L’astéroïde qui a exterminé les dinosaures n’était peut-être pas ce…
Depuis plus de quarante ans, les scientifiques savent qu'un astéroïde a provoqué l'extinction des dinosaures. Mais de quel type d'astéroïde s'agissait-il exactement ? Grâce à un...
Il y a 66 millions d'années, un astéroïde d'une dizaine de kilomètres de diamètre frappait la région de l'actuelle péninsule du Yucatán, au Mexique. L'impact creusait un cratère de près de 180 kilomètres de diamètre, aujourd'hui enfoui sous les sédiments, mais toujours bien visible grâce aux observations géophysiques. Cet événement marque la limite entre le Crétacé et le Paléogène et correspond à l'une des plus grandes extinctions de masse de l'histoire de la Terre : environ 75 % des espèces disparaissent, dont tous les dinosaures non aviens.
Le cratère de Chicxulub, dans l'actuel Mexique, a été causé par l'impact d'un astéroïde d'environ 10 kilomètres de diamètre, causant la cinquième extinction de masse. © Kring et al., 2020, Nasa
Le scénario général est aujourd'hui bien établi : l'énergie colossale libérée par l'impact a vaporisé des roches, déclenché d'immenses incendies et projeté dans l'atmosphère des quantités gigantesques de poussières et d'aérosols. Pendant plusieurs mois, voire plusieurs années, ces particules ont réduit l'ensoleillement, provoquant ce que les scientifiques appellent un hiver d'impact, où la photosynthèse s’effondre, entraînant l'écroulement des chaînes alimentaires terrestres et marines.
Des scientifiques ont mesuré la température atteinte dans le cratère du Chicxulub
Grâce à des analyses sur les roches du cratère du Chicxulub, des chercheurs ont pu déterminer l’échauffement qu’ont subi les minéraux lors de l’impact d’astéroïde qui aurait participé à la disparition des dinosaures. Les résultats pourraient avoir des implications sur le rôle joué par cet impact sur le climat.... Lire la suite
Les géologues retrouvent encore aujourd'hui les traces de cette catastrophe partout sur la planète. Une fine couche d'argile marque la limite Crétacé-Paléogène et renferme notamment des concentrations anormalement élevées d'iridium, un élément rare dans la croûte terrestre mais abondant dans les météorites, ainsi que des matériaux éjectés lors de l'impact. C'est en étudiant ces dépôts que les chercheurs tentent depuis des décennies de reconstituer l'identité de l'astéroïde.
Les isotopes du nickel dévoilent la famille de l'impacteur
Jusqu'à présent, les analyses chimiques et isotopiques avaient permis d'établir que l'impacteur appartenait à la grande famille des chondrites carbonées, des météorites primitives formées au début du Système solaire. Mais cette famille regroupe plusieurs sous-types présentant des compositions très différentes. Les travaux précédents pointaient le plus souvent vers des chondrites de type CM, sans toutefois parvenir à exclure d'autres candidats.
Dans une nouvelle étude publiée dans Science Advances, une équipe internationale a choisi une approche différente. Les chercheurs ont mesuré avec une très grande précision la composition isotopique du nickel dans des échantillons prélevés sur cinq sites correspondant à la limite Crétacé-Paléogène au Danemark, en Espagne et en Italie. Ils ont ensuite comparé cette signature à celle de onze météorites appartenant à différents groupes de chondrites carbonées.
Chaque famille de météorites possède en effet une empreinte isotopique légèrement différente, héritée de sa formation dans le jeune Système solaire. En comparant ces signatures, il devient possible de remonter jusqu'à la famille de l'astéroïde qui a laissé sa trace dans les sédiments vieux de 66 millions d'années.
Le verdict est ici beaucoup plus précis que dans les précédentes études. Les signatures isotopiques du nickel excluent notamment les chondrites de type CI, mais aussi les chondrites CM souvent privilégiées jusqu'ici. Les résultats désignent plutôt un astéroïde appartenant à la famille des chondrites CO, ou éventuellement à une très rare famille proche appelée CT. En croisant ces nouvelles données avec les isotopes du chrome, du ruthénium et les analyses géochimiques déjà disponibles, les auteurs estiment qu'une chondrite CO constitue désormais l'hypothèse la plus probable.
Une découverte qui pourrait affiner le scénario de l'extinction
À première vue, savoir si l'astéroïde appartenait à une famille plutôt qu'à une autre peut sembler anecdotique ; c'est pourtant une information essentielle pour comprendre les conséquences exactes de l'impact. Les différentes familles de chondrites carbonées ne possèdent pas la même composition chimique. Les chondrites CO sont notamment plus pauvres en éléments volatils (comme le soufre, le carbone ou l'eau) que les chondrites CM utilisées dans plusieurs modèles climatiques.
Cette simulation montre la manière dont un astéroïde a pu former le cratère d'impact de Chicxulub. © Gareth Collins, Imperial College London, YouTubeLe soufre joue pourtant un rôle central dans le scénario de l'hiver d'impact : injecté dans la haute atmosphère sous forme d'aérosols, il réfléchit une partie du rayonnement solaire et contribue au refroidissement brutal de la planète. Si l'astéroïde contenait environ deux fois moins de soufre que ce que supposaient certains modèles, il aurait apporté une contribution plus faible à ces émissions. Une plus grande part des composés responsables du bouleversement climatique aurait alors pu provenir des roches vaporisées au moment de l'impact plutôt que de l'astéroïde lui-même.
L'astéroïde, tueur de dinosaures, aurait créé des montagnes plus hautes que l'Everest
L'étude de carottes rocheuses prélevées dans le cratère de Chicxulub vient d'accréditer une théorie concernant la formation des anneaux centraux pour les cratères d'impact géants. Les roches de ces anneaux, rendues fluides par des ondes sonores intenses, se seraient élevées à une hauteur comparable à celle de l'Everest avant de retomber.... Lire la suite
Les auteurs ne remettent donc pas en cause le scénario général de l'extinction, l'impact de Chicxulub restant bien le principal responsable de la disparition des dinosaures. En revanche, leurs résultats invitent à réévaluer la contribution respective de l'astéroïde et des roches terrestres aux gaz et aux poussières injectés dans l'atmosphère. Une nuance qui pourrait permettre de mieux comprendre pourquoi cette collision a provoqué l'une des plus grandes crises biologiques de l'histoire de la Terre, tandis que d'autres impacts majeurs n'ont pas eu des conséquences aussi catastrophiques.