L’oeil de la rédaction. L’édito. « Le rôle du psy ! », les commerces, de la fraternité à revendre
Les violences et pillages lors des manifestations contre la vie chère fragilisent les commerces de proximité, déjà menacés par la crise. Benoît Gaudibert, notre éditorialiste du jour, rappelle leur rôle essentiel dans le lien social et la vie des centres-villes.
Les violences et pillages lors des manifestations contre la vie chère fragilisent les commerces de proximité, déjà menacés par la crise. Benoît Gaudibert, notre éditorialiste du jour, rappelle leur rôle essentiel dans le lien social et la vie des centres-villes.
Benoît Gaudibert -
Hier à 20:50
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Certains commerçants ont été obligés de se barricader pour éviter de nouveaux pillages. Photo Arnaud Castagné
« Alors comment il va aujourd’hui ? » Les petits commerçants et leurs réflexions lancées à la volée, à la boulangerie, au pressing ou au café du quartier, font partie du quotidien de chacun. Pour les personnes seules, ce sont parfois les seuls interlocuteurs de la journée. On échange avec eux quelques mots, on parle de la pluie et du beau temps, on commente les nouvelles…
Le retour des manifestations contre la vie chère, même s’ils en partagent parfois les revendications, constitue un coup dur pour les commerçants des centres-villes à quelques semaines de Noël. Le secteur, déjà très fragilisé par la concurrence des grandes surfaces et de la vente en ligne, pâtit également de la hausse des carburants, qui dissuade une partie de la clientèle de venir faire ses emplettes. Un contexte propice aux faillites en cascades.
Liens brisés
Or les cellules vides alimentent, dans les petites villes, le sentiment d’abandon d’une partie de la population. Une étude récente du groupe de réflexion « Destin commun » a mis en lumière le rôle social joué par les commerçants de proximité, « en de nombreux points similaires à celui des professionnels de soins ».
« On a souvent le rôle du psy ! », confirme une coiffeuse interrogée dans cette enquête. Témoins de la vie quotidienne des Français, les commerçants, ces « professionnels de la fraternité », assistent aux premières loges à la montée des incivilités et de la violence. Piller leur magasin, ce n’est pas seulement mettre en péril une vie de travail. C’est, aussi, briser des liens de proximité et des valeurs qui fondent le pacte républicain. « Et avec ceci ? Ce sera tout ? Ou je vous remets une p’tite tranche d’humanité ? »