de poser un jour de congé, tranquillement, et de profiter de leur dimanche en prenant un peu d'avance et en plaçant le nom de Jannik Sinner directement comme le dernier rescapé de cette promotion 2026. Ni vu ni connu, à la cool.

Dans les faits, l'affaire est un tout petit peu plus compliquée que ça, et heureusement d'ailleurs, puisque les dieux du tennis ont bien fait les choses en ayant eu la bonne idée de s'arranger pour qu'une finale ne soit jamais totalement écrite d'avance. Tout tenant du titre qu'il est, tout numéro 1 mondial qu'il est, tout monstre de régularité qu'il est à 24 ans, l'Italien doit encore finir le travail ce dimanche après-midi face à Alexander Zverev. Mais ce serait mentir de dire que le suspense est insoutenable. Sinner est archi-favori de cette finale, très clairement, comme il ne l'a probablement jamais autant été sur ses six premières percées.

Sinner impitoyable face à Djokovic

Non pas que l'Italien ait complètement surnagé sur cette quinzaine londonienne. Il a eu droit à sa petite sueur froide dès le premier tour et cette entrée en lice bourbier face à Miomir Kecmanovic, avec une victoire en cinq sets au bout de 3 h 30 de lutte. Un avertissement qui l'a poussé à resserrer durement la vis pour la suite, s'arrangeant toujours pour s'en tirer en trois sets sur ces cinq autres sorties. S'il admettra sans doute lui-même qu'il n'a pas eu le tirage le plus dense du siècle, héritant pour ne citer qu'eux du qualifié japonais Shintaro Mochizuki (151e mondial) en huitièmes de finale ou de l'Allemand Jan-Lennard Struff (36 ans et 74e mondial) en quarts, Sinner a balayé les quelques interrogations qui accompagnaient son début de parcours britannique en affichant une maîtrise sidérante vendredi pour dégoûter Novak Djokovic, froidement, sans lui laisser la moindre chance d'entrevoir un semblant d'espoir (6-4, 6-4, 6-4).

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Une mise au point cinglante qui fait craindre le pire pour le scénario de la finale. Si c'est cette version-là de Sinner, impériale, incroyablement bien réglée au service (166 aces depuis le début du tournoi, six petites mises en jeu perdues), toujours juste dans ses choix et dans sa volonté d'étouffer l'adversaire sans laisser aucun répit, qui entre sur le Centre Court ce dimanche après-midi face à sa proie favorite, le festin pourrait être un carnage.

Avec un ascendant tennistique et surtout psychologique majeur sur Zverev, le numéro 1 mondial a totalement la main sur leur rivalité depuis bientôt trois ans maintenant et la dernière victoire de l'Allemand, à l'US Open 2023. La suite n'a été qu'un enchaînement de démonstrations, l'Italien ayant pris un malin plaisir à le martyriser et à lui livrer les dérouillées par palettes, avec neuf succès de suite, dont six sans perdre le moindre set, et cet ultime affrontement affolant en finale du Masters 1000 de Madrid début mai. Un massacre de cinquante-huit minutes (6-1, 6-2) que Zverev avait traversé comme un fantôme.

« Ce serait incroyable s'il y parvenait deux fois de suite »

Tommy Haas, à propos d'une nouvelle victoire en Grand Chelem d'Alexander Zverev

Reste donc à savoir quelle version de Zverev sera présente de l'autre côté du filet. Inutile de préciser que l'ancienne mouture est condamnée à la correction. Mais la nouvelle ? Celle d'un vainqueur de Roland-Garros en pleine confiance, délesté du poids de l'éternel meilleur joueur de l'histoire sans titre en Grand Chelem, plus clinique que jamais à 29 ans, qui s'est découvert une passion pour le gazon et a enfin compris que son jeu n'avait aucune raison de ne pas faire aussi mal sur cette surface qu'ailleurs ?

« Le titre à Roland-Garros a été un soulagement énorme pour lui, abonde son compatriote Tommy Haas, ancien numéro 2 mondial. Il peut jouer avec beaucoup plus de liberté, sans cette pression qui pesait auparavant sur ses épaules. Et il sait que Wimbledon est le seul Majeur où il n'a jamais brillé, c'est aussi une occasion pour lui de poursuivre sur cette lancée. Ce serait incroyable s'il y parvenait deux fois de suite après avoir attendu ce premier Grand Chelem pendant tant d'années. »

Le braquage serait monumental, avec le défi immense de devenir le premier joueur de l'ère Open à remporter ses deux premiers titres en Grand Chelem à la suite. D'autant que Sinner n'a pas spécialement l'intention de gaspiller trop de cartouches en chemin non plus. Privé de sacre depuis son titre à Londres l'an dernier, une année complète sans victoire en Majeur ferait tache alors même qu'il écrase le circuit et empile les Masters 1000. En l'absence de Carlos Alcaraz, l'opportunité de se rapprocher des sept titres en Grand Chelem de l'Espagnol, lui qui en compte quatre, paraît trop belle pour la laisser passer.