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L’avion militaire A400M a-t-il vraiment fait ses preuves dans la lutte contre les incendies cet été ?

Les syndicats de sapeurs-pompiers dénoncent une opération de communication du gouvernement et un impact négligeable sur le terrain. Selon les experts, l'appareil militaire était encore en phase de test, mais peut devenir un outil complémentaire intéressant dans la lutte contre les mégafeux de forêt.

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Les syndicats de sapeurs-pompiers dénoncent une opération de communication du gouvernement et un impact négligeable sur le terrain. Selon les experts, l'appareil militaire était encore en phase de test, mais peut devenir un outil complémentaire intéressant dans la lutte contre les mégafeux de forêt.

France Télévisions

Publié le 29/08/2026 07:11

Temps de lecture : 6min

Un avion de transport militaire A400M effectuant son tout premier largage de produit retardant sur l'incendie de forêt près de Lacanau, le 25 juillet 2026, en Gironde. (ABDUL SABOOR / SECURITE CIVILE / AFP)
Un avion de transport militaire A400M effectuant son tout premier largage de produit retardant sur l'incendie de forêt près de Lacanau, le 25 juillet 2026, en Gironde. (ABDUL SABOOR / SECURITE CIVILE / AFP)

Il a été l'une des stars de l'été. Du moins pour une partie de l'exécutif. L'avion de transport A400M, déployé en urgence fin juillet par le gouvernement pour lutter contre les incendies en Gironde, est depuis retombé dans l'anonymat. Pour l'instant, les autorités restent silencieuses sur le retour d'expérience de cet appareil militaire dans la lutte contre les feux de forêt. "Nous ne pouvons pas faire de bilan. Nous attendons la fin de la saison pour analyser son emploi", explique à franceinfo la direction générale de la Sécurité civile et de la gestion des crises. L'enjeu de cet état des lieux étant de reconduire, ou non, le dispositif sur les prochaines années.

Les syndicats de sapeurs-pompiers se montrent en tout cas très critiques sur le bilan de cet été. "C'est une opération de com' du gouvernement pour se donner bonne conscience et montrer à l'opinion publique que la France a des moyens nouveaux pour lutter contre les feux de forêt", estime Manuel Coullet, secrétaire général de Sud. "L'impact opérationnel, c'est zéro. J'ai passé huit jours en Gironde sur les feux, je n'ai pas vu de largage de l'A400M", enfonce Yaël Lecras, vice-président du Syndicat national des sapeurs-pompiers professionnels.

"On ne s'attendait pas à des miracles et effectivement, c'est un appareil qui a été utilisé seulement à quelques reprises", confirme Xavier Tytelman, ex-aviateur militaire devenu consultant aéronautique. Les chaînes d'information en continu ont bien filmé un passage, mais le nombre exact de largages n'est pas communiqué. Sur le papier pourtant, le nouveau venu dans la flotte semble bien taillé pour affronter les incendies. Grâce au kit développé par Airbus, l'avion, habituellement utilisé par l'armée pour transporter des troupes ou du matériel, peut larguer jusqu'à 20 000 litres d'eau ou de produit retardant le feu, soit l'équivalent de trois Canadair.

"Cette nouvelle capacité vient renforcer les moyens aériens déjà engagés sur le terrain", s'est félicité le Premier ministre, Sébastien Lecornu, après la première utilisation de l'avion. Pour remplir la vaste cuve semi-cylindrique installée dans la soute, l'appareil ne peut pas écoper en mer comme un Canadair et doit atterrir pour se recharger. Il fonctionne donc comme les Dash 8 et a d'ailleurs été utilisé sur les mêmes missions qui consistent à encercler les feux avec du produit retardant et non pas à déverser de l'eau directement sur les flammes.

L'A400M est venu à la rescousse d'une flotte limitée et vieillissante, puisque la France dispose actuellement de 12 Canadair, huit Dash et 39 hélicoptères. L'appareil est d'ailleurs salué pour sa complémentarité, puisqu'il pourrait notamment servir pour des vols de nuit. "C'est un bel avion, un super outil. Il est notamment reconnu pour se poser sur des terrains difficiles", expose Dominique Legendre, professeur d'université à l'Institut de mécanique des fluides à Toulouse. L'ingénieur travaille de son côté sur le projet Kepplair 72, qui cherche à transformer un avion de transport ATR72 en bombardier d'eau.

"Toutes les lignes de retardant que l'A400M a pu déposer, c'est toujours ça en plus, ajoute Xavier Tytelman. A priori, les retours opérationnels sont plutôt bons, mais c'est plus une question de coût par rapport à son efficacité qui interroge." Une heure de vol pour l'A400M coûte environ 32 000 euros (sans compter le prix d'acquisition), contre moins de 16 000 euros pour un Canadair, et plus de 12 000 euros pour un Dash, selon un rapport parlementaire de 2023.

