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L’influenceur Hasan Piker accueilli comme une rock star par les sympathisants du PTB à Ostende

Au festival Manifiesta du PTB-PVDA à Ostende, tous les regards sont aujourd’hui tournés vers Hasan Piker. La venue de cet influenceur turco-américain marxiste a fait grand bruit. Le ministre de la Défense Theo Francken (N-VA) a même saisi l’occasion pour “appliquer enfin la nouvelle loi antiterroriste à ce festival communiste de l’antisémitisme”, a-t-il écrit sur X. Sur place, des centaines de jeunes se réjouissent au contraire de le voir. “Ses opposants vont déformer ses propos pour en faire qu

Hasan Piker a pris la parole samedi à Manifiesta, le festival organisé par Solidaire, magazine bimestriel du PTB-PVDA, à Ostende. © Photo News

Au festival Manifiesta du PTB-PVDA à Ostende, tous les regards sont aujourd’hui tournés vers Hasan Piker. La venue de cet influenceur turco-américain marxiste a fait grand bruit. Le ministre de la Défense Theo Francken (N-VA) a même saisi l’occasion pour “appliquer enfin la nouvelle loi antiterroriste à ce festival communiste de l’antisémitisme”, a-t-il écrit sur X. Sur place, des centaines de jeunes se réjouissent au contraire de le voir. “Ses opposants vont déformer ses propos pour en faire quelque chose de négatif”, affirment-ils.

Jana Valcke, Kevin Dupont

Source: HLN, Belga

12 septembre 2026, 22:14Dernière mise à jour: hier à 22:35

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Sous un soleil radieux, l’hippodrome Wellington d’Ostende se remplit peu à peu. Le festival Manifiesta, co-organisé par le PTB-PVDA, s’y tient avec sans conteste un temps fort: la conférence de Hasan Piker. Cet influenceur turco-américain et militant de gauche a été interrogé samedi pendant une heure par Onno Vandewalle, un élu PVDA au Parlement flamand. Le tout se déroule sur la Rebel Stage. Tout est dans le nom.

Hasan Piker montant sur la Rebel Stage. © ID/ Filip Meutermans

Les collaborateurs de Manifiesta laissent entendre qu’ils s’attendaient à une foule immense. Même si le chapiteau couvert, avec sa scène plutôt modeste, ses deux chaises et ses tables de bar, laisse supposer le contraire. Au centre se trouvent une vingtaine de bancs en bois, qui ne pourront pas accueillir plus d’une centaine de personnes. “Les gens affluent ici depuis midi déjà, et le festival affiche complet. Merci, Theo Francken”, lance l’un des organisateurs, un homme d’une soixantaine d’années.

Le temps passe, la foule s’épaissit. Les gens installent leur transat là où il reste encore un mètre carré de libre. Le public est constitué d’hommes et de femmes, majoritairement jeunes, issus de tous horizons et portant un nombre remarquable de keffiehs. L’une d’entre eux est Amira De Winter. Elle suit les diffusions en ligne de Piker depuis déjà cinq ans. “Sa venue a été un facteur déterminant qui m’a poussée à venir à Manifiesta. C’est vraiment exceptionnel qu’il soit en Europe pour une fois.”

Amira De Winter, une jeune femme qui suit Piker en ligne depuis déjà cinq ans. “C’est lui qui m’a convaincue de venir.” © ID/ Filip Meutermans

La dernière polémique avec Theo Francken n’a pas échappé à Amira. “On peut trouver des arguments valables pour certaines de ses déclarations. (Piker a par exemple déclaré un jour que les États-Unis avaient eux-mêmes provoqué le 11 septembre et qu’il préférait toujours le Hamas à Israël, ndlr.) Mais invoquer la loi antiterroriste? Il y a une différence entre inciter au terrorisme et ouvrir le débat. Il est tellement important de préserver la liberté d’expression. Piker met l’accent sur le socialisme et le marxisme, mais ses détracteurs vont présenter cela sous un jour négatif.”

Entre-temps, la tente est désormais pleine à craquer. Piker lui-même fait attendre le public pendant environ cinq minutes. On estime à 500 le nombre de personnes qui se sont installées sur l’herbe, bien au-delà de la tente, pour apercevoir ne serait-ce qu’un peu le célèbre influenceur. Lorsque Onno Vandewalle s’adresse à la foule et annonce Piker, le public devient fou. Applaudissements, acclamations et cris retentissent. Les smartphones s’élèvent vers le ciel. On dirait que Bruce Springsteen fait son apparition sur scène.

“Hé, je viens à peine de me réveiller”, dit le militant honni par l’extrême droite et les conservateurs américains tout en souriant à son public débordant d’enthousiasme. Vandewalle lui demande comment s’est passé son séjour en Belgique ces derniers jours. “Génial. Vraiment. J’adore la Belgique.” À nouveau, des applaudissements et des acclamations. Le ton est donné.

