L’édito de Baptiste Bize, directeur de la rédaction : « Marine Le Pen remet le cap à gauche »
En matière économique et sociale, Marine Le Pen est donc bien de gauche. Alors que le président du RN, Jordan Bardella, s’était rapproché des chefs d’entreprise et inscrit dans une stratégie d’union des droites, la candidate a retrouvé son positionnement « attrape-tout » populiste, cette semaine, de
En matière économique et sociale, Marine Le Pen est donc bien de gauche. Alors que le président du RN, Jordan Bardella, s’était rapproché des chefs d’entreprise et inscrit dans une stratégie d’union des droites, la candidate a retrouvé son positionnement « attrape-tout » populiste, cette semaine, devant le Medef.
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B.B
Baptiste Bize
Créé le 30 août 2026 • 07:30
Mis à jour le 30 août 2026 • 07:30
THOMAS SAMSON / AFP
Marine Le Pen est donc bien de gauche. Après quinze mois passés avec Jordan Bardella comme candidat putatif du RN - entre les deux condamnations de la patronne pour détournement de fonds publics -, nous avions fini par l’oublier.
Bien sûr, la formule est volontairement caricaturale. Sur les sujets régaliens, le programme qu’elle défend est fidèle aux racines d’extrême droite de son parti. En matière économique et sociale, en revanche, Marine Le Pen réactive sa ligne populiste et remet le cap à gauche : retraite à 60 et 62 ans, refus du libre-échange, étatisme assumé et priorité au pouvoir d’achat des salariés plutôt qu’à une politique de l’offre basée sur les aides aux entreprises.
C’est ce message qu’elle est venue délivrer cette semaine devant le Medef, face à six autres candidats à la présidentielle. Une reprise en main idéologique claire : alors que Jordan Bardella courtisait les patrons et s’inscrivait dans une stratégie d’union des droites, elle impose de nouveau son positionnement « attrape-tout », affranchi des clivages traditionnels. Sorte de « en même temps » des extrêmes.
Ce n’est pas un hasard si François Durvye, conseiller spécial du président du Rassemblement national, a choisi le jour du débat pour annoncer qu’il ne participerait pas à la campagne présidentielle. Ce polytechnicien, ancien gestionnaire de fortune du milliardaire d’extrême droite Pierre-Édouard Stérin, avait été choisi pour infléchir la ligne économique du parti et rassurer les chefs d’entreprise. C’est ainsi que Jordan Bardella a été invité à passer un grand oral devant les dirigeants du Medef et à dîner avec des patrons du CAC 40, au printemps dernier.
Lui prétend être parti, Marine Le Pen assure l’avoir écarté. Dans les deux cas, le positionnement opportuniste de la candidate entame sa crédibilité auprès des acteurs du monde économique.
Sur le plan électoral, le calcul est peut-être habile. Avec un certain cynisme, la prétendante à l’Élysée peut se dire qu’il sera toujours temps de redresser la barre une fois aux affaires. Mais en cas de victoire, le retour de bâton sera immédiat. Là où François Mitterrand avait attendu 1983 pour redescendre sur terre et effectuer son « tournant de la rigueur », Marine Le Pen, elle, serait confrontée dès septembre 2027 à l’élaboration d’un impossible budget.
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