"D'un point de vue purement technique, c'est un succès qui a été exploité politiquement et à juste titre, parce qu'il n'était pas prévu et cela a été un renfort intéressant."

Xavier Tytelman, consultant aéronautique

à franceinfo

En se basant sur les premières images, les experts estiment cependant que l'efficacité de l'A400M peut encore être améliorée à l'avenir. Là où un Canadair déverse 6 tonnes d'eau en moins de deux secondes, l'appareil militaire met environ dix secondes à larguer 20 tonnes par sa rampe arrière, détaille La Tribune. "En plus, on voit quand même qu'il y a une grande partie du produit capté dans le sillage, et qui va donc être dispersée, qui va s'évaporer, observe Dominique Legendre. Je pense qu'on peut aussi améliorer la manière de gérer les ouvertures à l'intérieur."

Par ailleurs, après chaque largage en Gironde, l'appareil militaire a été contraint de repartir sur une base militaire à Istres (Bouches-du-Rhône) pour se ravitailler. "Au niveau logistique, il faut peut-être repenser au quadrillage des aéroports qui vont pouvoir l'accueillir", estime Dominique Legendre. "Il faut des installations capables de faire décoller l'A400M à proximité des feux, sur le modèle des pélicandromes [ces installations qui servent à ravitailler les bombardiers d'eau sur les aérodromes], afin d'éviter des retours à Orléans ou à Istres, ce qui allonge les rotations et coûte infiniment plus cher", ajoute Xavier Tytelman.

Pour les syndicats, ces faiblesses montrent qu'il aurait fallu attendre la fin de la phase de tests avant d'utiliser l'A400M. "On en est encore à un stade d'expérimentation avancée, estime Yaël Lecras. On sait que le système fonctionne, mais larguer sur une zone où il ne se passe rien, c'est une chose. Larguer dans des conditions aérologiques particulières, comme au-dessus d'un feu de forêt, ce n'est pas du tout la même chanson."

Le Syndicat national du personnel navigant de l'aéronautique civile a également dénoncé le manque des moyens et la gestion des pouvoirs publics dans la lutte contre les mégafeux de l'été. Dans son communiqué, il reproche notamment aux autorités d'avoir interrompu l'action des secours aériens pour pouvoir filmer l'expérimentation de l'A400M, "au moment même où chaque minute conditionnait l'évolution du sinistre". Interrogés sur ce point, ni le ministère de l'Intérieur, ni le Sdis de Gironde, ni la Sécurité civile n'ont répondu à franceinfo.

"L'épisode de l'engagement de l'A400M constitue sans doute l'exemple le plus préoccupant de cette posture politique où la communication prend le pas sur l'opérationnel."

le Syndicat national du personnel navigant de l’aéronautique civile

dans un communiqué

De manière plus globale, le syndicat dénonce une précipitation, une improvisation dans le recours à cet avion militaire. "Nous nous entraînons chaque hiver. Cette expertise ne s'improvise pas et laisser croire qu'elle peut être acquise en quelques jours est une erreur et un manque de respect envers les femmes et les hommes qui la mettent en œuvre depuis des décennies."

"On a tardé à expérimenter l'A400M, on aurait dû le faire dès l'instant où l'on savait que ce kit pouvait aider, abonde Grégory Allione, eurodéputé Renew. Car on aurait pu conclure qu'il est un outil complémentaire et ainsi permettre à Airbus de produire deux, voire trois kits avant la saison 2026", poursuit l'ancien président de la Fédération nationale des sapeurs-pompiers de France.

"Quand on planifie, on peut adapter la planification. En revanche, on ne peut pas improviser l'action."

Grégory Allione, eurodéputé Renew

à franceinfo

"Maintenant, il ne faut pas non plus tuer l'A400M, estime le député européen. Selon le terrain, son action peut être extraordinaire. Il peut compléter des barrières de retardant. Il ne remplacera jamais un avion bombardier d'eau amphibie, ni un bombardier d'eau terrestre de plus petite voilure, parce qu'il n'aura pas la capacité à gérer le relief comme le fait le Dash, mais il peut avoir une action complémentaire." Le député estime donc qu'il faut d'ores et déjà demander à Airbus de produire des kits pour donner plus d'outils aux commandants d'opérations de secours. "Là où les pilotes ont raison, c'est qu'un A400M ne suffit pas. Il en faut plusieurs pour avoir un travail de continuité."

Les pouvoirs publics vont rapidement être confrontés à un choix : commander de nouveaux kits pour équiper d'autres A400M à l'avenir, ou se tourner vers d'autres solutions. "On a d'autres réponses qui sont peut-être plus efficaces et plus opérationnelles, comme le Kepplair 72, dont le prototype est déjà en train d'être adapté", estime de son côté Xavier Tytelman. D'autres projets sont à l'étude, comme le projet programme "Positive Aviation" qui souhaite transformer des avions de ligne en bombardiers d'eau.

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