“Je lutte contre l’antisémitisme depuis bien plus longtemps que Theo Francken lui-même”

Pour régler d’emblée la question épineuse de Theo Francken, le sujet est immédiatement abordé. “Partout où vous allez, cela suscite beaucoup de polémiques. En Belgique aussi”, lui lance Vandewalle. “Oui, j’en ai entendu parler.” Vandewalle lui demande comment il réagit aux accusations d’antisémitisme. “Je suis socialiste, antifasciste, anti-impérialiste et antisioniste. Ce que je ne suis pas… (il doit interrompre son explication sous un tonnerre d’applaudissements), c’est antisémite. Je m’oppose à Israël en raison de son génocide, de son régime d’apartheid et de son occupation. Cela doit cesser et Israël doit en être tenu pour responsable”, a-t-il ajouté, tout en affirmant: “Je lutte contre l’antisémitisme depuis bien plus longtemps que Theo Francken lui-même”.

Au passage, il s’en est pris à la N-VA, “ce même parti qui, il y a peu, invitait encore les talibans à Bruxelles m’attaque aujourd’hui à cause de mes opinions. Je n’étais pas rassuré, mais je suis tout de même heureux d’être ici”, a-t-il ajouté.

Aux yeux d’Hasan Piker, le ministre nationaliste s’inscrit dans la même ligne que le président américain Donald Trump et d’autres qui veulent réduire au silence l’opposition de gauche et jouent la carte d’Israël pour préserver leurs propres intérêts. Selon lui, ils utilisent également le terme d’”antisémitisme” pour neutraliser les voix pro-palestiniennes tout en démantelant l’État-providence au profit d’investissements dans la défense et l’armée, ainsi que d’une politique impérialiste. “Il est déplorable et carrément dangereux que des personnes comme Theo Francken confondent délibérément antisémitisme et antiracisme et les utilisent indifféremment.”

“Pissboy”

Au cours de l’heure qui suit, on a l’impression de regarder ensemble l’un des streams de Piker, mais en direct, sur une scène à Ostende. Il critique la politique de Trump. Il rend hommage au maire socialiste de New York, Zohran Mamdani, et parle d’Abdul El-Sayed, le candidat démocrate au Sénat du Michigan, qu’il a ouvertement soutenu. Personne dans la salle ne songe à la quitter. Tous écoutent attentivement leur idole. En hochant la tête. En souriant.

Nous en sommes à la moitié du “concert” lorsque Vandewalle fait remarquer qu’il est très populaire auprès des jeunes Belges et que la situation était bien différente il y a six mois. “Ça commence à changer, je crois”, dit Piker, faisant à nouveau allusion à la polémique avec le ministre Francken. “Un petit clin d’œil à votre ministre de la Défense”, ajoute-t-il. “Pissboy!” Le public reprend en chœur ce cri. “Ouais, pissboy! C’est comme ça que j’aime l’appeler”, rit Piker.


Son interlocuteur de samedi soir, Peter Mertens, a quant à lui rappelé que “Theo Francken était encore présent, il y a quelques années, à la commémoration de Bob Maes (fondateur du Vlaams Militanten Orde et ancien membre de la Jeunesse nationale-socialiste de Flandre, ndlr), un antisémite notoire”. “Mais aujourd’hui, c’est Theo Francken qui nous donne des leçons sur l’antisémitisme”, a-t-il pointé.

Par ailleurs, Hasan Piker se qualifie lui-même d’intersectionnaliste et dit avoir également pris fait et cause pour “lutter contre la politique identitaire”.

Vandewalle a ensuite ramené la discussion sur la manière dont le socialisme peut toucher les jeunes. Sur le fait qu’il faudrait peut-être que ce soit un peu plus “fun”. Et que l’espoir n’est pas perdu chez la jeune génération, massivement représentée dans la salle. “Il y a absolument de l’espoir pour l’avenir. Et cet optimisme révolutionnaire est la voie qui y mène.” Une jeune fille au premier rang rayonne de joie lorsque Piker conclut sa conférence par ce message.

Inaya Arif. © ID/ Filip Meutermans

Elle s’appelle Inaya Arif. Elle a à peine quinze ans. Sa voix s’est affaiblie à force de crier, mais elle semble déborder de bonheur. “Je suis Hasan Piker depuis deux ans déjà. C’est tellement cool qu’il soit à Manifiesta. J’ai trouvé ça très intéressant. Et le fait qu’il y ait de l’espoir pour l’avenir, ça me touche beaucoup. Parce que je trouve qu’on vit dans une réalité politique difficile et négative.” Est-ce que rencontrer Hasan Piker figurait sur sa liste de choses à faire avant de mourir? “Oui, bien sûr. Oh là là, je vais tellement bien dormir ce soir.”

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